Livy – Histoire romaine – Livre XXI

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Livy – Histoire
Romaine

livre XXI: la
événements de cette année
219/218


chapitres

[[[[I] [II] [III]
[IV] [V]
[VI] [VII]
[VIII] [IX]
[X]

[XI] [XII]
[XIII] [XIV]
[XV] [XVI]
[XVII] [XVIII]
[XIX] [XX]

[XXI] [XXII]
[XXIII] [XXIV]
[XXV] [XXVI]
[XXVII] [XXVIII]
[XXIX] [XXX]

[XXXI] [XXXII]
[XXXIII] [XXXIV]
[XXXV] [XXXVI]
[XXXVII] [XXXVIII]
[XXXIX] [XL]

[XLI] [XLII]
[XLIII] [XLIV]
[XLV] [XLVI]
[XLVII] [XLVIII]
[XLIX] [L]

[LI] [LII]
[LIII] [LIV]
[LV] [LVI]
[LVII] [LVIII]
[LIX] [LX]

[LXI] [LXII]
[LXIII]


plan

crédits

M. E. Pessoneaux, Oeuvres complètes de
Tite-Live
avec la traduction française de
Collection Panckoucke, T. III, Paris, Garnier, 1909. Cette
cependant la traduction a été
un peu changé. Nous avons
modernisé l'orthographe, adapté aux noms réels
applications actuelles introduisent des divisions modernes
section et titres ajoutés
généralement pris de A. Flobert,
Tite-Live. La seconde guerre punique I. Histoire romaine.
Livres XXI à XXV,
Paris, 1993. (Garnier-Flammarion
– 746 GF).


Partie 1: [21,1-6] les causes
de la seconde guerre punk

[21[21[21[211]National Haines et Hate
personnel

(1) Dans cette partie de mon travail, laissez-moi
autorisé, comme la plupart des écrivains comme
mettre une préface en haut de leur histoire,
d'annoncer que je vais écrire le plus mémorable
de toutes les guerres, celle des maphagins
Le comportement de Hannibal a fait le peuple romain. (2) ne jamais
cité, deux autres nations formidables, ne
leurs armes ne mesurent jamais Rome et Carthage
eux-mêmes n'avaient pas autant de force et de pouvoir; cette
était également pas ignorant de l'art de
guerre mais avec l'expérience
première guerre punique qu'ils ont été mesurés
ensemble. Le destin du destin était l'occasion de se battre
telle que la victoire était plus proche de céder. (3)
C'était plutôt une lutte pour la haine que pour la force:
Les Romains ont été horrifiés de voir qu'ils se sont évanouis provoqués
les gagnants et les dessins animés pensaient que nous avions
traité il surmonté par la tyrannie et la cupidité. (4)
Il est également rapporté que Hannibal à peine
Neuf ans au milieu de sa carrière enfantine, il était
à son père, lui a demandé de l'emmener en Espagne.
La guerre d'Afrique venait d'être chanceuse
complété, et Amilcar, en supposant un
nouvelle expédition, offert aux dieux; elle
fait avancer son fils au pied de l'autel et lui ordonne
jure, tend la main sur la victime, le plus
Bientôt, il sera l'ennemi de Rome. (5) Ce courage courageux ne
pourrait être réconforté pour la perte de la Sicile et
Sardaigne: le désespoir, avait-il dit
donner trop vite à la première de ces provinces;
l'autre, au milieu des problèmes de l'Afrique, avait
a été enlevé par la perfidité des Roms,
qui avait imposé un nouvel hommage.

[[[[commencer]

[21,2] Mort d'Hamilcar (229); Hasdrubal
le remplace

(1) inquiet avec les soucis et les regrets,
il est à peine entré en paix avec Rome,
Le pouvoir de Carthage qu'il fait pendant cinq ans
guerre en Afrique, puis en Espagne pendant neuf ans. (2) zéro
doute qu'il méditait sur une expédition
importante. Si sa carrière avait
Carthaginois, sous ses ordres,
apporté en Italie la guerre que son fils a amené là-bas dans le pays
puis; (3) il a seulement été reporté avec cette
la mort qui survient si tôt et par l'enfance
Hannibal. Un intervalle de presque huit ans
entre père et fils a été rempli
L'autorité de Hasdrubal. Premier favori d'Amilcar, qui
alors les fleurs du jeune homme brillent en lui; (4) devient
a vu son gendre à cause de ses qualités
de premier plan, menant ainsi la faction
Barcine, si forte avec les soldats et le peuple,
il est resté, malgré le grand, seul champion
empire. (5) Plus politique que guerrier, offres
L’hospitalité des petits princes en Afrique est
Les monarques rejettent la dévotion du sujet et augmentent
donc pas le moindre, par la guerre et les armes, le pouvoir
de Carthage. (6) Mais la paix ne l'a pas sauvé. un
barbare, agacé qu'il ait détruit son
maître, l'a assassiné au milieu de ses gardes:
arrêté à la place, il a également montré un air
Seulement satisfait s'il fuyait; et ainsi
même il a été déchiré
la torture, il a tenu son visage comme la joie surmontant
à la maison la douleur, et il semblait même sourire
à ses amendes. (7) la compétence de Hasdrubal
pour gagner le peuple et les envoyer à
Ses lois avaient engagé les Romains à renouveler
avec lui le traité d'alliance, dans les conditions
l'hébreu serait la limite des deux empires et que
Saguntum, situé entre les deux puissances, garderait
sa liberté.

[[[[commencer]

[21,3] Le succès de Hasdrubal
(221)

(1) Après la mort de Hasdrubal, aucun
a douté de l'initiative des soldats sur le site
amené le jeune Hannibal à la salle d'audience et
l'avait proclamé généralement pour un cri et
unanimement n'a pas été confirmé par
le choix des gens. (2) il avait à peine atteint
l'âge de la puberté qui est déjà un
La lettre de Hasdrubal l'avait envoyé près de lui.
Lors de l'examen de cette question par le Sénat
sujet, la faction Barcine a fortement soutenu la proposition:
Hannibal, a-t-elle dit, a dû s'habituer à l'acquisition de
armes et rassemblement du patrimoine du pouvoir
paternelle. (3) Hannon, chef de la faction opposée, prit la
discours: "Nous vous adressons", dit-il, une demande qui apparaît
très juste, et pourtant je pense que c'est
rejeté. "(4) Curiosité de cette opinion
ambigu avait dirigé l'attention
Général. "Oui," dit Hannon, "Hasdrubal se croit
pleinement autorisé à réclamer le fils ici
qu'il a prodiguée au Père, à la fleur de ses fleurs
jeunes. Mais il faut que nous permettions à notre
les jeunes, apprendre la guerre, être
livré d'abord à la nôtre
général? (5) Nous craignons que
le fils d'amilcar ne peut pas voir l'image d'une puissance suffisante
absolu de l'autorité royale de son père
exercé? Et quand ce gendre laisse tomber son fils
à nos armées par le droit héréditaire,
le sceptre du fils va peser trop tard sur le nôtre
la tête? (6) Que ce jeune homme reste à Carthage;
qu'il apprend par l'obéissance aux lois et
magistrats, vivant dans l'égalité:
C'est mon opinion. Peur que cette faible étincelle
n'allume pas un grand feu un jour. "

[[[[commencer]

[21,4] Les débuts d'Hannibal
Espagne (224)

(1) Certains sénateurs, presque tous
raisonnable, a partagé cette opinion; mais comme lui
arrive trop souvent, l'emporte sur la plus grande fête
plus sage. Hannibal, dès son entrée en Espagne,
tous ses yeux se tournèrent vers lui. (2) "C'est Amilcar dans son
Le jeune homme qui est revenu nous a crié le vieil homme
soldats. Même énergie dans le visage même
feu dans les yeux: voici son air, ce sont ses
rangée. "Mais bientôt la mémoire de son père était
le moindre de ses titres en faveur de. (3) ne me dérange pas
N'a pas plié plus avec souplesse aux deux qualités
plus opposé, subordonné et commande:
Il serait également difficile de déterminer s’il était
plus cher pour le général que pour l'armée.
(4) Aucun officiel qui Hasdrubal a choisi de
de préférence s'il s'agissait d'un accident vasculaire cérébral
et l'audace aucun chef qui pourrait inspirer
soldat plus de confiance, plus audacieux. (5) Plein d'audace
pour rencontrer le père, il était plein de
prudence dans le danger. Pas de fatigue, pas de fatigue
son corps ne brise pas son âme. (6) il a soutenu
aussi froid et chaud. Ses repas aussi
terminale et réguler les besoins de la nature et non
la sensualité. Pour voir ou dormir, il n'a pas
aucune différence entre le jour et la nuit. (7) il
a donné au repos les moments que l'entreprise lui a laissés
gratuit, et il n'a pas créé de sommeil ou de douceur
dormir ou se taire. On le voit souvent couvert par un
coquille de soldat, gisant sur le sol au milieu
sentinelles et corps de garde. (8) ses vêtements
ne le distinguons pas des autres: ce que nous avons remarqué
C'était ses bras et ses chevaux. Il était
Immédiatement le meilleur cavalier, le meilleur fantassin.
Le premier il s'est précipité dans la bataille; le dernier,
il a quitté la proie. (9) grands étaux
assorti de telles vertus brillantes: la cruauté
Excessive, perfidies plus que puniques, rien de bien, rien
saint pour lui, aucune crainte des dieux, aucun respect pour
ed, pas de religion. (10) Avec ce mélange de
qualités et charges, il a gagné trois ans en dessous
commandes de Hasdrubal sans rien négliger
devait faire ou chercher à devenir un grand capitaine.

[[[[commencer]

[21,5] La première campagne
d'Espagne (221-219)

(1) Depuis le jour où il a été nommé
En général, il semblait que l’Italie avait
affecté au département et
qu'il devrait supporter la guerre contre Rome. (2) Convaincu qu'il
ne pas avoir à perdre un moment, pour pas si
hésité, il ne descend pas comme son Amilcar
père, comme Hasdrubal, dans une sorte de coup, il
a décidé d'attaquer Sagunto. (3) mais comme ça
La graine de cette ville devait être incroyablement attrayante
il a les armes romaines, il a marché le premier contre les olcades,
nation au-delà de l'hébreu, et
étaient dans de nombreux dessins animés plutôt que dans
leur dépendance, il ne semblerait pas
attaquer la Sagrada, mais ensuite être conduit
de lui faire la guerre à la suite de ses conquêtes
et soumettre les pays voisins. (4) Cartala,
ville opulente, la capitale d’Olcade, est prise et
pillés. Étiré par la terreur, moins d'endroits
Importants sont soumis au gagnant, qui leur en impose un
hommage. L'armée de triomphe remplie d'un riche
butin, est allé prendre ses quartiers d'hiver
Carthagène. (5) il y en a un généreux
Le partage de l'ennemi reste avec sa précision
payer le solde dû à Hannibal
de plus en plus de soldats et d'alliés liés; et,
quand le printemps est revenu, il a dirigé ses bras contre
Vaccaei. (6) Hermandica et Arbocala sont
emporté par l'assaut Arbocala, soutenu par la valeur et
Le nombre de ses habitants s'est opposé à un long
la résistance. (7) Les réfugiés d'Hermandica,
En rejoignant Olcades, les gens ont retardé l'année
d’avant, élever des Carpétans; (8) le
Hannibal attaqué dans sa pension du pays
Le vaccin, non loin du Tage, a retardé sa
c'était déjà embarrassant en échange. (9)
Hannibal n'a pas participé à l'action. il a fait camper ses troupes
sur les rives de la rivière, et quand le silence l’avertit que son
les adversaires ont été immergés dans la première
sommeil, il a traversé la distribution du fleuve: laissant
puis à la disposition de ses lignes une salle sur
ennemis à suivre ses traces, il a décidé
surprendre en passant. (10) Sa cavalerie a reçu l'ordre
pour commencer l'attaque dès qu'ils sont entrés
dans l'eau L’infanterie, située sur la côte, était en
tête quarante éléphants. (11)
Carpétans, avec olcades et
Le vaccin était fort de cent mille hommes,
invincible armée au sol. (12)
Bien sûr, présomptueux, comptez sur le nombre,
persuadé que la peur avait été
à cause de la retraite de Hannibal, certains comme seul obstacle
à la victoire, le passage de la rivière était le leur
prononcer une guerre de guerre, et sans ordre, sans orientation, ils
se précipiter dans les eaux, chacun sur place
plus voisin. (13) De l'autre côté de la rivière, vous faites preuve de courage
ils ont beaucoup de cavalerie et il s'implique au milieu du présent,
une bataille inégale, (14) où l'infanterie, comme
n'avait pas de pied ferme et craignait d'être
submergé, pourrait facilement être
renversé, même par des coureurs non armés, qui
aurait poussé leurs chevaux à une chance; tandis que
coureurs, libres de leurs mouvements et de leur armure, si
les chevaux avaient le pied dans les endroits les plus profonds,
combattu de près et de loin. (15) Une grande partie de
a été inondé dans la rivière; Certains, emmenés
aux Carthaginois avec la vitesse actuelle était
écrasé sous les pieds
éléphants; (16) le dernier à trouver plus que
la sécurité pour regagner leurs côtes, pour le moment
où dispersés ici et là, ils
essayé de se réunir et de récupérer
Hannibal de cette terrible affliction
sur la tête d'un bataillon carré; elle
traversé la rivière, et bientôt il les eut
chassé de la côte. Le pays a été détruit
et quelques jours plus tard, les Carpetans
a été soumis. (17) A partir de là dans tout le pays
situé au-delà de Hèbre, Sagunto
sauf que Carthage menait.

[[[[commencer]

[21,6] Sagunto envoie un
délégation à Rome (218)

(1) La guerre n'avait pas encore commencé
Sagunto; Mais déjà des différends, des bactéries de
la guerre a été réveillée par ses voisins
surtout avec les turdetans. (2) L'auteur lui-même
litige se présentait comme arbitre, il était clair
Que le pouvoir, et non le bon, régnerait: les Sagontines
puis envoyé une députation à Rome
demander de l'aide contre l'ennemi, ils ont vu
menacé. (3) Publius Cornelius Scipio et
Tibère Sempronius Longus étaient des consultants. la
députation entendue au sénat, le dossier
En contrepartie, il a été décidé de passer
députés en Espagne à prendre
Informations sur la situation des alliés: (4) i
les cas où leur cause semblera juste,
Les ambassadeurs n'ont pas eu à appeler Hannibal
s'inquiéter des Sagontins, alliés à Rome; puis
se rendre en Afrique pour porter plainte à Carthage
Alliés romains. (5) Les députés à
phrase n'était pas encore
partie nous avons reçu plus tôt que nous y arrivons
Attendu, la nouvelle du siège de Sagunto. (6) Donc
l'affaire a encore été évoquée
Sénat. Certains affectés au département
consuls Espagne et Afrique, et a proposé de lutter
à la fois sur terre et en mer, d'autres dirigés
toutes les forces en Espagne contre Hannibal (7) autres
Enfin demandé moins de précipitations
dans un cas de cette importance et que nous avons attendu
Le retour de la députation envoyée en Espagne.
(8) Cette déclaration, qui semblait la plus sage, prévaut.
démission des députés de Publius
Valerius Flaccus et Quintus Baebius Tamphilus; la
avait ordre de trouver Hannibal à Sagunto
Retour à Carthage s'il refuse de promettre
siège, et même de demander Hannibal
a été livré à réparer briser
Traité.

[[[[commencer]


Partie 2: [21,7-15] la
Guerre de Sagunto (219-218)

[21[21[21[217]Préparatifs pour
siège; Hannibal est blessé

(1) À Rome, nous nous préparons et
Nous envisageons déjà Sagunto
a été attaqué avec la plus grande force. (2)
C'était la ville la plus puissante
au-delà de l'hébreu, à environ un kilomètre
mer: d'origine, colonie sur l'île de Zacynthos,
elle avait eu le mélange de quelques Rutules de
la ville d'Ardea. (3) Bientôt c'est
la prospérité avait augmenté
point culminant, l'une des richesses qu'il prodiguait
à la fois la mer et le pays, soit en augmentant
de sa population, soit en resserrant
Des principes qui en ont fait la conviction de dernière minute
juré à ses alliés. (4) Hannibal, qui a
apparu dans sa région, menant une
armée menaçante qui a amené
La destruction à la campagne va attaquer la ville
de trois côtés à la fois. (5) un angle sur
Le mur regardait au-delà d'une vallée plus uniforme et plus
découverte que tout le terrain des environs. C'était par
où il a suggéré de diriger des galeries comme
devait lui permettre de frapper le mur
avec des béliers. (6) Tant que nous étions loin de
murs, la terre a aidé à transporter les manteaux; mais
des difficultés presque insurmontables
présenté quand nous sommes venus effectuer
attaques. (7) Premièrement, une énorme tour les dominait tous
livres; et comme la faiblesse de cet endroit était
méfiant, les murs présentés plus
force et hauteur qu'ailleurs. enfin
guerriers d'élite, sur le dossier de danger et
Honor s'opposa à une plus grande résistance. (8)
Au départ, une foule de caractéristiques rejette l'ennemi
Laissez les travailleurs avec le moins de sécurité.
Bientôt, ils ne sont plus limités à lancer le leur
javelot du haut des murs et de la tour; Ils sont enhardis
faire fondre les travaux sur le discours ennemi;
(9) et dans cette mêlée il faillit passer
autant de nuances de cartes que de tons de tango. (10) Hannibal
lui-même qui est venu au mur avec le mur
Trop peu de précaution est grave
blessure à la cuisse avec une ligne qui le renverse.
Immédiatement parmi son peuple, terreur, confusion;
les œuvres et les galeries seront bientôt
abandonné.

[[[[commencer]

[21,8] Reprise du siège

(1) Pendant quelques jours c'était un peu
blocus qu'un siège. Les Carthaginois attendaient
La guérison d'Hannibal. Donc pas de combat; mais ça
construction d'ouvrages et de fortifications
continué avec la même activité. (2)
Les attaques ont également repris avec plus de force
et sur plusieurs points malgré les obstacles
inouï, les galeries et le cadre ont été avancés.
(3) Les Carthaginis avaient une armée importante;
On dit qu'il correspond à cent cinquante mille hommes. (4)
Il assiégé, tout défendre
tout voir, a été forcé de diviser leur
forces: alors ils succomberaient (5) parce que le cadre
battre les murs et plusieurs parties étaient
secouée. Une grande mariée a laissé un
à côté de la ville à l'air libre puis
trois tours et le mur il y avait entre-temps
s'était effondré avec un terrible
(6) et les caricatures y croyaient
effondrement mettre la ville en leur pouvoir. les deux
Les parties apparaissent au combat, comme si tout le monde
aurait été protégé
aussi à un rempart. (7) Ce n'était pas
Ces mêlée irrégulière a lieu
à tous les sièges lors d'une attaque soudaine
deux armées variées dans la bataille comme dans un
Découverte de la plaine, entre les murs et les murs
Les maisons de ville sont placées dans
la distance. (8) D'une part, j'espère
l'autre, le désespoir, irrite le courage. la
Les carthaginiers se considèrent comme les maîtres de la ville s'ils en font un
dernier effort Sagontines couvrir avec leurs corps un
patrie qui n’a pas sa pleine capacité. Aucun d'entre eux sont en train de balayer
aller; car l'ennemi saisirait la terre abandonnée.
(9) De plus, le combat était plus serré,
obstinée, plus elle devenait sanglante: pas de trait
était entre les bras et le corps. (10)
Sagontines avait une sorte de fonctionnalité qu'ils ont appelée
Faux, dont la tige en épicéa était
cylindrique sur toute sa longueur sauf
le côté duquel le fer est sorti. carré
comme dans notre pilum le fer était garni
de remorquage et plaqué: (11) il avait trois pieds
longtemps pour pouvoir percer l'armure et le corps.
Mais même si le faux serait
arrêté sur l'écran sans
pénètre dans le corps, elle se propage
toujours effrayé (12) parce qu'il n'a pas été jeté
là-bas excité par le milieu et que le mouvement seul
a donné à la flamme une telle vivacité
un soldat forcé de jeter ses armes était
sans défense l'exposer à de nouveaux coups
pourrait l'attaquer

[[[[commencer]

[21,9] Arrivée de l'ambassade
romain

(1) La lutte avait été longue
indécis. Sagontines se sentit redoubler d'ardeur,
parce qu'ils ont résisté à tout espoir;
et les dessins animés croyaient avoir été vaincus parce qu'ils
ne pouvait pas vaincre, (2) quand soudain
assiégé crier et reculer
l'ennemi aux ruines du mur. La souffrance
la confusion est dans ses rangs; il commence finalement il
voler, il est mis en déroute et poursuivi dans sa
lignes. (3) L'arrivée de
Députation romaine. Hannibal lui envoie
Rendez-vous à la mer pour lui dire qu'il
Il n'y a aucune certitude pour elle de passer à autre chose
au milieu de beaucoup de nations sauvages qui ont les armes
avec la main pour lui dans un cycle économique afin
Critique, il ne peut pas donner le public à des ambassadeurs.
(4) Il était clair qu'après ce refus, ils iraient
droit à Carthage: aussi pour les empêcher
lettre, lettre, envoyée aux dirigeants
la fraction de barcine qui doit déjà disposer des spiritueux
de rejeter toutes les concessions que la contrepartie
pourrait faire pour les Romains.

[[[[commencer]

[21,10] Le public de l'ambassade romaine
à Carthage

(1) Cette fois, les députés ont été admis
et entendu, mais toujours sans fruit et sans succès. (2)
Hannon seul, malgré l'opposition du Sénat, a parlé
en faveur du traité: il y a eu un grand silence, à la fois
haut-parleur fixé à l'ensemble (3)
n'a pas partagé son opinion. "Au nom des dieux, juges et juges
garanties pour les traités, il les avait prévenus
accusé de ne pas l'envoyer à l'armée
fils d'amilcar manes, la progéniture d'un tel homme,
Accordé au repos; Et jamais, tant qu'il reste quelqu'un
de la race ou du nom de Barca, l'alliance avec Rome ne sera que
paisible. (4) Un jeune homme brûlé de désir
régner; Un seul moyen, à ses yeux, pourrait
Conduire sur le trône, c'était scier
guerres, vivant toujours entouré d'armes et
légions. Eh bien! Vous avez nourri cette maison
terrible Hannibal est dans ta tête
armées. Donc vous seul avez allumé le feu
qui te consume (5) Vos soldats prennent le siège
devant Sagunto, qui les sépare d'un traité
solennel. Bientôt Carthage va regarder sous ses murs
Légions romaines, contrôlées par le même
dieux, comme dans la guerre précédente
infraction commise. (6)
Tu ne sais pas, et toi et ton ennemi et ça
bonne chance à l'un et à l'autre? Les ambassadeurs sont venus
dans votre camp pour les alliés et au nom de
Allied; votre digne général a
a refusé de recevoir ceux qu'il piétinait
droit aux gens. Cependant, ils n'ont jamais chassé
été les émissaires d'un peuple
ennemi ils viennent près de toi; ils te demandent
satisfaction à l'égard du traité. Ils n'accusent pas
pointez sur la nation qu'ils accusent un seul homme; la
réclamer un pécheur. (7) Plus ils traitent avec
douceur, plus ils vont lentement, plus
craindre de ne pas déployer, plus tard,
une rigueur inflexible. Rappelez-vous les îles Égées,
Mount Eryx et toutes les catastrophes, comme ci-dessous
Vingt-quatre ans vous ont accablé sur le terrain et au-delà
Mercredi. (8) Alors tu n'as pas eu un enfant comme ça
Hannibal, mais un Amilcar, son père, un autre Mars pour
parle la langue de ses disciples. Taranto, ou plutôt
L'Italie a été attaquée par nous contre la foi
assermentés; Sagunto est le même aujourd'hui. (9)
Alors les hommes et les dieux se sont rassemblés contre nous;
Cri de mots aboli le premier
infractions au traité
l'incident de guerre qui juge
côté juste et victorieux
de la justice. (10) C'est contre Carthage qu'Hannibal
Pour promouvoir leurs tours et manteaux aujourd'hui, ce sont ceux
Murs de Carthage qui heurtent les cadres. Les ruines de
Sagunto (les dieux doivent détourner ce
Omen!) Va tomber sur nos têtes et la guerre
que nous lui déclarons, nous devons le soutenir
contre les Roms (11) Dois-je remettre Hannibal, serai-je informé?
Je sais que l'hostilité que je portais au père
peut faire mes revendications contre le fils stériles. mais
Je ne pouvais pas voir sans joie la fin d'Amilcar parce que si
existait toujours, nous aurions déjà la guerre avec
les Romains et donc ce jeune Hannibal, cette espèce
de rage agitant le flambeau des combats, je le hais et
la haine? (12) Livrons-le, croyez-moi, en sacrifice
expiratoire d'une tentative de la croyance assermentée et quand
Même si personne ne le réclamait, il
devrait encore l'exiler par la suite
extrémités du monde, et le reléguer si
loin, son nom et sa renommée ne pouvaient pas se faire connaître
à nous et perturber le repos du pays. (13)
Mon avis est que nous envoyons une ambassade sur place
à Rome pour donner satisfaction au Sénat
un autre à Hannibal, pour signifier lever
Le siège de Sagunto et le livrer
Romains dans l'exécution du traité un
Troisièmement, rendre à Sagontines tout ce qui
les a pris. "

[[[[commencer]

[21,11] échouer
conférences

(1) Après le discours de Hannon, aucun
essayé de lui répondre en forme, tellement
La majorité du Sénat était à Hannibal! un
même dit à Hannon de parler
plus amertume que Flaccus Valerius,
Substitut romain (2) Voici la réponse
reçu l'ambassade: "La guerre venait des Sagontines,
et pas Hannibal. Le peuple des Romains commettrait un
l'injustice s'il favorisait Sagontins
Les Carthaginois sont les plus anciens alliés. "(3) homme
Les Romains perdent du temps à envoyer
départements, Hannibal, dont les troupes étaient
fatigué des combats et des travaux, accorda
quelques jours de repos après avoir confié
avec plusieurs départements protégeant les manteaux
et d'autres œuvres. Mais il encourage le courage et
par la haine ennemie et par l'espoir
récompenses. (4) bientôt il a
Déclaré dans une collection que tous
butin, après avoir pris Saguntum, appartiendrait
soldats; donc c'était leur honte, si le signal
aurait été donné pour le moment
Oui, aucun obstacle n'aurait semblé pouvoir
arrêtez-les. (5) Sagontines sous la suspension
des armes qui pendant un certain temps ont arrêté une attaque de
et d'autres n'ont pas cessé de travailler jour et nuit
parcourir un nouveau mur où
la mariée avait laissé sa ville ouverte. (6)
À partir de ce moment-là, le siège fut repris avec plus
rage; mais où porter les premiers secours? de
cette page? de cet autre? Mille cris confus
empêché Sagontins de le savoir. (7) une tour
mobile, dont la hauteur dépasse toutes les forteresses
La ville était en avance, et Hannibal était là
tout animer de sa présence: Arrivée au pied
du mur, tour, en utilisant des catapultes et
des ballistes disposés à tous les étages,
bientôt les guerriers renversés et chauves
vampene; (8) Hannibal saisit alors l’occasion et envoie
Environ cinq cents Africains avec des haches pour saper le mur
A partir de rien, travaillez un peu fort car les pierres
n'a pas été uni par la chaux durcie, cependant
seulement sur un sol froid, ensuite
l'ancienne méthode de construction. (9) également
Ce n'était pas seulement l'endroit qui a sapé
émiettement et grandes ouvertures jetées dans
Sagunto les Bataillons Carthagiques. (10) ils attrapent un
hauteur, placer des catapultes et des balistes et pour
faire au même endroit une sorte de boulevard comme
dominent le reste, ils élèvent un mur
autour de la hauteur. De leur côté, les Sagontines
Construire un mur dans la partie intérieure de
ville qui n’est pas encore au pouvoir de Hannibal. (11) de
et autre activité extrême
défendre, combattre; Mais ceux-ci sont pleins
intérieur entouré des assiégés,
serré, jour après jour, Sagunto dans la pièce la plus
étroite. (12) en proie à la pauvreté
effrayant, après un long siège, ils voient
faire perdre espoir à l'aide étrangère; Rome
leur seule ressource est si loin d'eux; l'ensemble du pays
autour il appartient à l'ennemi. (13) Mais peu
Le courage a ravivé les esprits qui ont été massacrés aux nouvelles
Le départ rapide d'Hannibal, qui a fonctionné
contre Oretans et Carpétans. Ces deux
les gens, effrayés par la gravité de ce qui
poussé les charges a été arrêté
Les agents d'Hannibal. Il craignait une rébellion. son
la vitesse l'a prévenu et les rebelles avaient
Bientôt, il baissa les bras.

[[[[commencer]

[21,12] Traitements de Sagontin
Alcon

(1) Opérations du siège
n'a pas été ralenti. Maharbal, fils de Himilcon,
qui commandait Hannibal, exploitait tellement
activité que ni le soldat ni l'ennemi
il a noté l'absence du général. (2) il
obtenu des avantages, fait tomber par trois
béliers, un morceau de mur et le retour d'Hannibal
pourrait lui montrer des ruines plus récentes. (3) celui-ci
a conduit son armée immédiatement à la citadelle.
Après un combat sanglant, mortel pour les deux
armé, une partie de la citadelle a été enlevée
assaut. (4) Deux hommes, Alcon de Sagunto et l'Espagnol
Alorcus, alors essayé quelques façons
hébergement. Alcon, à l'insu de ses compatriotes,
passé la nuit dans le camp d'Hannibal, flatteur de gagner
quelque chose par le bruit des prières: mais insensible
À ses larmes, il a imposé des gagnants irrités
des conditions plus difficiles donc le concessionnaire,
est devenu un transfuge, est resté avec l'ennemi et a protesté pour la mort
J'attendais quelqu'un qui apporterait le chemin de Sagontin
capitulation. (5) Parce que nous leur avons demandé
satisfaction avec la turdness; la
tout leur argent vit, tout leur or; ils sortiraient
la ville avec un vêtement; ils voulaient aller
s'installer aux endroits prescrits par
Carthage. (6) "Jamais", dit Alcon, "Sagonte acceptera
suggestions similaires. – Le courage cède la place quand tout
le reste est vaincu, dit Alorcus, je m'offre à
courtier. "Soldat dans l'armée d'Hannibal,
Alorcus avait une connexion publique avec Sagontins
de l'amitié et de l'hospitalité. (7) Il a livré sans
armes mystères pour les sentinelles ennemies, croix
ancres et ont été conduits au gouverneur
Sagunto. (8) Un grand nombre de citoyens dans toutes les classes
s'était réuni dans un instant; nous répandons
volume; Le Sénat a donné une audience à Alorcus, qui
a déclaré ce discours:

[[[[commencer]

[21,13] Discours de l'Espagne
Alorcus

(1) "Si Alcon, votre concitoyen, après
venir à Hannibal pour lui demander
Fred, tu lui avais rapporté sa réponse
aurait été inutile d'aller ici
envoyé par Hannibal, et encore plus comme un transfuge. (2)
Mais depuis qu'il est resté avec l'ennemi, soit sait
erreur si ses peurs sont imaginaires, soit de
à vous si nous pouvons vous donner ce coffre-fort
Vérité, je suis venu au nom de notre vieux
amitié, apprends qu'il est toujours pour toi
Certains moyens de rester et d'économiser. (3) le vôtre
intérêt seul et non considérations
Les étrangers me dictent cette langue. Vous allez le croire
Sagontins; parce que tant que tu as résisté
votre propre force ou que vous avez fait confiance
Aide de Rome, je ne t'ai jamais parlé de
capitulation. (4) Mais aujourd'hui, plus d'espoir
côté des Romains; tes armes, tes verrues
le moi ne vous protège plus; Je vous apporte aussi
une paix plus nécessaire que avantageuse. (5) cet espoir
Vous pouvez le réaliser si vous acceptez de vous évanouir
Les termes du gagnant si vous ne le considérez pas
comme une perte, ce que vous n'avez plus quand tout est allumé
puissance ennemie si vous ne voyez qu'un service dans cette
Il vous quittera (6) Votre ville déjà
pratiquement détruit, presque complètement
en son pouvoir cessera de vous appartenir; Il vous rend
territoire et veulent corriger l'endroit où
pour élever le nouveau Sagunto. Tout l'or, tout l'argent
de l'Etat, des particuliers vous seront remis (7)
Femmes, vos enfants, votre vie sera sauvée si
Vous vous résignez à sortir de la ville sans elle
Ils sont un développement de paiements. (8) Tel est arr
vous vainqueur, arrêt funeste et terrible, mais que la
fortune vous fait une loi d'accepter; et je ne
désespère pas, lorsqu’il sera maître de
Pour le dire, le fichier devient moins rigoureux sur quelque chose. (9) maïs
mieux vaudrait encore subir ce traitement, vous laisser
massacrer, qui est l'entraîneur, mais devant vous fox
femmes et vos enfants, victimes du droit de la guerre. "

[[[[Début]

[21,14] La fin de Sagonte (mars
218)

(1) Pendentif Alorcus parlait, la foule avait
pénétré insensiblement, et le peuple
C'est une très bonne nouvelle. tous
En coupé principaux envoyés
l'assemblée avant qui a rendu rendu la réponse,
réunissent dans le forum tout, tout l'argent des
édifices publics, des maisons particulières, le
juste quelques danses avec des livres partout
la haine, et celle-ci précitent eux-mêmes
cours de danse flammes. (2) Ce spectacle avait répandu la
consternation et l'effroi danse toute la ville, lorsqu
nouveau tumulte ils vous obtiennent côté de la
Citadelle. Une tournée, battue depuis longtemps, vient de
s & # 39; écrouler; une cohorte de carthaginois élance
à travers les décombres, un avertit Hannibal que
Je veux poster plus neuf, neuf sentinelles. (3) pensant qu
compter le temps du retard, dans le cas
La haine avance les forces vus, une, un instant, une
place est emportée. Order est donné ils correspondent
au fil de l'épée
état le porteur lit pauvre, mesure cruelle, maïs que
événement justifia; (4) car quel est le moyen
Un des artistes les plus renommés de l'industrie de la danse
demeures avec leurs enfants et leurs filles, et le feu
pour trouver eux-mêmes la mort, ou ceux qui lisent, pauvre
à la main, ne cesse pas de combattre qu & # 39;
expirant?

[[[[Début]

[21,15] Problèmes le
chronologie

(1) Fit fit la mais unin mais immense: en vain les
habitants ont détruit à dessein in presque tous
leurs trésors; le glaive du vainqueur irrité
avait fait peine quelque chose d la
les prisonniers étaient devenus la proie du soldat; (2) mentir
Ce produit est encore une somme assez
betydelig; beaucoup d'objets de luxe et
C'est la seule chose qui peut être dite vraie
à Carthage. (3) Le siège de Sagonte dura huit
mois, selon quelques historiens. Hannibal, ajoutent-ils, tout le monde
prendre ensuite six quartiers de plongée à
Carthagène, une arrivée et l'Italie, cinq mois après
son départ de cette ville. (4) Si ce récit est
Exactement, il est impossible de trouver un consul Publius
Cornélius et Tibérius Sempronius servent
re députation des Sagontins, au commencement
tu dis, il que, leur pendentif
livré bataille à Hannibal, un auprès du
Tessin, les deux ensembles sur les bords de la
Trébie, peu de temps après. (5) Old la marche de
ces événements fut bien plus rapide, old la louange,
Ce n'est pas bon pour toi de voir le Sagonte
premiers jours le deuxième anniversaire de Publius
Cornélius et Tibérius Sempronius entrèrent
et magistrature; (6) concessionnaire automobile des formateurs
      être rejetée à l'année de Cneius
      Servilius et de Caius Flaminius, parce que ce dernier prit
      possession du consulat à Ariminum, après avoir
      été nommé à cette dignité
      par Tibérius Sempronius, qui, après la bataille
      de la Trébie, vint à Rome pour l'élection
      des consuls, et retourna ensuite rejoindre l'armée dans
      ses quartiers d'hiver.

[[[[Début]


3ème partie: [21,16-22]
Rome se prépare à la guerre

[21[21[21[2116]Réactions à Rome
   après la chute de Sagonte

(1) Ce fut presque en même temps que les
      députés, de retour de Carthage,
      n'annoncèrent que des dispositions hostiles, et qu'on
      apprit la ruine de Sagonte. (2) Alors le sénat,
      consterné, et vivement touché du sort d'un peuple
      allié qui avait péri d'une manière
      indigne, rougit de ne l'avoir point secouru, et conçut
      de la fureur contre Carthage et des craintes pour l'avenir: il
      semblait qu'Hannibal fût déjà aux portes de
      Rome; les esprits troublés par tant d'émotions
      à la fois, s'agitaient plutôt qu'ils ne prenaient
      de résolution. (3) Jamais on n'avait eu à
      combattre un adversaire plus terrible et plus belliqueux;
      jamais Rome n'avait montré tant d'inertie, de faiblesse.
      (4) La conquête de la Sardaigne, de la Corse, de
      l'Istrie, de l'Illyrie, avait été pour les armes
romaines un jeu d'escrime, et non une lutte réelle. la
      Gaulois avaient causé un tumulte plutôt qu'une
      guerre; (5) mais les Carthaginois, ces superbes ennemis qui ont
      vieilli dans le rude métier des armes, qui, pendant
      vingt-trois ans, toujours victorieux en Espagne, n'ont connu
      que des succès sous trois généraux,
      Amilcar, Hasdrubal, et Hannibal, aujourd'hui leur chef
      intrépide, les Carthaginois, tout fiers de la ruine
      récente de la plus riche cité, ont passé
      l'Hèbre, (6) traînant après eux une foule
      de nations espagnoles, que suivront bientôt les Gaulois
      toujours avides de guerres. On aura l'univers entier à
      combattre en Italie et sous les murs de Rome.

[[[[Début]

[21,17] Mobilisation à Rome
   (mars 218)

(1) Déjà l'on avait assigné les
      départements aux consuls; alors ils reçurent
      ordre de les tirer au sort. L'Espagne échut à
      Cornélius, la Sicile avec l'Afrique à Sempronius.
      (2) On décréta six légions pour cette
      année, des corps de troupes alliées, à la
      volonté des consuls, une flotte aussi nombreuse qu'il
      serait possible. (3) On leva, parmi les Romains, vingt-quatre
      mille hommes d'infanterie et dix-huit cents chevaux; parmi les
      alliés; quarante mille fantassins et quatre mille quatre
      cents hommes de cavalerie. La flotte était de deux cent
      vingt quinquérèmes et de vingt vaisseaux
      légers. (4) Ensuite l'on manda au peuple de signifier,
      d'ordonner la guerre contre Carthage. Des prières
      publiques eurent lieu dans la ville, et l'on supplia les dieux
      d'accorder une heureuse issue à la guerre que le peuple
      allait entreprendre. (5) Le partage des troupes se fit ainsi
      entre les consuls: Sempronius eut deux légions,
      composées de quatre mille fantassins, de trois cents
      chevaux; on ajouta de troupes auxiliaires, seize mille hommes
      d'infanterie et dix-huit cents de cavalerie, plus cent soixante
      quinquérèmes et douze vaisseaux légers.
      (6) Envoyé en Sicile avec ses forces de terre et de mer,
      Tibérius Sempronius devait passer en Afrique, si l'autre
      consul suffisait pour chasser les Carthaginois de l'Italie. (7)
      Cornélius reçut moins de troupes, parce que le
      préteur Lucius Manlius, qui se rendait dans la Gaule,
      avait lui-même un corps d'armée assez
      considérable. (8) Il eut aussi un nombre de vaisseaux
      fort limité; on lui donna seulement soixante
      quinquérèmes. L'ennemi, disait-on, ne viendrait
      point par mer, et il n'y avait pas à redouter de combat
      naval. Cornélius eut ensuite deux légions
      romaines avec leur cavalerie, quatorze mille fantassins et
      seize cents chevaux de troupes alliées. (9) Deux
      légions romaines et leurs six cents cavaliers, dix mille
      fantassins et mille chevaux auxiliaires, furent dirigés
      vers la Gaule, qui allait devenir, cette année, le
      théâtre de la guerre punique.

[[[[Début]

[21,18] La déclaration de
   krig

(1) Toutes les dispositions étaient prises;
      mais, pour mettre les formes de leur côté, avant
      d'engager la lutte, les Romains envoient en Afrique cinq
      ambassadeurs d'un âge vénérable, Quintus
      Fabius, Marcus Livius, Lucius Aemilius, Caius Licinius et
      Quintus Baebius, avec ordre de demander aux Carthaginois si
      c'était au nom du gouvernement qu'Hannibal avait
      assiégé Sagonte. (2) S'ils en convenaient, comme
      on devait s'y attendre, et en revendiquaient la
      responsabilité, la guerre serait déclarée
      au peuple carthaginois. Arrivés à Carthage,(3)
      les députés furent introduits dans le
      sénat; et Fabius se borna à faire la question
      prescrite. Alors un des Carthaginois: (4) "Romains, dit-il,
      votre première ambassade était déjà
      téméraire, lorsque vous exigiez qu'on vous
      livrât Hannibal, comme auteur du siège de Sagonte.
      Mais celle d'aujourd'hui, plus mesurée dans les termes,
      est, dans la réalité, plus violente encore; (5)
      car alors c'était Hannibal qu'on accusait, qu'on
      réclamait. Maintenant c'est à nous que vous
      prétendez arracher l'aveu de la faute, et, sur cet aveu,
      nous demander aussitôt satisfaction. (6) Pour moi, je
      pense que la question est de savoir, non pas si l'entreprise
      contre Sagonte fut le résultat d'une volonté
      publique ou personnelle, mais si elle fut légitime ou
      injuste. (7) À nous seuls en effet appartient le droit
      d'interroger et de punir notre concitoyen, si, de son chef, il
      a transgressé nos ordres. Un seul point reste à
      discuter avec vous: y a-t-il violation de la foi jurée?
      (8) Or, puisqu'il vous plaît d'établir pour les
      généraux une distinction entre les actes
      d'autorité publique et ceux d'autorité
      privée, nous avons avec vous un traité conclu par
      le consul Lutatius. En stipulant les intérêts des
      alliés des deux peuples, on ne fit pas mention des
      Sagontins; ils n'étaient point encore vos alliés.
      (9) Mais, direz-vous, ils sont exceptés dans le
      traité fait avec Hasdrubal. Ici, la réponse est
      facile; vous-même me l'avez fournie: (10) un premier
      traité, rédigé par Lutatius, ne vous liait
      point, parce qu'il n'avait reçu ni la sanction du
      sénat ni celle du peuple; aussi votre gouvernement en
      exigea-t-il un second. (11) Si donc un traité n'est
      sacré avec vous qu'autant qu'il porte autorisation
      expresse de votre part, devons-nous, à notre tour, nous
      croire engagés par les conventions qu'Hasdrubal a
      signées à notre insu? (12) Au reste, ne parlez
      plus de Sagonte et de l'Hèbre: depuis longtemps vous
      formez d'ambitieux projets; qu'ils éclatent
      aujourd'hui!" Il dit; (13) alors Fabius fait un pli à sa
      toge, et dit: "Je porte ici la paix ou la guerre; choisissez."
      – " Choisissez vous-même!" lui crie-t-on avec une
      égale fierté. – (14) "La guerre!" répond
      Fabius en secouant sa toge. – "La guerre!"
      répètent les Carthaginois, "et nous saurons la
      soutenir, comme nous l'acceptons."

[[[[Début]

[21,19] Activité diplomatique en
   Espagne

(1) Une question positive et une déclaration de
      guerre parurent plus convenables à la dignité du
      peuple romain qu'une dispute de mots sur la foi des
      traités, surtout après la destruction de Sagonte.
      (2) En effet, une discussion verbale eût-elle rien
      décidé, et quel parallèle pouvait-on
      établir entre le traité d'Hasdrubal et le premier
      traité de Lutatius, qui avait été
      modifié, (3) et qui contenait cette clause
      précise: valable seulement avec l'approbation du peuple;
      tandis que le traité d'Hasdrubal ne renfermait aucune
      restriction semblable; que, pendant sa vie, un long silence
      l'avait ratifié, et qu'après sa mort même,
      aucun article n'avait subi le moindre changement? (4) Mais, en
      admettant les premières conventions, les Sagontins
      n'étaient-ils pas compris dans la clause qui exceptait
      les alliés des deux nations? Car on n'avait point
      ajouté: ceux; qui l'étaient alors, ni ceux qui
      pourraient l'être par la suite. (5) Et, puisqu'il y avait
      liberté sur ce point, eût-il été
      juste de refuser l'alliance à un peuple prodigue envers
      nous de ses services, et ensuite de ne pas défendre en
      lui notre allié? Nous devions seulement aux Carthaginois
      de ne pas chercher à séduire leurs alliés,
      et, en cas de défection volontaire, d'interdire aux
      rebelles toute amitié avec nous. (6) Les ambassadeurs,
      en quittant Carthage, passèrent en Espagne,
      d'après l'ordre qu'ils avaient reçu de parcourir
      cette contrée, pour lui faire embrasser notre parti, ou
      la détacher de celui des Carthaginois. (7) Ils
      s'arrêtèrent chez les Bargusiens, qui leur firent
      un favorable accueil, parce que la domination carthaginoise
      leur était devenue insupportable. Plusieurs peuples
      au-delà de l'Hèbre furent tentés par
      l'espoir d'une fortune nouvelle. (8) Arrivée ensuite
      chez les Volcians, l'ambassade reçut une réponse
      qui, répandue bientôt dans toute l'Espagne,
      détourna les autres peuples d'une alliance avec Rome.
      (9) "N'avez-vous point de honte, Romains, leur dit un vieillard
      dans le conseil, de demander que nous préférions
      votre amitié à celle de Carthage, lorsque les
      Sagontins, pour l'avoir fait, se sont vus trahis par vous,
      leurs alliés, plus cruellement qu'ils n'ont
      été perdus par les Carthaginois, leurs ennemis?
      (10) Cherchez, croyez-moi, des amis, dans les lieux où
      n'est point connu le malheur de Sagonte; les ruines de cette
      cité seront pour le peuple de l'Espagne une leçon
      aussi terrible que solennelle, qui leur apprendra à ne
      point se fier à la parole, à l'alliance de Rome."
      (11) On intima aux députés l'ordre de sortir
      aussitôt du territoire des Volcians, et leurs
      négociations ne furent pas plus heureuses dans le reste
      de l'Espagne. Aussi, après un voyage inutile, ils
      passent dans les Gaules.

[[[[Début]

[21,20] Échec des
   négociations en Gaule

(1) Là un spectacle nouveau, effrayant, frappa
      leurs regards. Les Gaulois, suivant leur usage, étaient
      venus tout armés à l'assemblée. (2) Dans
      un discours où ils vantaient la gloire, la valeur du
      peuple romain et la grandeur de l'empire, les envoyés
      demandèrent aux Gaulois de ne point donner passage sur
      leurs terres et par leurs villes aux Carthaginois qui allaient
      porter la guerre en Italie. (3) On entendit alors des
      éclats de rire si violents et de tels murmures, que les
      magistrats et les vieillards purent à peine calmer les
      jeunes guerriers. (4) Quelle impudence! quelle sottise!
      s'écriait-on. Demander que nous attirions sur nous la
      guerre, pour l'empêcher de passer en Italie! que nos
      campagnes soient dévastées, pour préserver
      du pillage celles de l'étranger! (5) Le tumulte enfin
      apaisé, on répondit aux ambassadeurs qu'on
      n'avait ni à se louer des Romains, ni à se
      plaindre des Carthaginois, pour servir la querelle de Rome
      contre ses ennemis. (6) Et de là, on savait que le
      peuple romain chassait les Gaulois du territoire et des
      frontières de l'Italie, leur faisait payer tribut et
      subir mille outrages. (7) Cette réponse fut à peu
      près celle des autres peuplades de la Gaule. Pas une
      parole d'amitié, de paix, ne fut adressée
      à la députation avant son arrivée à
      Marseille. (8) Là, nos fidèles alliés, qui
      n'avaient épargné ni soins, ni peines pour avoir
      des renseignements précis, lui dévoilèrent
      tous les projets d'Hannibal. "D'avance il avait gagné
      les Gaulois; mais il ne pouvait même pas trop compter sur
      leurs bonnes dispositions, à cause de leur
      caractère farouche et indomptable, à moins de
      répandre l'or, dont cette nation est si avide, pour se
      concilier l'affection des chefs." (9) Après avoir
      parcouru ainsi l'Espagne et la Gaule, les députés
      revinrent à Rome, peu de temps après le
      départ des consuls pour leurs départements. Ils
      trouvèrent toute la ville en suspens dans l'attente de
      la guerre; un bruit assez certain annonçait que
      déjà les Carthaginois avaient franchi
      l'Hèbre.

[[[[Début]

[21,21] Hannibal prend ses quartiers
   d'hiver à Carthagène (219-218)

(1) Hannibal, après la chute de Sagonte, avait
      été prendre ses quartiers d'hiver à
      Carthagène. À la nouvelle de tous les actes, de
      tous les décrets de Rome et de Carthage, certain qu'il
      est et le chef et la cause de la guerre, (2) il fait vendre et
      partager les restes du butin; et, sans perdre un instant, il
      convoque les soldats espagnols de son aimée. (3) "Amis,
      dit-il, vous voyez, comme moi, qu'après avoir
      pacifié toute l'Espagne, nous sommes dans la
      nécessité, ou de terminer la guerre et de
      licencier l'armée, ou de transporter la guerre dans
      d'autres pays. (4) Oui, le seul moyen d'assurer à ces
      contrées les bienfaits de la paix et de la victoire,
      c'est d'aller chez d'autres peuples chercher la gloire et le
      butin. (5) Aussi, comme de lointains combats nous appellent, et
      que je ne saurais fixer l'époque où vous reverrez
      vos pénates et tout ce qui vous est cher, si vous voulez
      visiter vos familles, je vous accorde un congé. (6) Mais
      je vous attends ici, au retour du printemps, pour commencer,
      avec le secours des dieux, une expédition qui nous
      promet beaucoup de gloire et de butin." (7) Les Espagnols ne
      pouvaient qu'être flattés de la permission qu'on
      leur offrait de revoir leurs foyers: car ils regrettaient leurs
      familles, et prévoyaient pour l'avenir une plus longue
      séparation. (8) Le repos de tout un hiver leur fit
      oublier les travaux passés, allégea d'avance ceux
      qu'ils allaient souffrir, et rendit à leurs corps,
      à leurs âmes la vigueur nécessaire pour
      supporter de nouvelles fatigues. Les premiers jours du
      printemps les trouvèrent exacts au rappel. (9) Hannibal,
      après une revue de toutes ses troupes auxiliaires, passe
      à Cadix, pour acquitter un voeu en l'honneur d'Hercule.
      Il s'engage à de nouveaux sacrifices, si le
      succès couronne ses desseins. (10) Puis, partageant ses
      soins entre l'attaque et la défense, afin qu'au moment
      où il gagnera par terre l'Italie, en traversant
      l'Espagne et la Gaule, l'Afrique ne restât pas, du
      côté de la Sicile, exposée, ouverte aux
      attaques des Romains, il se proposa d'y laisser un corps
      d'armée formidable. (11) Il demanda donc à
      l'Afrique un renfort de troupes légères, et
      surtout d'archers. Ainsi les Africains devaient servir en
      Espagne, les Espagnols en Afrique, et tous, loin de leurs pays,
      déployer plus de zèle et de courage, parce qu'ils
      devenaient les garants mutuels de leur foi. (12) Il fit donc
      passer en Afrique treize mille huit cent cinquante fantassins
      armés de boucliers légers, et huit cent
      soixante-dix frondeurs baléares, avec douze cents
      cavaliers de différentes nations. (13) Il ordonne que la
      moitié de ces troupes forme la garnison de Carthage, et
      que l'autre soit répartie dans l'Afrique. En outre, ses
      recruteurs ont levé, dans les différentes villes
      de l'Espagne, quatre mille hommes d'élite, qui seront
      conduits à Carthage, pour lui servir à la fois
      d'otages et de défenseurs.

[[[[Début]

[21,22] Le songe d'Hannibal

(1) Il ne crut pas devoir négliger l'Espagne;
      car il n'ignorait point les tentatives qu'avaient faites
      à leur passage les ambassadeurs romains, pour gagner les
      chefs de cette contrée. (2) Hasdrubal, son frère,
      dont il connaît l'activité, commandera en ces
      lieux. Il lui laisse une armée presque tout africaine;
      car elle est composée de onze mille huit cent cinquante
      fantassins venus d'Afrique, de trois cents Liguriens et de cinq
      cents Baléares. (3) À cette infanterie il ajoute,
      pour corps de cavalerie, trois cents Libyphéniciens,
      race mixte de Phéniciens et d'Africains; cirka
      dix-huit cents Numides ou Maures, qui habitent près de
      l'Océan; un petit détachement de deux cents
      cavaliers ilergètes, peuplade espagnole; et, pour
      compléter son armée de terre, quatorze
      éléphants. (4) Il lui donna aussi une flotte pour
      défendre les côtes de la mer,
      élément où les Romains avaient
      été victorieux, et où on pouvait penser
      qu'ils renouvelleraient leurs attaques: composée de
      cinquante galères à cinq rangs de rames, de deux
      à quatre rangs, et de cinq à trois, elle n'avait
      que trente-deux quinquérèmes et cinq
      trirèmes armées et garnies de rameurs. (5) De
      Cadix, Hannibal revint à Carthagène, où
      l'armée avait eu ses quartiers d'hiver; puis, longeant
      la ville d'Onusa, il s'avança vers l'Hèbre et la
      côte de la mer. (6) Là, dit-on, il vit en songe un
      jeune homme brillant d'un éclat divin, et qui lui
      disait: "Jupiter m'envoie pour te guider en Italie; suis-moi,
      sans jamais détourner la vue." (7) Saisi de respect,
      Hannibal le suit d'abord, sans regarder autour de lui ni
      derrière. Par un instinct de curiosité si naturel
      à l'homme, il se demande quel peut être l'objet
      qu'on lui défend de considérer; il brûle de
      le connaître. (8) Il jette un regard, et alors il voit
      derrière lui un serpent d'une grandeur prodigieuse, qui
      s'avance au milieu d'un vaste abattis d'arbres et
      d'arbrisseaux; puis il entend un coup de tonnerre suivi d'un
      violent orage. (9) Il demande ce que signifie ce monstre, ce
      prodige; on lui répond: "C'est la dévastation de
      l'Italie. Marche donc sans interroger les dieux, sans chercher
      à soulever le voile de l'avenir."


4ème partie: [21,23-38] De
l'Hèbre à la vallée du Pô

[21[21[21[2123]Dans les gorges des
   Pyrénées

(1) Encouragé par cette apparition, il passa
      l'Hèbre sur trois points: d'avance il avait
      envoyé des émissaires pour gagner par des
      présents les Gaulois dont il allait traverser le pays
      avec son armée, et pour reconnaître le passage des
      Alpes. Quatre-vingt-dix mille fantassins et douze mille chevaux
      franchirent l'Hèbre sous ses ordres. (2) Bientôt
      les Ilergètes, les Bargusiens, les Ausétans et la
      Jacétanie, située au pied des monts
      Pyrénées, sont soumis. Tout ce pays est
      confié à la vigilance d'Hannon; il doit occuper
      les gorges qui joignent les Espagnes aux Gaules. (3) Hannibal
      lui laisse, pour garder cette conquête, dix mille hommes
      d'infanterie et mille de cavalerie. (4) Lorsque les troupes
      furent engagées dans les défilés des
      Pyrénées, et qu'une nouvelle devenue officielle
      eut appris aux barbares qu'on marchait contre les Romains,
      trois mille fantassins carpétans rebroussèrent
      chemin: ce n'était pas la guerre qui les effrayait, mais
      la longueur de la route et le passage impraticable des Alpes.
      (5) Hannibal, qui voyait du danger à les rappeler ou
      à les retenir de force, pour ne point irriter l'esprit
      farouche de ses soldats, (6) licencia plus de sept mille hommes
      auxquels il avait reconnu de la répugnance pour cette
      expédition: par là, il feignait d'avoir
      congédié aussi les Carpétans.

[[[[Début]

[21,24] L'arrivée en Gaule

(1) Aussitôt, pour que le retard et l'inaction
      ne soient point funestes à ses soldats, il passe les
      Pyrénées avec le reste de ses troupes, et vient
      camper auprès d'Iliberris. (2) Les Gaulois avaient bien
      entendu dire qu'on portait le guerre en Italie; toutefois,
      comme la renommée publiait que les Espagnols
      au-delà des Pyrénées avaient
      été soumis par la force, et que des garnisons
      redoutables occupaient les places conquises, la crainte de la
      servitude fit prendre les armes à plusieurs peuplades de
      la Gaule, qui se réunirent à Ruscino. (3)
      Hannibal l'apprit; et, comme il redoutait plus la perte de
      temps que la guerre, il envoie aux chefs une députation,
      pour leur demander un entretien: "Qu'ils s'approchent donc
d'Iliberris, ou bien il s'avancera jusqu'à Ruscino; la
      proximité rendra l'entretien plus facile. (4) Il les
      recevra avec plaisir dans son camp; avec plaisir aussi il se
      rendra près d'eux. C'est comme hôte, et non comme
      ennemi de la Gaule, qu'il se présente; s'ils le veulent.
      il ne tirera point le glaive avant d'être arrivé
      en Italie." (5) Après ces négociations, les
      petits rois de ces contrées vinrent aussitôt
      asseoir leur camp près d'Iliberris, et entrèrent
      sans crainte dans celui des Carthaginois. Gagnés par des
      présents, ils laissèrent l'armée traverser
      tranquillement leur pays, le long des murs de Ruscino.

[[[[Début]

[21,25] Soulèvement des
   Boïens (juin-juillet 218)

(1) Cependant on n'avait en Italie d'autre nouvelle
      que celle du passage de l'Hèbre par Hannibal; elle avait
      été portée à Rome par les
      ambassadeurs de Marseille, (2) et déjà, comme
      s'il eût franchi les Alpes, les Boïens, de concert
      avec les Insubres, s'étaient soulevés, moins
      à cause de leur vieille haine contre les Romains, que
      pour un motif tout récent, le vif dépit que leur
      causaient les colonies de Plaisance et de Crémone qu'on
      venait d'établir dans leur pays, sur les rives du
      Pô. (3) Tout à coup ils saisissent les armes,
      viennent fondre sur cet établissement nouveau,
      répandent partout la terreur et l'effroi, au point que
      la multitude dispersée dans la campagne, et les
      triumvirs eux-mêmes, venus pour le partage des terres, ne
      se croyant pas en sûreté dans les murs de
      Plaisance, se réfugièrent à Modène.
      Ces magistrats étaient Caius Lutatius, Caius Servilius
      et Marcus Annius. (4) Point de doute pour le nom de Lutatius;
      mais, au lieu de Servilius et d' Annius, quelques chroniques
      portent Manius Acilius et Caius Hérennius; d'autres,
      Publius Cornélius Asina et Caius Papirius Maso. (5) Une
      autre circonstance offre aussi de l'incertitude: l'attaque
      fut-elle dirigée contre les députés qui
      venaient se plaindre aux Boïens de leurs violences, ou
      contre les triumvirs occupés à la distribution
      des terres? (6) Les Boïens assiégeaient
      Modène; mais comme ces barbares, novices dans l'art des
      sièges, et trop indolents pour les travaux que
      réclame la guerre, restaient oisifs au pied des murs,
      sans chercher à les entamer, ils feignirent de vouloir
      entrer en accommodement. (7) Au moment où nos
      députés se rendent à l'entrevue qu'ont
      demandée les chefs des Gaulois, ils sont
      arrêtés contre le droit des gens, au mépris
      même du sauf-conduit qui venait de leur être
      accordé pour l'instant de la conférence; og
      Gaulois déclarent qu'ils ne les remettront en
      liberté que quand leurs otages leur seront rendus. (8)
      À la nouvelle de l'arrestation des ambassadeurs et du
      péril que courait la garnison de Modène, le
      préteur Lucius Manlius, n'écoutant que la
      colère, fait avancer sans ordre ses troupes vers la
      ville. (9) Des forêts bordaient alors la route, et
      presque tout le reste du pays était inculte. Manlius,
      qui n'a pas fait reconnaître le terrain, tombe dans une
      embuscade où il perd beaucoup de monde, et ne parvient
      que très difficilement à gagner la plaine: (10)
      là, il établit des retranchements; et, comme les
      Gaulois ne conçurent même pas l'idée de
      l'attaquer dans ses lignes, nos soldats reprirent courage,
      malgré la perte assez évidente de cinq cents des
      leurs. (11) On se remet en marche: tant que l'armée
      s'avance à travers champs, l'ennemi ne paraît
      point; (12) à peine a-t-elle de nouveau
      pénétré dans les bois, qu'on attaque son
      arrière-garde; la confusion, l'effroi est dans ses
      rangs; sept cents hommes sont tués, six étendards
      enlevés. (13) Les succès des Gaulois et la
      terreur des Romains cessèrent au moment où l'on
      sortit de cette gorge difficile et hérissée
      d'obstacles. Des lieux découverts protègent enfin
      la marche des troupes, qui se dirigent vers Tannetum, bourgade
      voisine du Pô: (14) là, des fortifications
      exigées par la circonstance, les approvisionnements
      qu'elles reçoivent par le fleuve, quelques secours des
      Gaulois Brixians, leur servent de soutien contre la multitude
      chaque jour plus nombreuse de l'ennemi.

[[[[Début]

[21,26] Dans la vallée du
   Rhône

(1) Lorsque la nouvelle de ce péril subit fut
      portée à Rome, et que le sénat vit la
      guerre contre la Gaule se joindre à la guerre contre
      Carthage, (2) il envoya au secours de Manlius le préteur
      Caius Atilius avec une légion romaine et cinq mille
      alliés, levées nouvelles qu'avait faites le
consul. Atilius arriva sans combattre à Tannetum; la
      bruit de sa marche, les ennemis avaient disparu. (3) De son
      côté, P. Cornélius a levé une autre
      légion à la place de celle qui était
      partie sous les ordres du préteur. Il quitte Rome avec
      une flotte de soixante vaisseaux longs, côtoie
      l'Étruri et les monts des Ligures, puis des Salluvii,
      vient débarquer à Marseille, (4) et campe
      près de la bouche du Rhône la plus voisine; car ce
      fleuve va se jeter à la mer par plusieurs embouchures.
      À peine Cornélius croyait-il qu'Hannibal avait
      franchi les Pyrénées; (5) mais, lorsqu'il le vit
      sur le point de passer aussi le Rhône, incertain du lieu
      où il s'opposerait à sa marche, surtout parce que
      ses soldats n'étaient pas bien remis des fatigues de la
      mer, il envoie trois cents cavaliers d'élite, avec des
      Marseillais qui doivent leur servir de guides et les Gaulois
      auxiliaires, pour tout observer et pour reconnaître
      l'ennemi sans se hasarder. (6) Hannibal, qui avait contenu par
      la crainte ou gagné par des présents tous les
      peuples qui se trouvaient sur sa route, était
      déjà parvenu sur le territoire des Volques,
nation puissante qui habite les deux rives du Rhône. en
      l'impossibilité de défendre contre les
      Carthaginois la partie de leur territoire située en
      deçà du fleuve, les habitants, pour se faire du
      Rhône un rempart formidable, s'étaient presque
      tous réunis sur la rive opposée, et la couvraient
      de leurs bataillons. (7) Mais les autres peuples riverains, et
      ceux des Volques même qui n'avaient pu se résoudre
      à quitter leurs demeures, gagnés par l'or
      d'Hannibal, s'engagent à lui rassembler des barques de
      toutes parts, et à lui en fournir de nouvelles, dans le
      désir qu'ils ont de voir au-delà du Rhône
      l'armée carthaginoise, et leur pays
      délivré au plus tôt d'une multitude si
      considérable. (8) Une immense quantité de bateaux
      et de petites barques répandues çà et
      là pour la communication entre les deux rives fut
      promptement réunie. D'abord les Gaulois travaillaient
      seuls à la construction des barques, en creusant des
      troncs d'arbres; bientôt les Carthaginois eux-mêmes
      mirent la main à l'oeuvre, encouragés à la
      fois par l'abondance des matériaux et par la
      facilité du travail; ils formaient à la
      hâte des canots grossiers, susceptibles seulement de se
      soutenir sur les eaux, de recevoir les bagages, et de les
      transporter, eux et leurs effets.

[[[[Début]

[21,27] Le passage du Rhône (fin
   août 218)

(1) Déjà tout était à peu
      près disposé pour le passage; mais on voyait avec
      effroi toute la rive opposée couverte de guerriers et de
      chevaux. (2) Afin de les en déloger, Hannibal
      détache, à la première veille de la nuit,
      Hannon, fils de Bomilcar, avec un corps de troupes, la plupart
      espagnoles: il devra remonter le fleuve pendant un jour entier;
      (3) dès qu'il lui sera possible, le traverser dans le
      plus grand secret, et tourner l'ennemi, de façon
      à tomber, lorsqu'il en sera temps, sur son
      arrière-garde. (4) Les Gaulois qu'on lui a donnés
      pour guides lui apprennent qu'à environ vingt-cinq
      milles au-dessus le Rhône se partage pour former une
      petite île, et que là, plus large et partant moins
      profond, il peut offrir un passage. (5) Là, on
      s'empressa d'abattre du bois, de construire des radeaux pour le
transport des hommes, des chevaux et des bagages. la
      Espagnols, sans aucun apprêt, jetèrent leurs
      vêtements sur des outres, se placèrent
      eux-mêmes sur leurs boucliers et traversèrent le
      fleuve. (6) Le reste de l'armée passa sur des radeaux
que l'on avait joints, et vint camper près du fleuve. la
      marche nocturne et les travaux du jour l'avaient
      fatiguée; elle prend vingt-quatre heures de repos:
      Hannon avait à coeur de suivre ponctuellement les
      instructions d'Hannibal. (7) Le lendemain, il se met en marche,
      et des feux allumés annoncent qu'il a effectué le
      passage, et qu'il se trouve assez près des Volques.
      À cette vue, Hannibal, pour profiter de la circonstance,
      donne le signal de l'embarquement. (8) Déjà
      l'infanterie avait ses canots prêts et disposés.
      Les cavaliers montaient les plus fortes barques, et
      conduisaient près d'eux leurs chevaux à la nage:
      ainsi rangés en première ligne, ils rompaient
      d'abord l'impétuosité du courant, et rendaient la
      traversée facile aux esquifs qui venaient après
      eux. (9) La majeure partie des chevaux, conduite avec une
      courroie, du haut de la poupe, traversait à la nage;
      l'on avait embarqué les autres sellés et
      bridés, pour servir à l'instant même
      où l'on aborderait.

[[[[Début]

[21,28] Discussions sur les divers
   procédés utilisés pour la
   passage

(1) Les Gaulois accourent sur le rivage avec des
      hurlements confus et leur chant de guerre, agitant leurs
      boucliers au-dessus de leurs têtes, et brandissant leurs
      javelots: (2) cependant, de leur côté, ils
      éprouvaient de la crainte à la vue de cette
      prodigieuse quantité de bâtiments contre lesquels
      le Rhône se brisait avec fracas; de var
      frappés des cris multipliés des matelots et des
      soldats qui s'efforçaient de rompre le courant du
      fleuve, ou qui, parvenus à l'autre bord, animaient leurs
      compagnons encore au milieu des eaux. (3) À l'instant
      où l'appareil terrible qui se déploie à
      leurs regards les glace d'épouvante, un cri plus
      formidable se fait entendre derrière eux Hannon a pris
      leur camp. Bientôt il paraît lui-même, et les
      Gaulois sont exposés à un double péril:
      ici, les vaisseaux vomissent à terre des flots
      d'ennemis; derrière eux, une armée nouvelle les
      harcèle à l'improviste. (4) En vain ils veulent
      opposer de la résistance; repoussés sur tous les
      points, ils s'élancent par les issues qu'ils ont pu
      trouver, et pleins d'effroi, se dispersent çà et
      là dans leurs bourgades. Hannibal fait aborder à
      loisir le reste de ses troupes; il méprise
      désormais ses tumultueux ennemis, et asseoit son camp.
      (5) On employa, je pense, divers moyens pour passer les
      éléphants; ce qu'il y a de certain, c'est qu'ici
      les historiens varient beaucoup. Quelques-uns prétendent
      qu'à l'instant où les éléphants
      étaient rassemblés sur la rive, le plus furieux
      de ces animaux, irrité par son cornac qui se jeta
      à la nage, comme pour éviter sa colère,
      s'élança à sa poursuite, et attira ainsi
      le reste de la troupe; et qu'à mesure que chacun d'eux
      perdit pied, il fut, malgré sa frayeur pour les eaux
      profondes, entraîné à l'autre bord par le
      courant même. (6) Toutefois il paraît plus constant
      qu'on les fit passer sur des radeaux; c'était le parti
      le plus sûr, et il est probable qu'on le prit
      effectivement. (7) Un radeau de deux cents pieds de long, sur
      cinquante de large, partait du rivage et s'avançait dans
      le fleuve: pour qu'il ne fût point emporté par le
      courant, plusieurs câbles très forts le
      fixèrent à la partie supérieure de la
      rive; on le couvrit de terre, et l'on en fit une espèce
      de pont, qui présentait une surface immobile, afin que
      les éléphants pussent y marcher hardiment. (8) Un
      autre radeau de même largeur, long de cent pieds,
      destiné à traverser le fleuve fut joint au
      premier; et lorsque les éléphants,
      précédés de leurs femelles, étaient
      passés du radeau qui leur offrait la solidité
      d'une véritable route, sur celui qui s'y trouvait
      attaché, (9) aussitôt on rompait les faibles liens
      qui retenaient celui-ci, et quelques vaisseaux légers
      l'entraînaient vers l'autre bord: ainsi l'on
      débarqua les premiers éléphants, et
      successivement toute leur troupe. (10) Ils n'éprouvaient
      aucune frayeur, tant qu'ils étaient sur cette sorte de
      pont assez ferme; mais ils commençaient à
      témoigner de la crainte lorsqu'on détachait le
      second radeau qui les entraînait au milieu du fleuve.
      (11) Alors ils se serraient les uns contre les autres; et,
      comme ceux qui étaient aux deux extrémités
      reculaient à la vue des flots, il y avait quelques
      moments d'agitation que la peur même apaisait
      bientôt, alors qu'ils se voyaient environnés d'eau
      de toutes parts. (12) Quelques-uns cependant se
      laissèrent tomber à force de se débattre,
      et renversèrent leurs cornacs; mais leur masse
      même les soutint: peu à peu ils trouvèrent
      pied, et finirent par gagner la terre.

[[[[Début]

[21,29] Première rencontre de
   l'armée romaine et de l'armée carthaginoise

(1) Pendant le passage des éléphants,
      Hannibal avait détaché cinq cents cavaliers
      numides vers le camp des Romains, pour examiner leur position,
      leurs forces, leurs projets. (2) Ce corps de cavalerie
      rencontre sur sa route les trois cents cavaliers romains
      envoyés, comme je l'ai dit plus haut, des embouchures du
      Rhône. Il s'engage alors un combat plus meurtrier qu'on
      ne pouvait l'attendre d'une poignée de soldats. (3) Sans
      compter beaucoup de blessures, le carnage fut à peu
      près égal de part et d'autre. La fuite et
      l'effroi des Numides laissèrent la victoire aux Romains,
qui déjà succombaient à la fatigue. la
      vainqueurs perdirent environ cent soixante hommes,
      moitié romains, moitié gaulois; les vaincus, plus
      de deux cents. (4) Tel fut le début, le présage
      de cette guerre; il annonçait pour Rome un
      résultat heureux: mais cette victoire même devait
      lui coûter bien des efforts et bien du sang. (5) Lorsque,
      après l'action, les deux détachements revinrent
      vers leurs généraux, il y eut incertitude de part
      et d'autre. Scipion ne voyait de plan à suivre que de
      régler ses mouvements sur les desseins et les tentatives
      de l'ennemi; (6) Hannibal ne savait s'il poursuivrait sa marche
      vers l'Italie, ou s'il livrerait bataille à cette
      armée romaine qui s'offrait la première à
      ses coups. Il fut détourné de cette idée
      par l'arrivée d'une ambassade des Boïens, qui
      avaient à leur tête Magalus, l'un des petits rois
      de cette nation. Ils promirent de guider sa marche et de
      partager ses périls, mais lui conseillèrent de ne
      commencer la guerre qu'en Italie, sans faire ailleurs l'essai
de ses forces. (7) Les Carthaginois redoutaient l'ennemi; la
      souvenirs de la première guerre n'étaient point
      effacés: mais ils craignaient plus encore une route
      immense, et ces Alpes dont la renommée publiait des
      récits capables d'effrayer leur inexpérience.

[[[[Début]

[21,30] Discours d'Hannibal

(1) Dès qu'Hannibal a pris la résolution
      de continuer sa route et de se porter sur l'Italie, il convoque
      une assemblée générale; et là, par
      des exhortations mêlées de reproches, il remue
      diversement l'esprit des soldats: (2) "Comment expliquer cette
      terreur subite qui vient de glacer des coeurs si
      intrépides? Depuis tant d'années leurs campagnes
      n'ont été que des victoires; ils n'ont
      quitté l'Espagne qu'après avoir soumis à
      l'empire de Carthage toutes les nations, toutes les terres
      qu'embrassent deux mers opposées. (3) Indignés de
      l'orgueil de Rome, qui exigeait qu'on lui livrât comme
      autant de criminels tous les vainqueurs de Sagonte, ils ont
      passé l'Hèbre pour anéantir le nom romain,
      pour être les libérateurs de l'univers. (4)
      Personne n'a reculé devant la longueur de la route,
      lorsqu'on s'avançait de l'occident à l'orient:
      (5) aujourd'hui qu'ils ont fourni plus de la moitié de
      la course, franchi les Pyrénées au milieu de
      peuplades sauvages, traversé le Rhône, ce fleuve
      si rapide, malgré les milliers de Gaulois qui
      s'opposaient à leur passage, malgré
      l'impétuosité du courant qu'il fallait dompter;
      aujourd'hui qu'ils ont devant eux les Alpes, (6) dont le
      versant opposé appartient à l'Italie, leur
      courage, désormais impuissant, s'arrêterait-il aux
      portes de l'ennemi? Enfin que sont les Alpes? des montagnes
      élevées: (7) en les supposant plus hautes que les
      Pyrénées même, aucune terre peut-elle
      jamais toucher le ciel, et devenir inaccessible aux mortels?
      Mais les Alpes sont habitées, cultivées; de
      produisent et nourrissent des êtres vivants. Praticables
      pour quelques hommes, elles ne le seraient pas pour une
      armée? (8) Les députés qu'ils viennent
      d'entendre ont-ils donc, pour passer les Alpes, emprunté
      les ailes de l'oiseau? Les ancêtres des Boïens ne
      sont pas originaires de l'Italie: étrangers, ils sont
      venus y fixer leurs demeures; et ces Alpes, si terribles, ont
      vu d'innombrables bataillons gaulois, suivis d'une multitude
      d'enfants et de femmes, franchir sans danger, dans ces
      émigrations, leurs sommets redoutables. (9) Le soldat
      armé, qui ne porte avec lui que son bagage militaire,
      peut-il rencontrer des obstacles insurmontables? La prise de
      Sagonte ne leur a-t-elle pas coûté huit mois de
      périls et de travaux? (10) Lorsqu'ils marchent sur Rome,
      cette capitale du monde, quel obstacle peut leur paraître
      assez grand, assez redoutable pour arrêter leur
      entreprise? (12) Naguère les Gaulois ont pris ces murs
      que les Carthaginois désespèrent d'approcher.
      Enfin, ou ils sont inférieurs en résolution et en
      courage à un peuple qu'ils viennent, depuis quelques
      jours, de vaincre tant de fois; ou ils ne peuvent plus mettre
      à leur marche d'autre borne que la plaine qui
      s'étend du Tibre aux remparts de Rome."

[[[[Début]

[21,31] En direction des Alpes

(1) Après les avoir ranimées par ces
      exhortations, Hannibal fait prendre à ses troupes de la
      nourriture, du repos, et leur ordonne de se tenir prêtes
      à marcher. (2) Le lendemain il part le long du
      Rhône en remontant son cours, et gagne le milieu des
      terres: ce n'était pas le chemin le plus droit pour
      arriver aux Alpes; mais plus il s'éloignait de la mer,
      moins il se croyait exposé à rencontrer les
      Romains, (3) qu'il ne voulait combattre qu'au sein même
      de l'Italie. (4) En quatre jours, il arrive à l'Ile:
      c'est là que l'Isère et le Rhône,
      après s'être précipités des Alpes
      chacun par un point opposé, se réunissent pour
      suivre une même direction, et laissent entre lui un
      certain espace de terrain qui, renfermé ainsi entre deux
      fleuves, a été nommé l'île par les
      habitants. (5) Près de là se trouvent les
      Allobroges, peuple qui ne le cède, en puissance, en
      renommée, à aucune nation de la Gaule. (6) Il
      était alors divisé par la querelle de deux
      frères qui se disputaient la couronne.
      L'aîné, nommé Brancus, d'abord possesseur
      du trône, en avait été chassé par
      son frère et par les jeunes guerriers du pays, qui,
      à défaut du droit, faisaient valoir la force. (7)
      La décision de ce démêlé, survenu si
      à propos, fut remise à Hannibal: nommé
      arbitre des deux princes, il rendit l'empire à
      l'aîné, d'après l'avis du sénat et
      des chefs. (8) Brancus reconnaissant fournit aux Carthaginois
      des provisions de toute espèce, et surtout des
      vêtements, que le froid si rigoureux des Alpes rendait
      indispensables. (9) Les dissensions des Allobroges
      apaisées, Hannibal, qui se dirigeait vers les Alpes,
      n'en prit pas encore directement le chemin. Il se
      détourna sur la gauche vers le pays des Tricastins, et,
      côtoyant l'extrême frontière des Voconces,
      il pénétra sur le territoire des Tricorii, sans
      éprouver sur sa route aucun retard, jusqu'aux bords de
      la Durance. (10) Cette rivière qui descend aussi des
      Alpes, est de toutes celles de la Gaule la plus difficile
      à passer. (11) En effet, malgré la grande
      quantité de ses eaux, elle ne peut soutenir de barques,
      parce que son lit, qui ne connaît point de rives, forme
      vingt courants toujours nouveaux, et présente partout
      des gués et des tourbillons qui rendent le passage
      incertain pour le piéton même, sans parler des
      roches pleines de gravier qu'elle charrie, et qui font perdre
      à chaque instant l'équilibre. (12) Les pluies,
      qui l'avaient grossie, occasionnèrent un grand tumulte
      dans le passage, parce qu'indépendamment des autres
      dangers, les soldats se troublaient eux-mêmes par leur
      propre effroi et leurs cris confus.

[[[[Début]

[21,32] Le convoi atteint les
   Alpes

(1) Il y avait environ trois jours qu'Hannibal avait
      quitté les bords du Rhône, lorsque le consul
      Publius Cornélius, s'avance en bataillon carré
      vers le camp ennemi, résolu d'engager aussitôt
      l'action. (2) Mais lorsque Cornélius voit que tout est
      désert, que les Carthaginois ont pris beaucoup d'avance,
      et qu'il serait difficile de les atteindre, il retourne vers sa
      flotte, certain par là de courir moins de chances, et de
      rencontrer Hannibal à la descente des Alpes. (3)
      Cependant, pour ne point laisser l'Espagne sans secours, il
      fait passer dans ce département, que le sort lui avait
      assigné, son frère Cneius Scipion avec la plus
      grande partie de son armée: (4) ainsi Cnéius,
      opposé à Hasdrubal, protégera les anciens
      alliés, cherchera à s'en concilier de nouveaux,
      et pourra même chasser Hasdrubal de l'Espagne. (5)
      Cornélius, qui s'était réservé fort
      peu de troupes, regagna Gênes, comptant sur
      l'armée des rives du Pô pour la défense de
      l'Italie. (6) Hannibal, après le passage de la Durance,
      gagna les Alpes presque toujours par des pays de plaines,
      où les habitants n'entravèrent point sa marche.
      (7) Mais une fois au pied des montagnes, quoique la
      renommée, qui ordinairement exagère les objets
      inconnus, eût d'avance prévenu les esprits,
      lorsque l'oeil put voir de près la hauteur des monts,
      les neiges qui semblaient se confondre avec les cieux, les
      huttes grossières suspendues aux pointes des rochers,
      les chevaux, le bétail paralysés par le froid,
      les hommes sauvages et hideux, les êtres vivants et la
      nature inanimée presque entièrement engourdis par
      la glace, cette scène d'horreur, plus affreuse encore
      à contempler qu'à décrire, renouvela les
      terreurs de l'armée. (8) Au moment où elle
      franchit les premières éminences, apparaissent
      les montagnards sur ces rocs à pic qu'il faudra gravir:
      s'ils s'étaient postés dans des vallées
      couvertes, pour tomber à l'improviste sur les
      Carthaginois, ils les eussent mis complètement en
      déroute et massacrés. (9) Hannibal fait faire
      halte, et détache en avant quelques Gaulois pour
      reconnaître les lieux: apprenant qu'il n'y avait point de
      passage de ce côté, il campe entre les roches et
      les précipices, dans le vallon qui lui offre le plus
      d'étendue. (10) Les mêmes Gaulois, dont la langue
      et les moeurs étaient à peu près celles
      des montagnards, vont se mêler à leurs entretiens,
      et apprennent que le défilé est gardé
      seulement le jour; que la nuit, chacun se retire dans sa
      cabane. Sur cet avis, Hannibal s'avance, dès le matin,
      sur les hauteurs, comme pour forcer le passage, en plein jour
      et à la vue des barbares. (11) Toute la journée,
      des manoeuvres trompeuses cachent les véritables projets
      qu'il médite; le soir, il se retranche à
      l'endroit où il s'était arrêté
      d'abord; (12) et, dès qu'il s'aperçoit que les
      hauteurs sont libres et que les postes ne sont plus
      occupés, il fait allumer une grande quantité de
      feux pour persuader qu'il n'a effectué aucun mouvement,
      laisse les bagages, la cavalerie et presque toute l'infanterie;
      (13) à la tête d'une troupe légère,
      de ses plus intrépides soldats, il franchit en toute
      hâte le défilé, et vient s'asseoir sur les
      hauteurs qu'avaient occupées l'ennemi.

[[[[Début]

[21,33] Passage du
   défilé

(1) Le lendemain, au point du jour, on lève le
      camp, et le reste de l'armée se met en marche. (2)
      Déjà les montagnards, à un signal
      donné, sortaient de leurs forts pour prendre leur poste
      ordinaire, quand tout à coup ils aperçoivent, au
      dessus de leurs têtes, une partie des Carthaginois
      maîtres de leur citadelle, et l'autre qui s'avance le
      long du chemin. (3) D'abord ce double spectacle, qui frappe et
      leurs regards et leurs esprits, les retient quelque temps
      immobiles; mais bientôt ils ont vu l'embarras des troupes
      dans le défilé, leur effroi, et surtout la
      confusion que les chevaux épouvantés jetaient
      parmi les rangs. (4) Persuadés que le moindre
      surcroît de terreur suffirait pour perdre leurs ennemis,
      ils s'élancent de toutes les pointes des rochers, par
      l'habitude qu'ils ont de se jouer également des hauteurs
      et des pentes les plus difficiles. (5) Alors harcelés
      par les barbares, obligés de lutter contre les
      difficultés du terrain, les Carthaginois avaient encore
      à soutenir contre eux-mêmes un choc plus violent
      que celui des montagnards, par les efforts que chacun faisait
      pour échapper le premier au péril. (6) Mais les
      chevaux principalement troublaient la marche: frappés
      des cris confus que répétait cent fois
      l'écho des bois et des vallons, ils s'agitaient tout
      tremblants; et, s'ils venaient à être
      frappés où blessés, c'était une
      frayeur, si vive qu'ils renversaient çà et
      là hommes et bagages de toute espèce. (7) Comme
      ce défilé était bordé des deux
      côtés de précipices immenses, ils firent en
      se débattant, rouler au fond de l'abîme plusieurs
      hommes tout armés; mais on eût dit le fracas d'un
      vaste écroulement, lorsque les bêtes tombaient
      avec leur charge. (8) Ce spectacle était affreux!
      Cependant Hannibal reste quelque temps sur sa hauteur avec son
      détachement, pour ne point augmenter l'embarras et le
      tumulte; (9) mais, lorsqu'il voit ses troupes coupées et
      le danger qu'il court de perdre ses bagages, ce qui eût
      entraîné la ruine de son armée, il descend,
      fond sur l'ennemi, et l'a bientôt chassé.
      Toutefois ce mouvement a causé un nouveau trouble parmi
      les siens; (10) mais un instant suffit pour le dissiper,
      dès que les chemins sont dégagés par la
      fuite des montagnards: les Carthaginois défilent alors
      tranquillement et presque en silence. (11) Ensuite Hannibal
      s'empare d'un fort, chef-lieu de cette contrée, et des
      petits bourgs environnants. Le bétail et le blé
      qu'il a pris nourrissent son armée l'espace de trois
      jours; et, comme ni les montagnards, qui n'étaient pas
      encore revenus de leur première épouvante, ni les
      lieux ne lui opposaient de grands obstacles, il fit quelque
      chemin pendant ces trois jours.

[[[[Début]

[21,34] L'armée d'Hannibal
   victime d'une embuscade

(1) Ensuite on arriva chez une nation assez nombreuse
      pour un peuple de montagnes. Là, il faillit périr
      dans une guerre ouverte, mais par ses propres armes, la
      perfidie et les embûches. (2) Une ambassade des chefs et
      des vieillards se rend près de lui: "Le malheur des
      autres, disent-ils, est pour eux une utile leçon; de
      aiment mieux éprouver l'amitié que la force des
      Carthaginois. (3) Disposés à remplir les ordres
      qu'ils recevront, ils lui offrent des vivres, des guides, et
      des otages, garants de leurs promesses." (4) Hannibal, sans les
      croire aveuglément, sans dédaigner leurs offres,
      dans la crainte qu'un refus formel n'en fasse des ennemis
      déclarés, leur adresse une réponse
obligeante. Il accepte les otages qu'on lui présente; elle
      reçoit les vivres que l'on a déposés sur
      la route: mais, loin de voir dans les guides des amis
      sûrs, il ne les suit qu'avec une extrême
      circonspection. (5) Les éléphants et la cavalerie
      ouvraient la marche; lui-même conduisait
      l'arrière-garde avec l'élite de l'infanterie,
      promenant sur tous les points des regards inquiets et
      scrutateurs. (6) Lorsqu'on est entré dans un chemin
      étroit, que domine d'un côté la cime d'une
      montagne, les barbares s'élancent de toutes parts de
      leur embuscade; devant, derrière, de près, de
      loin, ils attaquent les Carthaginois, et font pleuvoir sur eux
      d'énormes quartiers de rocs; (7) c'est par
      derrière que se portèrent les plus grands efforts
      de l'ennemi. L'infanterie, qui. leur fit face, prouva que, si
      l'arrière-garde n'eut pas été bien
      appuyée, l'armée eût essuyé dans ces
      gorges le plus rude échec. (8) Cependant un péril
      affreux la menace encore, et va peut-être
      l'anéantir; car, au moment où Hannibal
      hésite à engager son infanterie dans ces
      défilés, parce que, moins favorisée que la
      cavalerie, qu'il est lui-même à portée de
      soutenir, elle n'a plus derrière elle aucun renfort, (9)
      les montagnards accourent par des sentiers
      détournés, coupent l'armée par le milieu,
      et barrent le passage; de sorte qu'Hannibal resta une nuit,
      séparé de sa cavalerie et de ses bagages.

[[[[Début]

[21,35] Passage du col
   (mi-octobre)

(1) Le lendemain, les barbares mettent moins de
      vivacité dans leurs attaques, et on parvient à
      réunir les troupes et à franchir les gorges avec
      une perte assez considérable, en chevaux toutefois plus
      qu'en hommes. (2) Dès lors, les montagnards ne se
      montrèrent plus qu'en petit nombre; c'étaient des
      brigands, plutôt que des ennemis, qui venaient fondre
      tantôt sur la tête, tantôt sur la queue de
      l'armée, selon que le terrain leur était
      favorable, ou qu'ils pouvaient surprendre ou les
      traînards ou ceux qui s'étaient trop
      avancés. (3) Les éléphants dans les routes
      étroites, dans les pentes rapides, retardaient beaucoup
      la marche; mais leur voisinage était partout un rempart
      contre l'ennemi, qui n'osait approcher de trop près ces
      animaux inconnus. (4) On fut neuf jours à atteindre le
      sommet des Alpes, à travers des chemins non
      frayés où l'on s'égarait souvent, soit par
      la perfidie des guides, soit par les conjectures de la
      défiance même, qui engageait au hasard les troupes
      dans des vallons sans issue. (5) On s'arrêta deux jours
      sur ces hauteurs, pour donner aux soldats épuisés
      le repos nécessaire après tant de fatigues et de
      combats: là, plusieurs bêtes de somme, qui avaient
      glissé le long des rochers, regagnèrent le camp
      sur les traces de l'armée. (6) Déjà des
      maux sans nombre avaient jeté les esprits dans
      l'accablement le plus profond; bientôt, surcroît de
      terreur!, on voit tomber une neige abondante; det var
      l'époque du coucher de la constellation des
      Pléiades. (7) On n'aperçut que monceaux de neige,
lorsque, au point du jour, on se remit en marche; la
      Carthaginois avançaient à pas lents; l'abattement
      et le désespoir étaient peints sur tous les
      visages. (8) Hannibal prend alors les devants, s'arrête
      à une sorte de promontoire qui offre de toutes parts une
      vue immense, fait faire halte à ses soldats, leur montre
      l'Italie, et, au pied des Alpes, les campagnes baignées
      par le Pô. (9) "Vous escaladez, dit-il, en ce moment les
      remparts de l'Italie; que dis-je? les murs mêmes de Rome.
      Plus d'obstacles bientôt; tout s'aplanira devant vous:
      une bataille, deux tout au plus, et la capitale, le boulevard
      de l'Italie est dans vos mains, en votre puissance." (10)
      L'armée poursuit sa marche. L'ennemi, il est vrai, ne
      venait plus l'inquiéter que par la surprise de quelques
      bagages, s'il en trouvait l'occasion. (11) Au reste, la
      descente offrait bien plus d'obstacles que la montée, en
      ce que la pente des Alpes, qui, du côté de
      l'Italie, a moins d'étendue, est aussi plus rapide. (12)
      En effet, presque tout le chemin était à pic,
      étroit et glissant: là, nul moyen d'éviter
      une chute; et, pour peu que le pied manquât, impossible
      de rester à l'endroit où l'on s'était
      abattu; en sorte qu'hommes et chevaux allaient rouler les uns
      sur les autres.

[[[[Début]

[21,36] L'aplomb rocheux

(1) On arriva ensuite à une roche beaucoup plus
      étroite encore, et si escarpée, que les soldats,
      sans armes, sans bagages, sondant la route à chaque pas,
      se retenant avec les mains aux broussailles et aux souches qui
      croissaient à l'entour, avaient une peine infinie
      à la descendre. (2) L'endroit, déjà fort
      raide par lui-même, l'était devenu bien davantage
      par un éboulement de terre tout nouveau, qui avait
      formé un précipice d'environ mille pieds de
      profondeur. (3) Devant ce terme fatal la cavalerie
      s'arrête. Qui peut donc entraver la marche? ansøgning
      Hannibal étonné: un roc insurmontable, lui
      dit-on. (4) Il approche lui-même pour reconnaître
      les lieux: il ne voit d'abord d'autre parti à prendre
      que de faire un long, un immense détour à travers
      des lieux non frayés où le pied de l'homme n'a
      jamais passé; (5) mais cette route fut impraticable.
      Comme l'ancienne neige durcie se trouvait recouverte par la
      nouvelle, dont les couches étaient de médiocre
      épaisseur, cette neige molle, où l'on
      n'enfonçait point trop avant, présentait un
      passage assez facile. (6) Mais, lorsqu'elle eut disparu sous
      les pieds de tant de milliers d'hommes et de chevaux, l'on
      n'avançait plus que sur la première glace et sur
      l'humide verglas formé par la neige fondue. (7) Alors
      quelle lutte pénible et contre la glace si glissante,
      où l'on ne pouvait assurer ses pas, et contre la pente
      du rocher, où le pied manquait si facilement.
      Employait-on les genoux ou les mains pour se relever, si l'on
      venait à retomber au moment où cet appui
      manquait, aux environs plus de souches, plus de racines
      secourables pour les pieds ou les mains; il fallait rouler sur
      cette glace unie, dans cette neige détrempée. (8)
      Quelquefois les bêtes de somme pénétraient
      même jusqu'à la neige glacée, où
      elles glissaient aussitôt; et, comme elles faisaient
      mille efforts pour se soutenir, leur sabot brisait
      l'épaisseur de la glace: alors, prises comme dans un
      piège, elle restaient souvent engagées dans cette
      neige durcie et gelée à une grande profondeur.

[[[[Début]

[21,37] Bivouac en pleine montagne

(1) Enfin, après bien des fatigues inutiles
pour les hommes et pour les chevaux, on campa sur le sommet. elle
      fallut, pour cela, déblayer les neiges; on n'y parvint
      qu'avec des peines inouïes, tant la masse en était
      profonde et difficile à remuer! (2) L'on s'occupa
      ensuite de rendre praticable ce rocher, qui seul pouvait offrir
      un chemin. Obligés de le tailler, les Carthaginois
      abattent çà et là des arbres
      énormes, qu'ils dépouillent de leurs branches, et
      dont ils font un immense bûcher; ils y mettent le feu: un
      vent violent, qui s'élève, excite la flamme, et
      le vinaigre, que l'on verse sur la roche embrasée,
      achève de la rendre friable. (3) Lorsqu'elle est
entièrement calcinée, le fer s'entrouvre; la
      pentes sont adoucies par de légères courbures, en
      sorte que les chevaux et les éléphants
      mêmes peuvent descendre par là. (4) On fut
arrêté quatre jours près de ce roc; la
      chevaux étaient sur le point de mourir de faim, car les
      sommets des Alpes sont presque nus, et le peu d'herbe qui s'y
      trouve, est enterré sous la neige. (5) Les parties plus
      basses ont des vallées, quelques coteaux exposés
      au soleil, des ruisseaux le long des bois, et présentent
      déjà des lieux plus dignes d'être
      habités par les hommes. (6) On y mena paître les
      chevaux, et l'on accorda trois jours de repos aux soldats
      épuisés par les travaux qu'avait
      nécessités l'aplanissement de la roche.
      Bientôt on descendit en plaine; là, tout
      s'adoucissait, et le terrain et le naturel des habitants.

[[[[Début]

[21,38] Examen critique des
   sources

(1) Tels sont les détails les plus importants
      sur la marche d'Hannibal. Si l'on en croit certaines annales,
      son armée mit cinq mois à se rendre de
      Carthagène en Italie, et quinze jours à franchir
      les Alpes. (2) L'on n'est point d'accord sur le nombre des
      troupes qu'il avait à l'époque de son
      arrivée: ceux qui le portent au plus haut, lui donnent
      cent mille hommes d'infanterie, et vingt mille chevaux; ceux
      qui le mettent au plus bas, disent qu'il avait vingt mille
      fantassins, et six mille cavaliers. (3) Lucius Cincius
      Alimentus, prisonnier d'Hannibal, comme il l'écrit
      lui-même, serait pour moi une autorité
      décisive, s'il n'eût jeté quelque confusion
      dans son calcul, en y comprenant les Gaulois et les Ligures:
      (4) si on les compte, quatre-vingt mille hommes d'infanterie,
      dix mille de cavalerie furent conduits en Italie. men
      vraisemblablement, et plusieurs historiens en font foi,
      l'armée carthaginoise ne s'éleva à ce
      total que par la jonction de ces peuples: (5) Cincius ajoute
      avoir entendu dire à Hannibal lui-même, qu'il
      avait perdu trente-six mille hommes, et une quantité
      prodigieuse de chevaux et d'autres bêtes de somme, depuis
      le passage du Rhône, (6) jusqu'à sa descente en
      Italie, sur les terres des Taurini, limitrophes de la Gaule
      Cisalpine. Comme tous les auteurs sont d'accord sur cette
      circonstance, je trouve fort étrange qu'il y ait tant
      d'incertitude pour l'endroit où Hannibal traversa les
      Alpes, et qu'on ait pu penser communément que ce fut par
      les Alpes Pennines, qui tiraient alors leur nom du mot Puni.
      Coelius dit qu'Hannibal prit par le mont de Crémone; (7)
      mais ces deux gorges l'eussent conduit, non pas chez les
      Taurini, mais chez les Gaulois Libi, à travers les
      montagnards Salassi; (8) et le moyen de se persuader qu'il
      eût gagné ainsi la Gaule Cisalpine, puisqu'il
      eût trouvé toutes les approches des Alpes Pennines
      fermées à ses troupes par des peuples
      demi-germains. (9) Un fait bien avéré, qui vient
      contredire l'opinion reçue, c'est que les Seduni
      Veragri, habitants de cette partie des Alpes, n'ont point
      connaissance que jamais passage d'une armée punique ait
      pu faire donner à leurs montagnes le nom de Pennines,
      ainsi appelées d'un dieu Poeninus qu'on adore sur le
      sommet de ces monts.

[[[[Début]


5ème partie: [21,39-63]
Début de la guerre

[21[21[21[2139]Situation des deux
   armées

(1) Par une circonstance très favorable pour
      son début, Hannibal trouva les Taurini en guerre avec
      les Insubres, leurs voisins. Mais il se voyait dans
      l'impossibilité d'offrir son armée à l'un
      des deux partis, parce que ses troupes, en train de se refaire,
      sentaient d'autant plus vivement les maux qu'elles avaient
      soufferts. (2) En effet le repos après la fatigue,
      l'abondance après la disette, la propreté
      après la saleté la plus affreuse, avaient
      diversement éprouvé le tempérament des
      Carthaginois, défigurés et presque semblables
      à des sauvages. (3) Ce motif détermina le consul
      Publius Cornélius, lorsqu'il eut débarqué
      à Pise, et reçu l'armée des mains de
      Manlius et d'Atilius, à presser sa marche vers le
      Pô; et cependant il n'avait que de nouvelles recrues,
      encore intimidées des affronts qu'elles venaient
      d'essuyer; il voulait combattre l'ennemi avant qu'il eût
      réparé ses forces. (4) Il arriva à
      Plaisance; mais Hannibal avait déjà levé
      le camp; et la capitale des Taurini, qui avaient rejeté
      son alliance, avait été emportée d'assaut;
      (5) nul doute que la crainte, et même l'affection,
      n'eussent entraîné dans le parti de Carthage les
      Gaulois, riverains du Pô, si, au moment où ils ne
      cherchaient qu'une occasion de se révolter, il n'eussent
      été surpris par l'arrivée subite du
      consul. (6) De son côté, Hannibal partit de chez
      les Taurini, persuadé qu'à son aspect les Gaulois
      indécis le suivraient bientôt. (7)
      Déjà les deux armées étaient
      presque en présence, et, à leur tête,
      marchaient deux généraux, qui, sans se
      connaître encore parfaitement, éprouvaient l'un
      pour l'autre un sentiment d'admiration; (8) car le nom
      d'Hannibal était déjà fort
      célèbre à Rome, même avant la ruine
      de Sagonte, et le choix que l'on avait fait de Scipion pour
      l'opposer au héros carthaginois, inspirait à ce
      dernier la plus haute idée de son rival. (9) Ils avaient
      réciproquement ajouté à cette estime,
      Scipion, en rejoignant en Italie Hannibal qu'il avait
      manqué dans la Gaule: Hannibal, en formant le projet
      hardi de passer les Alpes, et en l'effectuant. (10) Scipion se
      hâta de traverser le Pô, et vint camper
      auprès du Tessin. Mais, avant de mettre ses soldats en
      ligne, il leur adressa ce discours pour animer leur courage.

[[[[Début]

[21,40] Discours de Scipion

(1) "Soldats, si je menais au combat l'armée
      qui m'a suivi dans la Gaule, je me serais abstenu de vous
      parler. (2) En effet serait-il besoin d'exhorter ces cavaliers
      qui, sur les bords du Rhône, ont défait si
      glorieusement la cavalerie numide, ou ces légions, qui,
      poursuivant avec moi les mêmes ennemis en fuite, leur
      ont, à défaut de triomphe, arraché l'aveu
      de leur infériorité, de la crainte que leur
      inspirait une bataille? (3) Mais aujourd'hui, cette
      armée, qui doit servir en Espagne, y fait, avec mon
      frère Cneius Scipion, la guerre sous mes auspices, pour
      obéir aux ordres du sénat et du peuple romain;
      (4) afin cependant qu'un consul vous guidât contre
      Hannibal et les Carthaginois, je me suis offert volontairement
      pour une expédition qui ne m'était point
      destinée. Je dois donc, général nouveau
      pour vous, adresser quelques mots à des guerriers
      nouveaux pour moi. (5) Faut-il vous dire quelle sorte de guerre
      vous allez faire, et contre quels ennemis? Vous marchez contre
      ces Carthaginois, que, dans la guerre précédente,
      vous avez battus sur terre et sur mer; à qui vous avez
      imposé un tribut pendant vingt années; til
      qui vous avez arraché la Sicile et la Sardaigne, double
      trophée de la victoire, encore entre vos mains. (6) Vous
      serez donc, de part et d'autre, animés à ce
      combat par les sentiments que doivent y porter les vainqueurs
      et les vaincus. Et ce n'est point aujourd'hui la valeur, mais
      la nécessité, qui fait accepter à l'ennemi
      la bataille; (7) car le moyen de penser, quand son
      armée, intacte encore, a reculé devant nous,
      qu'après avoir perdu, au passage des Alpes, les deux
      tiers de sa cavalerie et de son infanterie, et peut-être
      plus d'hommes qu'il ne lui en reste, il ait trouvé plus
      de confiance en ses forces? (8) Mais, direz-vous, s'ils sont en
      petit nombre, leurs âmes et leurs corps sont doués
      d'une énergie qu'aucune force ne saurait vaincre. (9)
      Voyez-les: ce sont des spectres, des ombres;
      épuisés par la faim, le froid, la saleté
      la plus hideuse, froissés, meurtris au milieu des
      pierres et des rochers. Ajouterai-je qu'ils ont les
      articulations gelées, les nerfs raidis par la neige, les
      membres paralysés par la glace; que leurs armes sont
      brisées, rompues, leurs chevaux estropiés et
      boiteux? (10) Voilà la cavalerie, voilà
      l'infanterie que vous allez attaquer! ce sont les derniers
      débris d'une armée qui n'existe plus; et ma
      crainte la plus vive est qu'après l'action les Alpes ne
      semblent avoir vaincu Hannibal. (11) Mais peut-être pour
      punir un chef, un peuple infracteur des traités, les
      dieux eux-mêmes, sans l'intervention des mortels, ont
      dû engager et terminer la lutte; et nous, qu'on outrage
      après les dieux, achever l'oeuvre de vengeance
      commencée par eux."

[[[[Début]

[21,41] Discours de Scipion
   (suite)

(1) "Je ne crains pas que personne puisse supposer
      que, sous un langage pompeux, je cherche, pour vous encourager,
      à cacher des sentiments étrangers à mes
      paroles. (2) J'étais libre d'aller en Espagne avec mon
      armée; c'était ma province, déjà
      même je m'y rendais: là, j'aurais trouvé un
      frère qui se fût associé à mes
desseins, qui eût partagé mes périls; en
      Hasdrubal, un adversaire moins redoutable qu'Hannibal, et sans
      doute le fardeau de la guerre eût été pour
      moi plus léger. (3) Toutefois, tandis que ma flotte
      côtoyait la Gaule, au bruit de l'arrivée des
      Carthaginois, j'aborde, j'envoie des cavaliers en avant, je
      viens camper sur les rives du Rhône; (4) ma cavalerie, la
      seule partie de mes troupes qui eût occasion d'en venir
      aux mains avec l'ennemi, a battu la sienne. Quant à son
      infanterie, elle s'éloignait de moi avec la
      rapidité d'une véritable fuite; je ne pouvais
      l'atteindre par terre, je me rembarquai, et avec toute la
      célérité que pouvait me permettre un aussi
      long circuit de terre et de mer, je vins la retrouver au pied
      des Alpes. (5) À présent ai-je l'air d'un homme
      qui, en voulant éviter une bataille, s'est jeté,
      sans le savoir, devant un ennemi redoutable, ou qui le premier
      accourt à sa rencontre, l'attaque, et le traîne au
      combat? (6) Je tiens à voir, si, depuis vingt ans, la
      terre a produit tout à coup une autre espèce de
      Carthaginois, ou, si je reverrai en eux les hommes qui ont
      combattu aux îles Aegates, et que vous avez
      estimés dix-huit deniers par tête, pour leur
      laisser la liberté, au mont Éryx; (7) si cet
      Hannibal est, comme il le prétend, l'émule des
      voyages d'Alcide, ou, s'il n'est pas, comme l'a laissé
      son père, le tributaire, le sujet, l'esclave du peuple
      romain. (8) Certes, s'il n'était égaré par
      l'attentat de Sagonte, il se rappellerait, sinon le
      désastre de sa patrie, du moins l'abaissement de sa
      famille, de son père, et ce traité signé
      de la main d'Amilcar, (9) qui, sur l'ordre de notre consul,
      évacua le mont Éryx; qui, tout en
      frémissant de rage, fut contraint d'accepter les lois
      sévères que nous dictâmes aux Carthaginois
      vaincus; qui s'engagea par serment à céder la
      Sicile, et à payer à Rome un tribut. (10) Aussi,
      soldats, ce n'est pas seulement la valeur que vous
      déployez contre un ennemi ordinaire, qu'il faut faire
      éclater ici, mais la colère, l'indignation
      qu'exciterait dans vos âmes la vue de vos esclaves
      saisissant tout à coup les armes contre vous. (11) Il
      n'a tenu qu'à nous, lorsqu'ils étaient
      enfermés sur le mont Éryx, de les laisser
      périr par le plus cruel de tous les supplices, la faim;
      nous pouvions faire passer en Afrique notre flotte victorieuse,
      et détruire, sans tirer le glaive, Carthage en peu de
      jours. (12) Nous avons cédé à leurs
      prières, nous avons levé le siège, nous
      avons fait la paix avec des vaincus; enfin, nous les avons
      considérés comme sous notre sauvegarde,
      lorsqu'ils étaient en proie à la guerre
      d'Afrique. (13) Pour prix de tant d'indulgence, les
      voilà qui, sur les pas d'un jeune forcené,
      viennent assiéger notre patrie; et plût aux dieux
      que vous n'eussiez à combattre que pour l'honneur, et
      non pour le salut de l'État! (14) Ce n'est plus
      maintenant, comme autrefois, pour la possession de la Sardaigne
      et de la Sicile, mais pour l'Italie qu'il faut combattre. (15)
      Point d'armée derrière nous pour arrêter
      l'ennemi, si nous ne sommes pas vainqueurs; plus d'Alpes
      nouvelles, dont le passage arrête Hannibal, et nous donne
      le temps d'armer contre lui de nouveaux bras. Ici, soldats, il
      faut rester inébranlables, comme si nous
      défendions les remparts mêmes de Rome. (16) Que
      chacun de vous se persuade qu'il va couvrir de son bouclier,
      non pas son corps, mais son épouse, mais ses jeunes
      enfants; qu'au désir de sauver sa famille, il ajoute
      encore cette idée que le sénat, que le peuple ont
      les yeux fixés sur nous en cet instant décisif.
      (17) Oui, soldats, de notre énergie, de notre valeur,
      dépend la fortune de Rome et de l'empire." Tel fut le
      discours du consul aux Romains.

[[[[Début]

[21,42] Combats singuliers entre
   Gaulois

(1) Hannibal crut devoir parler aux yeux des
      Carthaginois; avant de s'adresser à leurs esprits, il
      fait donc ranger l'armée en cercle pour lui donner un
      spectacle; il place dans l'enceinte des prisonniers montagnards
      enchaînés; puis, jetant à leurs pieds des
      armes gauloises, il dit à un interprète de leur
      demander, si, pour prix de la liberté, d'une armure et
      d'un cheval destinés au vainqueur, ils veulent entrer en
      lice. (2) Tous jusqu'au dernier de s'écrier: "Un glaive
      et le combat!". On mêle leur nom dans une urne, et chacun
      alors témoignait le désir que le sort le
      choisît pour cette épreuve glorieuse. (3) À
      mesure que leurs noms étaient sortis, fiers,
      transportés de joie, au milieu des félicitations
      de leurs compagnons, ils s'élançaient en
      s'agitant selon la coutume de leur pays, pour saisir les armes.
      (4) Pendant la lutte, les prisonniers, les spectateurs
      eux-mêmes étaient animés d'un tel
      enthousiasme, que le succès du vainqueur ne paraissait
      pas plus beau à leurs yeux que le trépas
      héroïque du vaincu.

[[[[Début]

[21,43] Discours d'Hannibal

(1) Hannibal, après avoir donné à
      ses guerriers le spectacle de plusieurs luttes pareilles, les
      fit sortir de l'arène. Ensuite il convoqua
      l'assemblée, et lui tint, dit-on, ce discours: (2) "Si
      l'aspect que vient de vous offrir une situation
      étrangère, vous fait apprécier avec les
      mêmes sentiments votre position personnelle, la victoire
      est à nous, soldats. En effet, c'était moins un
      spectacle qu'une image de votre état présent. (3)
      Peut-être aussi des chaînes plus étroites
      que celles de vos captifs, des entraves plus impérieuses
      vous sont-elles imposées par la fortune? (4) À
      droite et à gauche, renfermés entre deux mers,
      vous n'avez pas un seul vaisseau pour fuir: devant vous est le
      Pô, le Pô bien plus large, bien plus rapide que le
      Rhône; derrière, vous êtes pressés
      par les Alpes, dont le passage fut hérissé de
      tant d'obstacles, alors même que notre armée avait
      ses forces tout entières. (5) Il faut vaincre ou mourir
      à l'endroit où vous allez joindre l'ennemi. men
      le destin, qui vous a fait une loi de combattre, réserve
      à votre triomphe les récompenses les plus
      brillantes que les mortels puissent jamais demander aux dieux.
      (6) Quand la Sicile et la Sardaigne, enlevées à
      nos pères, seraient seules reconquises par notre glaive,
      ce serait déjà un prix à ne pas
      dédaigner. Mais tout ce que les Romains ont conquis et
      accumulé par tant de triomphes, tout cela passera entre
      vos mains avec les possesseurs eux-mêmes. (7) Courez
à cette proie si belle; les dieux sont pour vous! la
      armes, soldats! (8) Assez longtemps les monts inhabités
      de la Lusitanie et de la Celtibérie vous ont vus
      poursuivre quelques troupeaux sans aucun dédommagement
      de tant de fatigues et de dangers. (9) Le jour est venu
      où vous devez faire des campagnes plus fructueuses, et
      vous payer largement de vos peines, après avoir parcouru
      une si longue route, à travers tant de montagnes, de
      fleuves et de peuples armés. (10) C'est ici que le sort
      a fixé le terme de vos travaux; c'est ici qu'il vous
      prépare une retraite digne de vos longs services. (11)
      Si le nom de vos ennemis est imposant, n'en croyez pas pour
      cela le succès plus difficile. Plus d'une fois un
      adversaire méprisé livra de sanglantes batailles,
      et les rois, les nations les plus célèbres ont
      cédé au moindre choc; (12) car, effacez
      l'éclat éblouissant du nom romain, en quoi
      peuvent-ils vous être comparés? (13) Je passerai
      sous silence la guerre que vous fîtes pendant vingt
      années avec la valeur, la fortune que vous savez; men
      c'est vous encore, qui, partis des colonnes d'Hercule, des
      bords de l'océan, et des dernières limites du
      monde, êtes arrivés ici en marquant votre passage
      dans l'Espagne, dans la Gaule, par la réduction des
      peuples les plus redoutables de ces contrées. (14) On
      vous oppose une armée sans expérience, qui, cet
      été même, fut battue, taillée en
      pièces, assiégée par les Gaulois, une
      armée qui ne connaît pas son chef, et n'en est
      point connue. (15) Est-ce moi, né pour ainsi dire,
      élevé du moins dans la tente d'un père, le
      premier des capitaines, moi, le conquérant de l'Espagne,
      de la Gaule, des peuples des Alpes, et, ce qui offrait bien
      plus de périls encore, des Alpes elles-mêmes, que
      je mettrai en parallèle avec ce chef de six mois,
      déserteur de son armée, (16) et qui, si on lui
      montrait aujourd'hui, sans les étendards qui les
      distinguent, les Carthaginois et les Romains, ne saurait, j'en
      suis certain, reconnaître quels soldats il doit
      commander? (17) Et je ne regarde pas comme un mince avantage de
      dire ici: Carthaginois, il n'est pas un de vous, sous les yeux
      duquel je n'aie fait quelque action d'éclat, pas un
      aussi, qui ne m'ait eu pour spectateur, pour témoin de
      sa vaillance, pas un à qui je ne puisse rappeler en quel
      temps, en quel lieu, je signalai mon courage. (18) C'est avec
      vous, qui, mille fois, avez reçu de moi les
      éloges et les distinctions militaires, qu'Hannibal,
      votre élève à tous, avant d'être
      votre général, va marcher au combat contre un
      chef et des soldats qui ne se connaissent point entre eux."

[[[[Début]

[21,44] Discours d'Hannibal
   (suite)

(1) "De quelque côté que je tourne mes
regards, je vois respirer partout la valeur et l'audace; Je
      vois ma vieille infanterie, la cavalerie de deux nations
      belliqueuses, l'une qui se sert du frein, l'autre qui monte des
      chevaux libres; (2) vous, mes fidèles, mes
      intrépides alliés; et vous, Carthaginois, qui
      allez combattre pour la patrie, pour le plus juste des
      ressentiments. (3) C'est nous qui portons la guerre, ce sont
      nos étendards qui menacent l'Italie: quelle force,
      quelle hardiesse doit donner à nos armes l'espoir du
      succès et cette noble confiance qu'éprouve
      toujours l'agresseur, jamais celui qui est attaqué! (4)
      Nos âmes ne sont-elles pas encore enflammées de
      courroux, à l'idée des outrages indignes dont
      nous fûmes abreuvés? Ils nous ont
      réclamés pour le supplice, moi d'abord, votre
      général, vous tous ensuite qui avez
      assiégé Sagonte: livrés entre leurs mains,
      nous devions périr par les plus horribles tortures. (5)
      Nation farouche et superbe qui veut tout envahir, tout
      gouverner! la guerre avec ce peuple, la paix avec cet autre,
      nous ne pouvons la faire sans que sa justice ait
      prononcé: elle nous circonscrit, elle nous resserre dans
      les bornes étroites de quelques fleuves, de quelques
      montagnes. Gardez de les franchir, dit-elle, et elle même
      ne respecte pas les limites qu'elle a tracées. (6) Ne
      passez point l'Hèbre; n'ayez rien à
      démêler avec Sagonte. – Mais Sagonte est tout
      près de l'Hèbre. – Craignez de faire un seul pas.
      – (7) C'est donc trop peu de m'enlever mes plus anciennes
      provinces, la Sicile et la Sardaigne, vous voulez encore les
      Espagnes? Que je les cède, et vous passerez en Afrique.
      Que dis-je vous passerez? Les deux consuls de cette
      année sont envoyés, l'un en Afrique, l'autre en
      Espagne. Nous n'avons plus rien, rien que ce que le fer nous
      assurera. (8) Ils peuvent être peureux et lâches
      ceux qui derrière eux trouveront encore des ressources,
      qui voient leurs champs, le sol de la patrie prêts
      à les recevoir, lorsque des chemins sûrs et une
      terre amie auront protégé leur retraite, mais il
y a pour vous nécessité d'être braves; plus
      d'alternative entre la victoire et la mort; tel est le cri d'un
      désespoir bien prononcé, il faut vaincre, ou, si
      la fortune est contraire, mourir au champ d'honneur,
      plutôt que dans la fuite. (9) Si telle est à tous
      votre résolution ferme, invariable, je le
      répète, soldats, la victoire est à vous:
      jamais, pour vaincre, motif plus puissant ne fut donné
      à l'homme par les dieux immortels."

[[[[Début]

[21,45] Derniers préparatifs
   avant la bataille

(1) Ces harangues, ont, de part et d'autre,
      échauffé le courage des soldats. Les Romains
      s'empressent de jeter un pont sur le Tessin, et construisent un
      fort pour défendre le pont. (2) Tandis qu'ils s'occupent
      de cet ouvrage, Hannibal envoie Maharbal avec un
      détachement de cinq cents cavaliers numides, pour
      ravager les terres des alliés de Rome. (3) Il lui
      recommande surtout de ménager les Gaulois, et de mettre
      tout en oeuvre pour attirer les chefs dans son parti. Le pont
      terminé, l'armée romaine passe sur le territoire
      des Insubres, et s'arrête à cinq milles de
      Victumulae. (4) C'est là qu'Hannibal était
      campé: il rappelle en toute hâte Maharbal et son
      corps de cavalerie, et, à l'approche de la bataille,
      croyant que ses discours, ses exhortations n'ont pas encore
      assez animé l'ardeur des soldats, il convoque une
      nouvelle assemblée, et leur annonce les
      récompenses positives sur lesquelles ils peuvent compter
      après la victoire; (5) des terres en Italie, en Afrique,
      en Espagne, à leur choix, libres de tout impôt
      pour le propriétaire et ses enfants; l'équivalent
      en argent, s'ils le préfèrent; (6) la promesse du
      droit de cité à Carthage pour les alliés
      qui le demanderaient; des avantages réels pour ceux qui
      voudront retourner dans leur pays, et un établissement
      digne d'exciter l'envie de leurs concitoyens. (7) "Esclaves,
      qui avez suivi vos maîtres, dit-il, vous serez libres; og
      vous, leurs maîtres, je vous rendrai deux esclaves pour
      un. (8) Ma parole est sacrée, ajouta-t-il en saisissant,
      d'une main, un agneau, de l'autre une pierre: si je la violais,
      Jupiter, et dieux que je prends à témoin,
      immolez-moi, comme je vais immoler cet agneau." Il dit, et
      écrase contre la pierre la tête de la victime. (9)
      Dès lors, comme si les dieux se fussent rendus garants
      de leurs espérances, tous, impatients du retard qui seul
      à leurs yeux suspend l'accomplissement de leurs
      désirs, tous n'ont qu'une âme et qu'un cri pour
      demander le combat.

[[[[Début]

[21,46] Bataille au bord du Tessin
   (début novembre)

(1) Les Romains étaient loin de faire
      éclater une pareille allégresse; des prodiges
      récents avaient ajouté à la terreur qu'ils
      éprouvaient déjà. (2) Un loup était
      entré dans le camp, avait déchiré ceux qui
      se trouvaient sur son passage, et s'était
      échappé sans recevoir lui-même aucune
      blessure; un essaim d'abeilles était venu aussi se poser
      sur un arbre qui couvrait la tente du général.
      (3) Après les sacrifices expiatoires, Scipion, à
      la tête de sa cavalerie et d'une troupe
      légère d'archers, s'avance vers le camp du
      Carthaginois pour examiner de près ses forces, le nombre
      et la qualité de ses troupes. Il rencontre Hannibal qui,
      de son côté, s'était mis en marche avec sa
      cavalerie, pour reconnaître les lieux d'alentour. (4)
      D'abord ils ne se distinguaient pas l'un l'autre; mais ensuite
      les nuages de poussière qui s'élevaient sous les
      pas de tant d'hommes et de chevaux, furent le signal de
      l'approche des ennemis. Les deux troupes s'arrêtent, et
      se préparent au combat. (5) Scipion place en avant les
      archers et les cavaliers gaulois; en seconde ligne, les Romains
      et ce que les alliés ont de plus intrépide.
      Hannibal met au centre ses cavaliers dont les chevaux
      connaissent le mors, et fortifie les ailes avec les Numides.
      (6) À peine un premier cri a-t-il annoncé la
      charge, que les archers s'enfuient au milieu du corps de
      réserve formé par la seconde ligne. Entre les
      cavaliers, le choc se soutint quelque temps avec assez
      d'égalité. Bientôt l'infanterie, qui se
      mêle à l'action, fait cabrer les chevaux;
      plusieurs cavaliers sont renversés; d'autres mettent
      pied à terre pour soutenir leurs compagnons
      pressés, enveloppés de toutes parts; og
      déjà ce n'était plus, pour ainsi dire,
      qu'un engagement d'infanterie, (7) lorsque les Numides,
      disposés sur les ailes, au moyen d'un léger
      mouvement tournant, paraissent sur les arrières de la
      ligne romaine. Effrayés de ce mouvement, les Romains le
      sont plus encore de la blessure du consul; mais son fils,
      à peine en âge de puberté, se jette en
      travers des ennemis, et détourne le danger qui menace
      son père. (8) C'est à ce jeune héros qu'il
      est réservé de terminer cette guerre, et de
      mériter le surnom d'Africain par sa brillante victoire
      sur Hannibal et les Carthaginois. (9) Cependant l'agitation
      d'une fuite complète ne se manifesta que du
      côté des archers qui, les premiers virent fondre
      sur eux les Numides. Le reste de la cavalerie serra les rangs,
      reçut le consul au milieu d'elle, le couvrit de ses
      armes, de son corps, et le ramena au camp, sans
      désordre, sans confusion dans sa retraite. (10)
      L'honneur d'avoir sauvé le consul est attribué
      par Coelius à un esclave ligure. Pour moi, j'aimerais
      mieux que la gloire en fût toute à son fils; dette er
      du reste l'opinion de la plupart des historiens, et celle que
      la renommée a consacrée.

[[[[Début]

[21,47] Passage du Pô

(1) Tel fut le premier combat avec Hannibal: il prouva
      clairement la supériorité de sa cavalerie, et par
      conséquent l'infériorité des Romains dans
      les plaines découvertes, comme celles que l'on trouve
      entre le Pô et les Alpes. (2) Aussi, dès la nuit
      suivante, les soldats reçurent l'ordre de rassembler, en
      silence, tous les bagages; on leva le camp des bords du Tessin,
      et l'on se porta en toute hâte vers le Pô, afin de
      profiter du pont jeté sur le fleuve, et qu'on n'avait
      pas encore coupé. Les troupes y passèrent sans
      tumulte, et sans craindre la poursuite de l'ennemi. (3) Elles
      étaient à Plaisance, qu'Hannibal savait à
      peine leur départ des rives du Tessin. Cependant il fit
      prisonniers environ six cents hommes, qui étaient
      restés sur l'autre bord pour couler les radeaux, et qui
      avaient mis de la lenteur dans cette opération. Le pont
      ne put lui servir, parce que, les extrémités une
      fois détachées, le reste était
      entraîné par les eaux. (4) Coelius assure que
      Magon traversa, à l'instant même, le Pô
      à la nage avec la cavalerie et les fantassins espagnols;
      et qu'Hannibal remonta le fleuve pour faire passer à ses
      soldats les gués qu'il rencontra plus haut; il eut le
      soin de mettre ses éléphants en première
      ligne, afin de rompre l'impétuosité des vagues.
      Ceux qui connaissent le Pô, croiront difficilement ce
      récit. (5) En effet, il n'est pas vraisemblable que la
      cavalerie, sans perdre ni armes, ni chevaux, ait pu triompher
      de l'insurmontable rapidité du courant. Supposé
      même que tous les Espagnols eussent effectué leur
      passage sur des outres enflées, il aurait fallu prendre
      un circuit de plusieurs jours de marche, pour trouver des
      gués, où l'on pût risquer une armée
      avec tous ses bagages. (6) J'ajoute foi plus volontiers
      à ceux qui disent qu'on fut deux jours avant d'arriver
      à un endroit propre à recevoir un pont de
      bateaux, que Magon franchit le premier avec la cavalerie
      espagnole libre de toute charge. (7) Tandis qu'Hannibal,
      arrêté aux environs du fleuve pour donner audience
      aux ambassades gauloises, fait passer l'infanterie la plus
      lourde, Magon, avec ses cavaliers, se porte en une
      journée de chemin, vers l'ennemi, du côté
      de Plaisance. (8) Hannibal, peu de jours après, vint se
      retrancher à six milles de cette ville; le lendemain, il
      déploie ses forces à la vue de ses adversaires,
      et leur présente la bataille.

[[[[Début]

[21,48] Scipion installe son camp
   près de la Trébie (novembre 218)

(1) La nuit suivante, il y eut dans le camp romain un
      massacre causé par les Gaulois auxiliaires; l'alarme
      cependant fut plus grande que la perte. (2) À peu
      près deux mille fantassins et deux cents cavaliers, qui
      ont égorgé les sentinelles aux portes, passent du
      côté d'Hannibal. Le Carthaginois leur adressa des
      paroles bienveillantes, fit briller à leurs yeux
      l'espoir des plus belles récompenses, et les envoya
      chacun dans sa cité, pour soulever en sa faveur les
      esprits de leurs concitoyens. (3) Scipion a vu dans ce meurtre
le signal de la défection de tous les Gaulois; elle
      redoute que les atteintes de ce forfait ne leur inspirent une
      sorte de frénésie qui les fasse courir aux armes;
      (4) aussi, malgré la douleur que lui cause sa blessure,
      il part secrètement, à la quatrième veille
      de la nuit suivante, se dirige vers la Trébie, et vient
      camper sur des hauteurs et des collines inaccessibles à
      la cavalerie. (5) Hannibal ne fut point trompé comme au
      Tessin; il détacha d'abord les Numides, puis tous ses
      cavaliers, qui certes auraient jeté le trouble dans
      l'arrière-garde romaine, si, trop avides de butin, les
      Numides ne se fussent répandus dans le camp
      abandonné. (6) Tandis qu'attentifs à fouiller
      çà et là, ils perdent les instants en
      recherches presque infructueuses, l'ennemi leur échappe
      des mains, ils le voient qui a passé la Trébie,
      et qui asseoit son camp; quelques traînards seulement,
      arrêtés en deçà du fleuve, tombent
      sous leurs coups. (7) Le consul, hors d'état de
      supporter un second déplacement, à cause des
      souffrances qu'il venait d'éprouver, et résolu
      d'ailleurs à attendre son collègue, qu'il savait
      rappelé de la Sicile, choisit, près de la
      rivière, l'endroit qui lui parût le plus
      convenable pour former des lignes stationnaires, et les
      fortifia avec beaucoup de soin. (8) Hannibal s'arrêta
      à peu de distance: mais, si la victoire de sa cavalerie
      lui avait inspiré de l'orgueil, il cédait
      à la crainte de la disette, de jour en jour plus
      affreuse dans une armée engagée sur le territoire
      ennemi, sans vivres, sans provisions; (9) il envoie donc un
      parti du côté de Clastidium, où les Romains
      avaient de nombreux magasins de blé. Le bourg allait
      être attaqué, lorsqu'on eut l'espoir de
      réussir par la trahison; elle ne se fit point payer
      chèrement; quatre cents écus d'or suffirent pour
      gagner Dasius de Brindes, commandant de la garnison, qui livra
      la place à Hannibal. Les Carthaginois trouvèrent
      là des approvisionnements, tant qu'ils restèrent
      sur la Trébie. (10) La garnison prisonnière ne
      fut en rien traitée avec rigueur; Hannibal voulait, dans
      les commencements de son entreprise, s'attirer une
      réputation de clémence.

[[[[Début]

[21,49] Opérations de Sicile
   (été 218)

(1) Tandis que la guerre, demeurait ainsi en suspens
      sur les bords de la Trébie, il se passa dans
      l'intervalle, près de la Sicile et des îles qui
      bordent l'Italie, des événements sur terre et sur
      mer, avant et depuis l'arrivée du consul Sempronius. (2)
      Vingt quinquérèmes et mille combattants avaient
      été envoyés par les Carthaginois pour
      ravager la côte de l'Italie; neuf de ces galères
      abordèrent à Lipari, huit à l'île de
      Vulcain, trois furent emportées par les vagues dans le
      détroit. (3) Celles-ci furent signalées à
      Messine, où Hiéron, roi de Syracuse, se trouvait
      alors pour attendre le consul romain; il fit avancer contre
      elles douze bâtiments qui les prirent ans
      résistance, et les conduisirent au port de Messine. (4)
      On sut par les prisonniers qu'outre l'armement de vingt
      vaisseaux, dont ils faisaient partie, et qui cinglait vers
      l'Italie, trente-cinq quinquérèmes allaient
      encore aborder en Sicile, pour y soulever les anciens
      alliés de Carthage. (5) Leur but principal était
      de s'emparer de Lilybée; mais, sans doute, la
      tempête qui les avait eux-mêmes dispersés,
      avait aussi jeté cette flotte vers les îles
      Aegates. (6) Le roi fait parvenir ces avis au préteur M.
      Aemilius, chargé du département de la Sicile, et
      lui recommande d'établir dans Lilybée une forte
      garnison. (7) Aussitôt le préteur envoie dans les
      cités voisines ses lieutenants et ses tribuns, avec
      ordre de recommander partout la vigilance la plus exacte. Et
      d'abord on pourvut à la défense de
      Lilybée. Outre les préparatifs de guerre, une
      proclamation enjoignit à tous les équipages de se
      munir de vivres pour dix jours, de les porter à bord,
      (8) et de s'embarquer au premier signal. Les vedettes,
      placées le long de la côte sur des hauteurs,
      devaient avertir d'avance de l'approche des vaisseaux ennemis.
      Tout était prêt; (9) et, quoique les Carthaginois
      eussent à dessein ralenti la marche de leurs navires
      pour entrer seulement au point du jour dans la rade de
      Lilybée, on n'en fut pas moins prévenu de leur
      arrivée, parce que la lune brilla toute la nuit, et
      qu'ils venaient voiles déployées. (10)
      Aussitôt les vedettes donnèrent le signal, et dans
la ville on cria aux armes et l'on courut aux vaisseaux; un
      partie des soldats était sur les remparts, et aux
      portes; une autre, sur les vaisseaux. (11) Les Carthaginois,
      contraints de renoncer à une surprise, se tinrent,
      jusqu'au jour, à distance de la rade, occupés
      à baisser leurs voiles et à se disposer au
      combat. (12) Dès le matin, ils ramenèrent leur
      flotte en pleine mer, afin d'ouvrir pour la bataille un espace
      plus vaste, et de laisser libre aux bâtiments ennemis la
      sortie du port. (13) Les Romains ne refusèrent point
      l'action; ces mêmes parages leur rappelaient de glorieux
      souvenirs, et leurs guerriers étaient aussi nombreux que
      vaillants.

[[[[Début]

[21,50] Bataille au large de
   Lilybée

(1) À peine est-on sur la haute mer, que les
      Romains tentent l'abordage, pour se mesurer corps à
      corps avec l'ennemi; (2) mais les Carthaginois, éludant
      cette manoeuvre, opposent la ruse à la force, et aiment
      mieux combattre avec les vaisseaux qu'avec les armes et les
      hommes. (3) En effet, leur flotte, abondamment pourvue de
      rameurs, manquait de soldats; et, sitôt qu'il y avait
      engagement, le petit nombre de leurs combattants était
      incapable de soutenir la lutte. (4) Ce fait étant connu,
      les Romains furent encouragés par leur grand nombre, et
      les Carthaginois effrayés de leur faiblesse. En un
moment, sept de leurs vaisseaux furent enveloppés; la
      reste prit la fuite: on fit prisonniers, sur les sept
      bâtiments, dix-sept cents hommes, soldats, ou matelots,
      et, parmi eux, trois nobles carthaginois. (6) La flotte
      romaine, sans autre dommage qu'un seul vaisseau percé de
      part en part, mais qu'on parvint même à sauver
      avec les autres, rentra dans le port. (7) Ce fut après
      cette victoire, et avant que la nouvelle en eût
      été portée à Messine, que le consul
      Tiberius Sempronius arriva dans cette ville. Au moment
      où il entrait dans le détroit, le roi
      Hiéron alla à sa rencontre, avec une flotte
      pompeusement ornée: là, passant du vaisseau royal
      sur le bord du consul, (8) il le félicita d'être
      arrivé sans accident funeste avec ses navires et son
      armée, et lui souhaita une heureuse traversée en
      Sicile; (9) puis il l'informa de la situation de l'île,
      des desseins des Carthaginois, et promit de servir les Romains,
      dans sa vieillesse, avec le même zèle qu'il avait
      montré dans sa jeunesse, pendant la guerre
      précédente. (10) Il s'engagea à fournir
      gratuitement du blé et des habits aux légions et
      aux équipages du consul. Un grand danger, disait-il,
menace Lilybée et les autres villes maritimes; la
      esprits y sont avides de changements. (11) D'après cet
      avis, le consul crut devoir se porter sur-le-champ, avec sa
      flotte, sur Lilybée; celle du roi, et le prince
      lui-même, partirent avec lui; ils apprirent en mer le
      combat de Lilybée, la défaite et la prise des
      vaisseaux ennemis.

[[[[Début]

[21,51] Le consul rejoint son
   collègue au camp de la Trébie (novembre 218)

(1) À son arrivée à
      Lilybée, le consul congédia le roi Hiéron
      et sa flotte; et, après avoir laissé un
      préteur pour défendre les côtes de la
      Sicile, il passa en personne dans l'île de Malte, alors
      au pouvoir des Carthaginois. (2) À peine avait-il mis
      pied à terre, qu'on lui livra Amilcar, fils de Gisgon,
      commandant des troupes, avec un peu moins de deux mille
      soldats, la place et l'île entière. Quelques jours
      après, il revint à Lilybée; et, là,
      tous les prisonniers faits par le consul ou par le
      préteur furent vendus à l'encan, à
      l'exception des personnages d'une naissance illustre. (3)
      Lorsque Sempronius crut avoir assez pourvu, de ce
      côté, à la sûreté de la
      Sicile, il se dirigea vers les îles de Vulcain, où
      il y avait, disait-on, une flotte carthaginoise; mais il n'y
      trouva point un seul ennemi. (4) Déjà, sans
      doute, ils étaient partis pour ravager les côtes
      de l'Italie, et leurs dévastations sur le territoire de
      Vibo avaient jeté la terreur au sein même de Rome.
      (5) À l'instant où le consul regagnait la Sicile,
      il reçoit la nouvelle de leur descente, et une lettre du
      sénat, qui lui apprend l'arrivée d'Hannibal en
      Italie, et l'appelle au plus tôt au secours de son
      collègue. (6) Agité de tant d'inquiétudes
      diverses, il fait sur-le-champ embarquer l'armée, qu'il
envoie à Ariminum par la mer supérieure; elle
      charge le lieutenant Sextus Pomponius, à qui il laisse
      vingt-cinq vaisseaux longs, de veiller à la
      défense du territoire de Vibo et de la côte
      maritime de l'Italie; il complète au préteur
      Marcus Aemilius une flotte de cinquante bâtiments. (7)
      Après toutes ces dispositions en Sicile, lui-même,
      avec dix navires, longe la côte de l'Italie, pour se
      rendre à Ariminum: de là, il s'avance avec son
      armée vers la Trébie, et vient se joindre
      à son collègue.

[[[[Début]

[21,52] Victoire indécise des
   Romains

(1) La réunion des deux consuls et de toutes
      les forces romaines contre Hannibal semblait être pour
      l'empire un gage de salut, ou il fallait désormais
      renoncer à toute espérance. (2) Cependant l'un
      des consuls, abattu par la défaite de sa cavalerie et
      par sa blessure, était d'avis de gagner du temps;
      l'autre, plein d'une ardeur nouvelle et partant plus hardi, ne
      pouvait souffrir de retard. (3) Tout le terrain entre la
      Trébie et le Pô était alors occupé
      par les Gaulois. Dans cette lutte de deux peuples si puissants,
      leur politique indécise tendait visiblement à se
      déclarer pour le vainqueur. (4) Les Romains ne leur
      demandaient que de rester neutres; mais Hannibal irrité
      s'écriait qu'eux-mêmes l'avaient appelé en
      Italie, pour être leur libérateur. (5)
      Cédant à la colère, à la
      nécessité de nourrir son armée par le
      butin, il envoie deux mille hommes d'infanterie, mille de
      cavalerie, presque tous Numides, et parmi eux quelques Gaulois,
      ravager tout le territoire jusqu'aux rives du Pô. (6)
      Incapables de résister, les Gaulois, qui jusqu'alors
      avaient flotté incertains, forcés par les
      outrages de leurs agresseurs, se déclarent pour ceux
      dont ils attendent des vengeurs; ils députent vers le
      consul, et implorent le secours des Romains pour leur pays,
      victime de sa trop grande fidélité envers Rome.
      (7) Cornélius ne trouvait ni le motif suffisant, ni
      l'instant favorable pour hasarder une action; les Gaulois aussi
      lui étaient suspects: que de fois ils avaient usé
      de perfidie! Le souvenir de leurs anciennes trahisons pouvait
      être effacé par le temps; mais devait-on oublier
      la révolte toute récente des Boïens? (8)
      Sempronius, au contraire, tenait que ce serait un lien
      indissoluble pour la foi des alliés, si l'on accordait
      une protection généreuse à ceux qui, les
      premiers, l'avaient réclamée. (9) Son
      collègue hésitait encore; il prend alors sa
      cavalerie, y joint mille fantassins, archers en grande partie,
      et les fait passer au-delà de la Trébie, pour
      défendre les terres des Gaulois. (10) Cette troupe
      rencontre celle d'Hannibal, dispersée, sans ordre, dont
      la plupart des soldats étaient d'ailleurs chargés
      de butin; elle l'attaque à l'improviste, y sème
      l'épouvante et le carnage, la met en fuite, et la
      poursuit jusqu'au camp, jusqu'aux avant-postes ennemis:
      là, repoussée par la multitude qui se
      précipite hors des lignes, elle rétablit le
      combat avec de nouveaux renforts. (11) Il s'ensuivit un
      engagement très disputé; et, quoique à la
      fin les chances fussent devenues égales, cependant
      l'avantage parut pencher du côté des Romains.

[[[[Début]

[21,53] Impatience du consul Ti.
   Sempronius Longus

(1) Cependant, plus que tout autre, le consul avait
      trouvé le succès grand et mérité.
      Il était transporté de joie, d'avoir
      été vainqueur dans un genre de combat où
      son collègue avait été vaincu. (2) Il
      venait de relever, de ranimer le courage des soldats; tous,
      excepté Cornélius, demandaient à l'instant
      la bataille. Encore plus affecté au moral qu'au
      physique, l'autre consul, au souvenir de sa blessure, redoutait
      la mêlée et les javelots de l'ennemi; men
      fallait-il laisser vieillir cette ardeur, près d'un
      malade? (3) pourquoi différer et perdre le temps?
      Attend-on un troisième consul, une troisième
      armée? (4) Les Carthaginois sont campés au sein
      de l'Italie, presque à la vue de Rome. Ce n'est plus la
      Sicile, la Sardaigne, enlevées à des vaincus, que
      viennent attaquer leurs armes; ce n'est plus l'Espagne, en
      deçà de l'Hèbre, qu'ils essaient
      d'envahir: c'est du sol paternel, de la terre de la patrie,
      qu'ils veulent chasser les Romains. (5) "Combien
      gémiraient nos pères, disait-il,
      accoutumés à porter la guerre près des
      murs de Carthage, s'ils nous voyaient, nous, leurs enfants,
      s'ils voyaient deux consuls, deux armées consulaires, au
      milieu de l'Italie, arrêtés par la crainte dans
      leurs retranchements: tandis que l'Africain a soumis à
      sa domination tout le pays entre les Alpes et l'Apennin!" (6)
      Tels étaient les discours qu'il tenait près du
      lit de son collègue malade, qu'il répétait
      presque publiquement dans sa tente. Il était
      aiguillonné et par l'idée de l'approche des
      comices, qui pouvaient remettre à d'autres consuls le
      soin de la guerre, et par l'occasion de faire rejaillir sur lui
      seul toute la gloire d'un succès, pendant la maladie de
      son collègue. (7) Aussi, malgré les
      représentations de Cornélius, il ordonne aux
      soldats de se tenir prêts à livrer bataille au
      plus tôt. Hannibal, qui voyait bien que la prudence
      était le parti le plus sûr pour l'ennemi, ne se
      doutait guère que les consuls agiraient avec
      légèreté et imprudence. (8) Mais,
      convaincu par la renommée d'abord, ensuite par ses
      observations, de la fougue, de l'emportement d'un des consuls,
      dont un succès sur ses fourrageurs avait dû
      accroître encore l'impétuosité, il ne
      désespérait plus que la fortune lui fournit
      bientôt l'occasion de frapper un grand coup. (9) Afin de
      ne point la laisser échapper, il redoublait de vigilance
      et d'activité, tandis que le soldat romain était
      peu aguerri, que le meilleur des deux généraux se
      trouvait, par sa blessure, hors d'état de combattre,
      (10) et que rien jusque là n'avait refroidi
      l'enthousiasme des Gaulois, dont il savait que le grand nombre
      le suivrait avec plus de répugnance, à mesure
      qu'on les entraînerait plus loin de leur patrie. (11) Ces
      motifs, d'autres encore, lui firent espérer une bataille
      prochaine: d'ailleurs, en cas de retard, il était
      résolu à la provoquer, lorsque ses espions,
      choisis parmi les Gaulois, qui excitaient moins la
      défiance, parce que cette nation servait dans les deux
      armées, lui rapportèrent que les Romains se
      disposaient au combat; il se mit alors à chercher dans
      les environs un lieu propre à une embuscade.

[[[[Début]

[21,54] Les Romains acceptent le combat
   (fin décembre)

(1) Entre les deux armées coulait un ruisseau,
      renfermé, de toutes parts, dans des rives profondes et
      couvertes d'herbes marécageuses, de buissons, de
      broussailles, comme le sont d'ordinaire tous les lieux
      incultes. On pouvait cacher même de la cavalerie dans cet
      endroit obscur: Hannibal s'en aperçut, après
      avoir lui-même reconnu te terrain: "Voilà quel
      sera ton poste, dit-il à Magon, son frère: (2)
      choisis dans l'armée cent cavaliers, cent fantassins, et
      viens avec eux me joindre à la première veille.
      Il faut maintenant prendre de la nourriture et du repos." Il
      dit, et congédie le conseil. (3) Magon paraît
      bientôt avec sa troupe d'élite. "Je vois, dit
      Hannibal, des guerriers intrépides. Mais, afin de vous
      assurer l'avantage du nombre ainsi que de la valeur, vous
      choisirez chacun, dans tous les bataillons d'infanterie ou de
      cavalerie, neuf braves qui vous ressemblent. Magon vous
      montrera où vous devez vous embusquer. Vous aurez
      affaire à un ennemi incapable de rien voir dans ces
      ruses de guerre." (4) Les mille cavaliers et les mille
      fantassins de Magon sont partis. Hannibal, au point du jour,
      ordonne à la cavalerie numide de passer la
      Trébie, de voltiger le long du camp romain, et de
      harceler les avant-postes, pour attirer l'ennemi au combat;
      puis, lorsque l'action serait engagée, de lâcher
      pied peu à peu, afin de l'entraîner en
      deçà de la rivière. (5) Telles
      étaient les instructions des Numides. Les autres chefs
      de l'infanterie et de la cavalerie reçoivent l'ordre de
      faire dîner tous leurs soldats, de seller ensuite les
      chevaux, et d'attendre le signal sous les armes. (6)
      Sempronius, à la première alerte donnée
      par les Numides, fait d'abord avancer toute sa cavalerie, cette
      partie de ses forces dont il est si fier, puis six mille hommes
      d'infanterie, et enfin toutes ses troupes, tant il était
      avide de mettre à exécution sa résolution
      prise longtemps d'avance de livrer bataille. (7) Ce
      jour-là, la brume était assez piquante, et il
      tombait de la neige dans ces lieux situés entre les
      Alpes et l'Apennin, et refroidis encore par le voisinage des
      fleuves et des marais. (8) Comme les hommes et les chevaux
      étaient sortis précipitamment, sans avoir pris
      d'avance aucune nourriture, sans s'être munis d'aucune
      protection contre la rigueur de la saison, ils n'avaient plus
      de chaleur; et, à l'approche de la rivière,
      l'air, devenu plus vif, les glaçait de froid. (9)
      Bientôt ils entrent dans l'eau, afin de poursuivre les
      Numides qui fuient devant eux, et ils en ont jusqu'à la
      poitrine, à cause des pluies qui, la nuit
      précédente, ont grossi la Trébie: alors,
      à mesure qu'ils sortent de la rivière, ils
      sentent leurs membres si engourdis, qu'à peine ils
      peuvent tenir leurs armes; et, comme déjà la
      journée est avancée, ils se trouvent
      épuisés de fatigue et de besoin.

[[[[Début]

[21,55] Les Carthaginois ont
   l'avantage

(1) Cependant les soldats d'Hannibal, qui ont
      allumé des feux devant leurs tentes, assoupli leurs
      membres avec l'huile distribuée dans chaque bataillon,
      et pris tranquillement leur repas, à la nouvelle que
      l'ennemi a passé la rivière, saisissent leurs
      armes, pleins d'ardeur et de force, et viennent se ranger en
      bataille. (2) Hannibal place en première ligne les
      Baléares, troupes légères, qui forment
      à peu près huit mille hommes; ensuite son
      infanterie, pesamment armée, tout ce qu'il a de braves,
      de vigoureux guerriers: il répand sur les ailes dix
      mille chevaux, et, en tête de chacune il dispose ses
      éléphants. (3) Le consul, qui voit sa cavalerie,
      ardente à la poursuite des Numides
      débandés, assaillie à l'improviste par ces
      mêmes Numides qui tout à coup lui opposent une
      vive résistance, fait sonner la retraite, la rappelle,
      et la distribue sur les deux ailes de son infanterie, (4)
      composée de dix-huit mille Romains, de vingt mille
      alliés de nom latin, et d'un corps d'auxiliaires
      cénomans, la seule des nations gauloises dont la foi ne
      s'était point démentie. Telles étaient les
      deux armées marchant au combat. (5) L'action fut
      engagée par les Baléares; mais, comme les
      légions leur présentaient une masse de forces
      trop imposante, on fit bientôt retirer sur les ailes ces
      troupes légères. Par ce mouvement, la cavalerie
      romaine fut aussitôt accablée. (6) En effet,
      quatre mille cavaliers, qui déjà par
      eux-mêmes avaient peine à résister à
      dix mille Carthaginois, la plupart aussi dispos que les Romains
      étaient épuisés, se trouvèrent
      encore écrasés par une grêle de traits que
      leur lancèrent les Baléares. (7) Avec cela, les
      éléphants, qui débordaient les
      extrémités des ailes, et dont l'aspect et l'odeur
      extraordinaire effrayaient surtout les chevaux,
      répandaient au loin le désordre. (8) Entre les
      deux infanteries, il y avait plutôt égalité
      de courage que de vigueur; car les Carthaginois, tout frais et
      bien nourris à l'avance, luttaient avec avantage contre
      des ennemis épuisés de faim et de lassitude,
      engourdis et paralysés par le froid. Cependant les
      Romains eussent résisté, s'ils n'avaient eu
      à combattre que de l'infanterie: (9) mais notre
      cavalerie une fois mise en déroute, les Baléares
      criblaient de traits nos fantassins sur les flancs, et
      déjà les éléphants s'étaient
      portés sur le centre. Bientôt Magon et les
      Numides, qui ont vu les Romains dépasser leur embuscade
      secrète, arrivent par derrière, et sèment
      çà et là le trouble et la consternation.
      (10) Cependant, au milieu de tant de maux qui la menacent de
      toutes parts, notre armée demeura quelque temps
      inébranlable, et, contre l'attente
      générale, soutint surtout le choc des
      éléphants. (11) Des vélites,
      disposés pour cet effet, leur firent tourner le dos, en
      leur lançant des javelines acérées; puis,
      se précipitant sur leurs traces, ils les
      perçaient sous la queue, à l'endroit où
      leur peau plus molle était plus accessible au fer.

[[[[Début]

[21,56] Déroute de
   l'armée romaine près de la Trébie

(1) Au moment où, dans leur effroi, ils
      allaient se rejeter sur les Carthaginois eux-mêmes,
      Hannibal ordonna de les faire repasser du centre vers les
      extrémités, et de les diriger sur l'aile gauche,
      contre les Gaulois auxiliaires: la déroute ne fut pas un
      instant douteuse. Surcroît d'alarmes pour les Romains,
      à la vue de la fuite des auxiliaires. (2) Aussi,
      obligés de combattre sur tous les points, dix mille
      hommes environ, car le reste ne put s'échapper,
      s'ouvrirent un passage, par le massacre de beaucoup d'ennemis,
      à travers le centre de l'armée africaine,
      renforcée de Gaulois auxiliaires; (3) et, comme il leur
      était impossible de regagner le camp, dont la
      Trébie leur fermait l'entrée, ou de distinguer
      assez, à cause de la pluie, les endroits où ils
      auraient pu venir au secours des leurs, ils se rendirent droit
      à Plaisance. (4) Chacun ensuite chercha à
      s'échapper d'un côté ou d'un autre. Ceux
      qui coururent vers la rivière furent engloutis dans les
      eaux, ou accablés par les Carthaginois, s'ils
      hésitaient à tenter le passage. (5) Ceux qui,
      dans leur fuite, s'étaient dispersés à
      travers champs, prirent la route de Plaisance, sur les traces
      du corps d'armée qui effectuait sa retraite. D'autres
      enfin, enhardis par la crainte même de l'ennemi,
      s'élancèrent dans la Trébie, la
      traversèrent heureusement, et se
      réfugièrent dans leurs lignes. (6) Une pluie
      mêlée de neige, et la rigueur intolérable
      du froid, firent périr une grande quantité de
      chevaux et presque tous les éléphants. (7) Les
      Carthaginois ne poursuivirent pas les Romains au-delà du
      fleuve, et ils retournèrent dans leur camp, tellement
      transis et glacés, qu'à peine ils sentaient la
      joie de leur victoire. (8) Aussi la nuit suivante, lorsque le
      détachement commis à la garde de nos
      retranchements, et les faibles débris de nos troupes
      nombreuses passaient la Trébie sur des radeaux, les
      Carthaginois ne s'en aperçurent point; soit parce que la
      pluie tombait par torrents, (9) ou qu'incapables, par leur
      lassitude et par leurs blessures, de faire aucun mouvement, ils
      feignirent de ne rien entendre. Scipion, sans être
      inquiété dans sa marche silencieuse, conduisit sa
      division à Plaisance: de là, traversant le
      Pô, il gagna Crémone, pour que le cantonnement de
      deux armées ne restât point à la charge
      d'une seule colonie.

[[[[Début]

[21,57] Voyage-éclair du consul
   à Rome; attaque de Victumulae

(1) Cet échec causa dans Rome une terreur si
      profonde, que déjà l'on croyait voir l'ennemi
marcher sur la ville enseignes déployées. plus
      d'espérance, plus de ressources pour repousser les
      assauts qu'il livrerait aux portes et aux remparts. (2) "Un
      consul avait été défait sur les bords du
      Tessin, l'autre rappelé de la Sicile, et les deux
      armées consulaires venaient encore d'être
      vaincues. De quels chefs, de quelles légions implorer
      désormais le secours?" (3) L'effroi régnait
      partout, lorsqu'on vit arriver Sempronius. Malgré mille
      périls, malgré la cavalerie d'Hannibal,
      répandue çà et là dans la plaine
      pour piller, plus téméraire que prudent, sans
      espoir de n'être point aperçu, de résister,
      s'il était découvert, le consul était
      parvenu à s'échapper. (4) Il tint les comices
      consulaires; c'est ce qu'on désirait le plus dans la
      circonstance présente: ensuite il retourne à ses
      cantonnements. On avait nommé consuls Cneius Servilius
      et Caius Flaminius. (5) Du reste, les Romains étaient
      sans cesse inquiétés dans leurs quartiers d'hiver
      par les cavaliers numides qui erraient de tous
      côtés, ou par les Celtibériens et les
      Lusitaniens, aux lieux où la cavalerie trouvait trop
      d'obstacles. Tous les approvisionnements leur étaient
      interceptés, à l'exception de ceux qui arrivaient
      par le Pô, sur des barques. (6) Il y avait près de
      Plaisance un marché, défendu par de solides
      murailles et par une forte garnison: Hannibal, qui se flattait
      de s'en rendre maître, s'avança avec sa cavalerie
      et ses troupes légères; et, comme le secret seul
      pouvait assurer le succès de l'entreprise, il tenta de
      nuit son attaque: mais il ne réussit pas à
      tromper la vigilance des gardes. (7) Le cri d'alarme fut
      poussé avec tant de force, qu'il retentit jusque dans
      Plaisance. Aussi, au point du jour, le consul était
      arrivé avec sa cavalerie; les légions avaient
      ordre de le suivre, formées en bataillons carrés.
      (8) Cependant il se livra un combat de cavalerie; Hannibal en
      sortit blessé, ce qui effraya les Carthaginois: la
      garnison, d'ailleurs, avait fait une vive résistance.
      (9) Après quelques jours de repos, et sa blessure
      à peine cicatrisée, il se remet en campagne pour
      attaquer Victumulae, (10) autre marché que les Romains
avaient fortifié pendant la guerre des Gaulois. elle
      était devenu le séjour d'une foule d'habitants
      des peuplades voisines, et la crainte du pillage y avait alors
      rassemblé presque toute la population des campagnes.
      (11) Cette multitude, animée par le bel exemple qu'avait
      montré la garnison de Plaisance, court aux armes, et
      s'avance contre Hannibal. (12) C'était plutôt un
      rassemblement qu'une armée en bon ordre. L'action
      s'engagea sur la route même; mais, comme il y avait, d'un
      côté, une foule sans discipline, de l'autre, des
      soldats sûrs de leur général, une
      poignée de monde suffit pour mettre en déroute
      trente-cinq mille hommes environ. (13) Le lendemain la place
      capitula, et reçut garnison. On somme les
      assiégés d'apporter leurs armes; de
      obéissent. Tout à coup le signal est donné
      aux vainqueurs de piller la ville, comme si elle eût
      été prise d'assaut; (14) il n'y manque aucune des
      horreurs qui d'ordinaire, dans l'histoire, signalent la prise
      des cités; tant la brutalité, la barbarie, et la
      plus cruelle insolence s'exercèrent contre ces
      malheureux vaincus. Telles furent, pendant l'hiver, les
      expéditions d'Hannibal.

[[[[Début]

[21,58] Tourmente dans l'Apennin
   (début de 217)

(1) Il donna ensuite quelque repos aux soldats, mais
      pendant les grands froids seulement; (2) et, aux
      premières approches, encore douteuses, du printemps, il
      quitte ses quartiers d'hiver, et passe en Étrurie, pour
      soumettre cette nation, comme il avait fait pour les Gaulois et
      les Ligures, de gré ou de force. (3) Au passage de
      l'Apennin, il fut surpris par une tempête si affreuse,
      que seule elle sembla surpasser toutes les horreurs des Alpes.
      Une pluie mêlée de vent, qui donnait dans le
      visage des Carthaginois, les obligea de s'arrêter, parce
      qu'il leur fallait ou quitter leurs armes, ou s'exposer
      à être entraînés par le tourbillon,
      s'ils essayaient de lutter contre sa violence. (4)
      Bientôt, comme l'ouragan leur coupait la respiration, et
      les empêchait de reprendre haleine, ils se tinrent
      quelque temps assis, le dos tourné contre le vent. (5)
      Mais tout à coup un épouvantable fracas retentit
      dans le ciel, des éclairs brillent accompagnés de
      violents coups de tonnerre. Privés, pour ainsi dire, de
      l'ouïe et de la vue, tous demeurent immobiles d'effroi.
      (6) Enfin, la pluie tombe par torrents; et, comme elle donnait
      au vent une nouvelle force, ils se virent contraints de camper
      à l'endroit même où l'orage les avait
      surpris. (7) Mais dès lors commencèrent pour eux
      de nouvelles souffrances; car il leur était impossible
      de déployer ou d'établir les tentes; et s'ils
      venaient à réussir, rien ne restait en place,
      parce que le vent déchirait, emportait tout. (8) Peu
      après, l'eau, qu'il avait soulevée, se gela sur
      le sommet glacé des montagnes, et retomba en grêle
      neigeuse si épaisse, que, laissant tout autre soin, les
      soldats se couchèrent à terre, ensevelis
      plutôt qu'abrités sous leurs vêtements. (9)
      Il succéda une froidure si âpre, qu'au moment
      où cette triste jonchée d'hommes et de chevaux
      tenta de se relever et de se dresser sur ses pieds, elle fit
      longtemps de vains efforts, parce que leurs nerfs, engourdis
      par le froid, avaient ôté tout ressort à
      leurs articulations. (10) Enfin, lorsqu'à force de
      s'agiter, ils eurent recouvré le mouvement,
      ranimé leurs esprits, et que, de loin en loin, on eut
      commencé à allumer quelques feux, chacun,
      incapable de rien faire seul, implorait le secours d'autrui.
      (12) Ils restèrent deux jours comme
      assiégés dans ce lieu. Il y périt beaucoup
      d'hommes, de chevaux, et sept des éléphants qui
      avaient survécu à la journée de la
      Trébie.

[[[[Début]

[21,59] Bataille indécise devant
   Plaisance (début mars 217)

(1) Renonçant à passer l'Apennin,
      Hannibal revint sur ses pas du côté de Plaisance,
et alla camper à dix milles de cette ville. la
      lendemain, il s'avance contre l'ennemi, à la tête
      de douze mille fantassins et de cinq mille cavaliers. (2) Le
      consul Sempronius, déjà de retour de Rome, ne
      refusa point le combat. Une distance de trois mille pas se
      trouvait, ce jour-là, entre les deux camps. (3) Le
      lendemain, l'action s'engagea avec acharnement, avec des
      chances diverses. Au premier choc, les Romains eurent une
      supériorité si prononcée, que, devenus
      maîtres du champ de bataille, ils repoussèrent les
      Carthaginois jusque dans leurs lignes, où ils
      entreprirent même de les assiéger. (4) Hannibal,
      qui n'avait laissé, près des retranchements et
      des portes que fort peu de troupes, resserra le reste vers le
      milieu du camp, et recommanda aux siens de ne s'ébranler
      que quand il en donnerait le signal. (5) Il était
      environ la neuvième heure, lorsque le consul,
      après avoir fatigué vainement ses soldats, et
      renonçant à l'espoir de forcer le camp, fit
      sonner la retraite. (6) Hannibal profita du moment où il
      vit l'ardeur des Romains se ralentir, et leur retraite
      s'opérer; tout à coup il détacha sa
      cavalerie par la droite, par la gauche; et, placé
      lui-même au centre avec l'élite de son infanterie,
      il s'élança hors des lignes. (7) Jamais lutte
      plus sanglante n'eût signalé la ruine des deux
      partis, si le jour eût permis qu'elle se prolongeât
      davantage. (8) La nuit vint mettre fin à
      l'animosité qui enflammait les combattants. Aussi
      l'attaque fut-elle plus vive que meurtrière; et, comme
      les chances s'étaient à peu près
      balancées, la perte fut à peu près
      égale; elle n'excéda pas, de part et d'autre, six
      cents hommes d'infanterie et trois cents de cavalerie. (9)
      Toutefois celle des Romains fut plus grande que nombreuse,
      parce qu'il périt, de leur côté, plusieurs
      chevaliers, cinq tribuns militaires et trois préfets des
      alliés. (10) Ensuite Hannibal se retira en Ligurie, et
      Sempronius à Lucques. À l'arrivée des
      Carthaginois, les Ligures, qui avaient surpris par trahison
      deux questeurs romains, Caius Fulvius et Lucius
      Lucrétius, avec deux tribuns des soldats et cinq
      chevaliers, presque tous fils de sénateurs,
      s'empressent, pour le convaincre qu'il aura en eux de
      sûrs et fidèles alliés, de lui livrer leurs
      captifs.

[[[[Début]

[21,60] Arrivée de
   l'armée romaine en Espagne (automne 218)

(1) Tandis que ces événements se passent
      en Italie, Cneius Cornélius Scipion, envoyé en
      Espagne avec une flotte et une armée, (2) après
      être parti des bouches du Rhône, et avoir
      côtoyé les monts Pyrénées,
      était venu aborder à Empories: (3) lorsqu'il eut
      débarqué ses troupes, il soumit à l'empire
      de Rome, d'abord les Lacetani, puis toute la côte
      maritime jusqu'à l'Hèbre, soit en formant des
      alliances nouvelles, soit en renouvelant les anciennes. (4) Sa
      réputation de clémence lui donna du crédit
      sur les peuples maritimes, et jusque dans l'intérieur
      des terres et des montagnes, sur des nations plus fières
      de leur indépendance; il sut près d'elles se
      ménager la paix, les associer même à ses
      armes, et en tirer des cohortes redoutables d'auxiliaires. (5)
      Hannon commandait dans la partie en deçà de
      l'Hèbre; Hannibal l'avait laissé pour
      défendre cette contrée. Jaloux de prendre
      l'offensive, avant que toute la province eût
      abandonné son parti, il vint camper à la vue des
      Romains, et leur présenta la bataille. (6) Scipion
      l'accepta sans balancer; il savait qu'il aurait à lutter
      contre Hannon et contre Hasdrubal, et il aimait mieux les
      attaquer séparément que tous deux ensemble. (7)
      La victoire ne lui coûta pas de grands efforts. Il tua
      six mille hommes à l'ennemi, et lui fit deux mille
      prisonniers, outre le détachement préposé
à la garde des lignes qui furent forcées; la
      général lui-même, avec plusieurs des
      principaux chefs, tomba au pouvoir des Romains; et Cissis,
      place voisine des retranchements, fut également
      emportée. (8) Le butin, fait dans la ville, se
      réduisit à presque rien: un attirail grossier,
      digne d'une peuplade sauvage, quelques misérables
      esclaves. (9) Mais le pillage du camp enrichit le soldat; on y
      trouva les effets les plus précieux de l'armée
      qu'on venait de battre, et de celle qui servait en Italie, sous
      les ordres d'Hannibal; car elle avait laissé, en
      deçà des Pyrénées, tout ce qui
      aurait pu l'embarrasser dans sa marche.

[[[[Début]

[21,61] Combats autour de Tarragone
   (courant de l'hiver)

(1) Avant que la nouvelle de cette défaite
      fût devenue officielle, Hasdrubal avait passé
      l'Hèbre avec huit mille hommes d'infanterie et mille de
      cavalerie, espérant trouver les Romains à leur
      première arrivée; mais, informé du
      désastre de Cissis et de la prise du camp, il se dirigea
      vers la mer. (2) Non loin de Tarragone, il rencontra les
      soldats de la flotte et les matelots dispersés
      çà et là dans la campagne (car le
succès engendre d'ordinaire la négligence); elle
      envoya contre eux sa cavalerie sur tous les points, en fit un
      grand carnage, et les repoussa, dans un désordre plus
      grand encore, jusqu'à leurs vaisseaux. (3) N'osant pas
      ensuite s'arrêter plus longtemps en ces lieux, de peur
      d'être surpris par Scipion, il repassa l'Hèbre.
      (4) Le consul, au bruit de l'arrivée d'un nouvel
      adversaire, avait précipité sa marche;
      après avoir puni plusieurs capitaines de vaisseaux, et
      laissé quelques troupes à Tarragone, il revint
      avec sa flotte à Empories: (5) à peine il
s'éloignait, qu'Hasdrubal était de retour; elle
      soulève les Ilergètes, qui avaient donné
      des otages à Scipion; et, avec la jeunesse même de
      cette nation, il porte le ravage sur les terres des
      fidèles alliés de Rome. (6) Scipion sort de ses
      quartiers d'hiver; Hasdrubal évacue de nouveau tout le
      pays en deçà de l'Hèbre. Scipion, à
      la tête d'une armée redoutable, vient attaquer les
      Ilergètes, abandonnés de ceux qui les avaient
      poussés à la révolte; il les réduit
      à se renfermer tous dans Atanagrum, (7) leur capitale,
      et les y assiége. Peu de jours après, ce peuple
      avait reçu l'ordre de fournir un plus grand nombre
      d'otages que la première fois, avec une contribution en
      argent; il était soumis et dompté. (8) Le consul
      marcha ensuite contre les Ausetani, situés prés
      de l'Hèbre, et alliés aussi des Carthaginois: il
      met le siège devant leur ville; et les Lacetani, qui
      viennent, pendant la nuit, au secours de leurs voisins,
      à peu de distance de la place, au moment où ils
      vont y pénétrer, tombent dans une embuscade. (9)
      On leur tua douze mille hommes; le reste, presque sans armes,
      se précipita en désordre à travers champs
      pour regagner ses demeures; et les assiégés
      n'étaient plus protégés que par la rigueur
      de l'hiver, qui arrêtait les opérations du
      siège; (10) il dura trente jours, pendant lesquels il y
      eut rarement moins de quatre pieds de neige; elle avait
      tellement couvert les mantelets et les gabions des Romains,
      qu'elle devint un protection contre les feux lancés
      à diverses reprises par les ennemis, pour incendier les
      machines. (11) Enfin, abandonnés d'Amusicus, leur chef,
      qui s'était réfugié prés
      d'Hasdrubal, ils capitulent pour vingt talents d'argent.
      L'armée romaine retourna à Tarragone dans ses
      cantonnements.

[[[[Début]

[21,62] Prodiges inquiétants
   à Rome

(1) À Rome, ou dans les environs, il y eut, cet
      hiver, grand nombre de prodiges; ou plutôt, par un effet
      ordinaire de la superstition, lorsqu'elle s'est une fois
      emparée des esprits, on en annonça beaucoup que
      l'on crut légèrement. (2) Par exemple, un enfant
      de six mois, de condition libre, avait crié "Triomphe!"
      dans le marché aux herbes; (3) dans celui aux boeufs, un
      taureau était monté de lui-même à un
      troisième étage, d'où il s'était
      ensuite précipité, effrayé par les cris
      des habitants de la maison; (4) dans le ciel avaient
      brillé des feux en forme de vaisseaux; le tonnerre
      était tombé sur le temple de l'Espérance,
      dans le marché aux herbes; à Lanuvium, la lance
      de Junon s'était agitée; un corbeau, descendu
      dans le sanctuaire de cette déesse, s'était
      perché sur le Pulvinar même; (5) dans la campagne
      d'Amiterne, on avait vu, à plusieurs endroits, des
      fantômes à figure humaine, vêtus de blanc,
et qui ne se laissaient approcher par personne; en
      Picénum, il avait plu des pierres; til
      Caeré, les sorts s'étaient rapetissés;
      dans la Gaule, un loup avait arraché du fourreau
      l'épée d'une sentinelle. (6) Pour les autres
      prodiges, on chargea les décemvirs de consulter les
      livres de la Sibylle; quant à la pluie de pierres du
      Picénum, on ordonna neuf jours de sacrifices; et,
      à plusieurs reprises, toute la ville fut occupée
      de cérémonies expiatoires: (7) on fit d'abord des
      lustrations dans tous les quartiers de Rome; on immola les
      grandes victimes aux dieux qui furent désignés;
      (8) une offrande en or, du poids de quarante livres, fut
      portée à Lanuvium dans le temple de Junon; på
      l'Aventin, une statue de bronze fut aussi consacrée
      à cette déesse par les dames romaines. On ordonna
      un lectisterne à Caeré, où les sorts
      s'étaient rapetissés; des supplications à
      la Fortune, sur le mont Algide; (9) à Rome aussi, un
      lectisterne dans le temple de la Jeunesse; puis, des
      prières dans celui d'Hercule nommément; enfin des
      supplications générales dans tous les
      sanctuaires. On immola cinq grandes victimes au Génie de
      Rome; (10) et le préteur Caius Atilius Serranus
      reçut l'ordre de se lier par des voeux solennels, dans
      le cas où, pendant dix années, la situation de la
      république n'aurait point éprouvé de
      changement. (11) Ces expiations, ces voeux, commandés
      par les livres Sibyllins, calmèrent en grande partie les
      frayeurs superstitieuses.

[[[[Début]

[21,63] Entrée en charge du
   consul Flaminius (15 mars 217)

(1) Flaminius, l'un des consuls
      désignés, à qui le sort avait donné
      le commandement des légions en quartiers d'hiver
      à Plaisance, envoya à Sempronius une lettre et
      l'ordre formel de faire assembler, pour les ides de mars, cette
      armée dans un camp à Ariminum. (2) C'était
      là qu'il voulait entrer en charge; il n'avait point
      oublié ses anciennes discussions avec le sénat,
      lorsqu'il avait été tribun du peuple, puis
      consul; car alors on exigeait son abdication, on s'opposait
      à son triomphe. (3) Il avait ajouté à la
      haine que lui témoignaient déjà les
      sénateurs, en approuvant seul parmi eux une nouvelle loi
      que le tribun du peuple Quintus Claudius avait portée
      à leur préjudice: elle défendait à
      tout sénateur, ou à tout fils de sénateur,
      d'avoir en mer un bâtiment qui renfermât plus de
      trois cents amphores. (4) Ce nombre devait suffire pour le
      transport des fruits recueillis sur les terres; et toute
      spéculation mercantile était indigne de la
      dignité sénatoriale. Cette affaire, qui excita
      les débats les plus vifs, attira à Flaminius,
      partisan de la loi, l'inimitié de la noblesse, mais
      aussi la faveur du peuple, et par elle un nouveau consulat. (5)
      D'après ces motifs, persuadé que, soit par la
      supposition de quelque irrégularité dans les
      auspices, soit par le retard apporté aux Féries
      latines, ou enfin par d'autres embarras consulaires, on
      chercherait à le retenir à Rome, il
      prétexta un voyage; et, encore simple particulier, il se
      rendit secrètement dans la province où devait
      l'appeler le consulat. (6) Ce départ, devenu public, fit
      éclater de nouveaux ressentiments parmi les
      sénateurs déjà exaspérés;
      tous s'écriaient: "Ce n'est plus avec nous seulement,
      mais avec les dieux immortels que Caius Flaminius est en
      guerre. (7) Autrefois, nommé consul sous des auspices
      défavorables, lorsque les dieux et les hommes le
      rappelaient du champ de bataille, il fut sourd à leur
      voix: aujourd'hui, la conscience de ses dédains
      sacrilèges lui fait éviter l'aspect du Capitole,
      et les cérémonies augustes de la religion: (8) il
      craint, le jour de son installation, de pénétrer
      dans le sanctuaire de Jupiter Très Bon, Très
      Grand; de voir, de consulter le sénat qu'il hait seul,
      et dont il est haï; de présider les Féries
      latines; d'offrir, sur le mont Albain, un sacrifice solennel
      à Jupiter Latiar; (9) de se rendre au Capitole, sous
      d'heureux auspices, pour y proclamer les voeux de la
      république; puis, dans sa province, avec les ornements
      de sa dignité et le cortège de ses licteurs.
      Comme un valet d'armée, il est parti, sans insignes,
      sans suite, en secret, furtivement, à l'exemple de ces
      exilés condamnés à ne plus profaner le sol
      de la patrie. (10) Sans doute il soutiendra mieux la
      majesté du commandement, s'il prend possession de sa
      dignité à Ariminum, plutôt qu'à
      Rome, s'il revêt la prétexte consulaire dans une
      hôtellerie plutôt qu'en présence de ses
      dieux pénates. (11) Il faut le rappeler, le forcer
      à revenir, le contraindre à remplir, sous nos
      yeux, tous ses devoirs envers les dieux et les hommes, avant
      qu'il se rende à son armée, à son
      département." Tel fut l'avis général. (12)
      Les députés, que l'on jugea à propos
      d'envoyer à ce sujet, Quintus Térentius et Marcus
Antistius, ne purent rien gagner sur l'esprit de Flaminius; elle
      les accueillit comme il avait reçu, dans son premier
      consulat, les lettres du sénat. (13) Peu de jours
      après, il entra en charge. Au moment du sacrifice, la
      victime, déjà frappée, s'échappa
      des mains des sacrificateurs, et vint inonder de sang plusieurs
      des assistants. (14) La fuite et le désordre furent plus
      grands encore parmi ceux qui ignoraient le motif de cette
      alarme subite; elle fut généralement
      regardée comme un présage très effrayant.
      (15) Bientôt Flaminius a reçu les deux
      légions de Sempronius, consul de l'année
      précédente, et les deux du préteur Caius
      Atilius; l'armée se met en marche à travers les
      sentiers étroits de l'Apennin, pour gagner
      l'Étrurie.

[[[[Début]

FIN DU LIVRE XXI DE
TITE-LIVE


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Autres traductions françaises dans la
BCS

Tite-Live: Encyclopédie
livienne – Plan de l'Histoire romaine –
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