“Patients” Un film fiction mais pas une affliction

Le livre “Patients” étais sorti en 2012, Fabien Marseau, alias Grand Corps Malade, y racontait son quotidien en centre de rééducation après un grave accident et l’annonce de sa paralysie “probablement à vie”. Déjouant ce funeste diagnostic, sa pugnacité, son courage et la chance aussi feront qu’il se lèvera, reprenant place dans la vie, laissant ses compagnons de disgrâce qui eux ne quitteront jamais leur fauteuil roulant. Le film éponyme que nous proposent Grand Corps Malade et Mehdi Idir, en salle le 1er mars 2017, restitue avec force et vérité une aventure de vie « collective » dans le monde du handicap, celle de tous ces frères d’arme et de larmes.

Patients Grand Corps Malade
« Patients » est l’histoire d’une renaissance, d’un voyage chaotique fait de victoires et de défaites, de larmes et d’éclats de rire, mais surtout de rencontres : on ne guérit pas seul.

Centre de réadaptation fonctionnelle. Couché. Les yeux au plafond. Attendre et subir. S’inventer un décor. Imaginer un après. Espérer. Résister. Assis. Se déplacer. Le fauteuil électrique comme une possible évasion. Bout de couloir. Compagnons d’infortune. Faire connaissance, se parler, se lier, se vanner, s’engueuler, s’aimer ? Passer le temps, ensemble, pour tenter d’aller mieux. Dans le meilleur des cas, sortir… Dans le monde du handicap, grave, majeur, celui qui ne laisse entrevoir que de vagues perspectives mises à mal par un quotidien d’hyperdépendance, comment vivent et survivent ces jeunes et moins jeunes personnes étiquetées « tétraplégique », « paraplégique », « trauma crânien » ?

Le film « Patients » raconte l’arrivée de Ben, le personnage principal, dans un centre de rééducation après qu’un accident de plongeon l’ait laissé « tétraplégique incomplet ».  C’est une immersion dans un univers impitoyable où chaque victime tente de se construire un « nouvel espoir ». Grand Corps Malade a choisi de tourner dans la structure de réadaptation fonctionnelle de Coubert, en Seine-et-Marne, où, un an durant, il y a vingt ans, il a vécu l’épreuve et la mutation de « l’homme couché » jusqu’à « l’homme debout ». Il le souligne : ce film est un hommage au courage. Pas celui du héros. Celui que t’impose un sixième sens : l’envie de vivre malgré tout. J’ai vécu avec des icônes de courage pendant un an. Je m’en suis sorti. La plupart non. Donc oui, ce film leur rend hommage. Je me suis inspiré de personnes que j’ai connues et de scènes vécues. Je raconte des histoires vraies, mais incarnées par de nouveaux personnages. La force des comédiens, c’est d’avoir su transcender leur personnage. Je ne voyais plus les potes que j’ai connus, mais des personnages de fiction. Je n’ai jamais eu le sentiment de revivre des moments douloureux ou une forme de thérapie qui m’aurait fait dire : “Ça y est, je me suis libéré de cette histoire.”

Patients fiction Grand Corps Malade

Avec une enclume sur le dos
Les pieds liés, le vent de face
C’est déjà plus dur d’aimer la vie
De faire des sourires dans la glace…

Ce film, poignant de vérité, ne cache rien de ce qu’est la vie quotidienne d’une personne gravement handicapée dans un centre de réadaptation fonctionnelle. Usant d’un humour décapant qui permet de mettre un brin de distance dans le propos le plus intime, Grand Corps Malade nous montre tout de ces douloureuses répétitions subies : toilettes, sondages urinaires, mobilisations, repas d’assisté, longues séances de kinésithérapie où l’amélioration se mesure en millimètre d’autonomie parfois gagnée. Tout est renoncement dans un espace temps où il faut « niquer les heures » pour passer le temps. Sur le ton, il était hors de question de verser dans le pathos. Ce n’est pas dans notre tempérament. Il y a des moments de gravité, mais on y a injecté de la vie, de l’humour, de l’autodérision. Ce qui permet de passer d’une émotion à une autre. De fait, de notre point de vue, le film est assez pédagogique, c’est une version du vrai monde du handicap. Il fallait que cela soit réaliste, rappelle l’auteur-réalisateur.

Patients fiction Grand Corps Malade

On a perdu la première manche
Mais le même joueur rejoue
Le destin nous a giflé
On veut pas tendre l’autre joue…

Les cinq personnages principaux du film sont valides mais extrêmement crédibles dans leur rôle respectif. Pablo Pauly est particulièrement remarquable dans le rôle de Ben. Les rapports avec le personnel soignant sont d’une grande authenticité, à la fois drôles et touchants. L’aide-soignant qui parle à la troisième personne, jovial et prévisible, l’aide-soignante brusque mais chaleureuse, le médecin chef de service qui doit « casser les espoirs » dans des épreuves de vérité, le kiné, merveilleux d’attention et d’encouragement, qui vit chaque amélioration de Ben comme s’il s’agissait de la sienne… Grand Corps Malade le rappelle,  le véritable Farid m’a dit un jour : “Quand les gens te rencontrent la première fois, tu n’es qu’un handicapé. C’est ta seule identité.” Ces propos m’ont marqué. Je serais heureux qu’au moment où il croise un type en fauteuil, le spectateur se dise qu’il y a d’abord un être humain, qui a vécu un drame, et s’est battu… Alors oui, cette immersion dans le monde du handicap, cette fiction sans affliction, nous rappelle la force des pulsions de vie, cette vie qui doit continuer mais où tout doit être revu. Comme l’écrit Grand Corps Malade, on se fixera des objectifs à mobilité réduite. Là-bas, au bout du couloir, y’aura de la lumière adaptée. On va tenter d’aller la voir avec un espoir adapté.

Alors va falloir inventer
Avec du courage plein les poches
Trouver autre chose à raconter
Pour pas louper un deuxième coche
Y’avait sûrement plusieurs options
Et finalement on a opté
Pour accepter cette position
Trouver un espoir adapté…

Regarder la bande annonce du film « Patients » en salle le 1er mars 2017

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BernadetteFABREGAS Rédactriceenchef Infirmiers.com
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