Discours de Jules Færers du 28 juillet 1885 (I)

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Jules Ferry, "républicains opportunistes", colonialisme (I)

Jules Ferry, "républicains opportunistes", colonialisme (II)

Jules Ferry, "républicains opportunistes", colonialisme (III)

Jules Ferry, "républicains opportunistes", colonialisme (IV)

J'ai transcrit et commenté l'édition de journal 29 juillet 1885, texte intégral du discours prononcé par Jules Ferry le 28 juillet 1885 devant la Chambre des députés. Une analyse scientifique du discours et une large diffusion de cette version complète me paraissent pertinentes dans le contexte actuel des "débats" sur l'identité en France, mais aussi au niveau européen.

Suite au texte intégral du discours de Jules Færre du 28 juillet 1885, exposant la "stratégie coloniale des républicains opportunistes" française et la doctrine de l'impérialisme protectionniste et défendant le projet de loi "ouvrant au ministère de la Marine et des Colonies des crédits extraordinaires pour les dépenses dues aux événements de Madagascar ".

Journal officiel – Négociations parlementaires

En 1885 – 29 juillet

OFFICIEL

Session ordinaire en 1885

RAPPORT IN EXTENSO – 90. SESSION

Réunion le mardi 28 juillet 1885

(…)

APRÈS LA DISCUSSION DE LA PROPOSITION DE PROPOSITION, OUVERTURE AUX MINISTRES DES NOMS ET DES COLONIES D'UN CRÉDIT SPÉCIAL POUR LES DÉPENSES COUVERTES PAR LES ÉVÉNEMENTS DE MADAGASCAR

Monsieur. présidents – L'ordre du jour suivant est la suite du débat sur le projet de loi visant à ouvrir au ministre de la Mer et des Colonies pour l'exercice 1885 une subvention exceptionnelle de 12 190 000 francs. des dépenses dues aux événements à Madagascar.

Le prochain orateur est M. Jules Ferry.

Monsieur. Jules Ferry – Messieurs, même si vous avez maintenu votre confiance en vous au cours des deux dernières années, j'ai souvent eu l'occasion de m'expliquer l'origine, l'ampleur et la nature de la politique coloniale et, en particulier, à Madagascar, aux confins de la sagesse politique Je pense que la plus grande partie du Parlement, en votant hier, doit être prudente, et pour laquelle je lui exprime ma profonde gratitude, a également pensé …

Monsieur. achard – Il n'y a pas eu de résistance!

Monsieur. présidents– Messieurs, veuillez vous taire.

Monsieur. Jules Ferry – S'il n'y avait pas de résistance, ma gratitude est seulement plus grande …

Monsieur. andrieux – bien sur! elle parle à tout le monde (Smiles).

Monsieur. Jules Ferry – La chambre a estimé qu'il ne serait pas superflu d'échanger ici à cette tribune, à la veille de la consultation solennelle que nous devrions demander au pays, quelques explications, quelques éclaircissements sur cette politique qui sont si contestés, si difficiles, et susceptibles de l'être. lutter contre toutes les contradictions lors des prochaines élections.

Messieurs, je ne viens pas ici pour faire des excuses personnelles. (Oh, oh, tout le chemin à gauche.)

Monsieur. Leydet – C'est dommage!

Monsieur. Roque (de Fillol) – C'est content! Il ne manquerait que!

Monsieur. Jules Ferry – Que les ennemis et les amis se calment: ce n'est pas mon intention. Je pense avoir prouvé, je pense, que je sais comment mettre d'autres soucis et d'autres tâches avant le souci de ma défense personnelle … (Applaudissements au centre) Et cela convient à un homme qui a l'honneur de contrôler les affaires du pays.

Monsieur. Salis – Malheureusement!

Monsieur. Brialou – Pour l'accident du pays!

Monsieur. Jules Ferry – Je suis absolument déterminé à répondre à aucune interruption. (Très bien, très bien, au centre.)

Monsieur. présidents – Et je suis déterminé à maintenir la liberté de la plate-forme (Très bien, très bien!)

Monsieur. Jules Ferry – J'espère qu'aujourd'hui je ne suis qu'un membre de cette Assemblée, qui n'a plus le fardeau et la responsabilité du pouvoir, pourra me traiter ici avec des questions générales, des questions de politique générale, des questions d'intérêts patriotiques, si j'ose dire, et Rencontrer tous mes collègues la courtoisie que nous devons à nos collègues. (Très bien, très bien, au centre.)

Si je ne voulais pas recevoir cet accueil et jouir de cette liberté, j'interromprais immédiatement une discussion qui ne permettrait ni à ma dignité ni à l'intérêt du pays. (Parlez, parlez!)

Messieurs, je dis que je ne viens pas ici pour présenter des excuses personnelles, comme si j’avais montré que je savais comment faire taire quand j’ai le sentiment que l’intérêt public ne nous permettait pas de nous approcher de certaines choses et de nous engager. discussions. (Divers mouvements.)

M. Loranchet – Mais tu sais écrire!

Monsieur. présidents – Les personnes qui perturbent le plus souvent l'ordre sont celles qui veulent exercer la police lors de la séance. Si des interruptions se produisent, je pourrai les prévenir ou au moins les supprimer. Je demande à tous mes collègues d’écouter en silence, c’est le seul moyen de s’assurer qu’il n’ya pas de racine dans cette discussion.

Monsieur. Jules Ferry "Je me suis tue lorsque je devais me taire et que le devoir m'imposait; je me taisais il y a quelques jours lorsque j'ai été réveillé et provoqué de vive voix par un membre honorable de la congrégation qui avait oublié la grande excommunication. Quelques semaines auparavant, il nous avait parlé de la manière dont il nous avait demandé de nous abstenir de la république. Je pensais que ce n'était pas le moment d'expliquer quand il s'agissait de ratifier le traité franco-chinois. et un jour où la nouvelle était arrivée, qui fut heureusement corrigée, expliquée et qui ne laissa plus aucune inquiétude pour les amis du pays. (Rumeurs juste.) La nouvelle arriva de la cour de Hué à ce moment-là, certainement inquiétante, donnant un prix plus élevé au vote rapide et immédiat du traité qui nous était présenté.

Je me suis tué pour cette raison. J'avais une autre raison: cela me semblait inapproprié, tout comme nous devions ratifier un traité visant à établir une paix solide et durable entre la France et la Chine.

Asson de M. de Baudry – Nous avons la preuve dans les événements de l'événement! …

Monsieur. présidents – Ne m'interromps pas!

Monsieur. Jules Ferry – … faire revivre et réveiller ici, dans leur plus grande amertume, nos anciens ou nouveaux procès avec l'Empire chinois. (Très bien, au centre.)

Aujourd'hui, messieurs, je pense que nous devrions parler sans passion, sans préoccupations personnelles, car nous parlons tous devant notre juge suprême devant le pays.

Mais on dira pourquoi parler, comme tout le monde semble être d’accord; depuis cette grande et extraordinaire unanimité, qui a eu lieu le 27 mars 1884, semblait avoir été retrouvé hier; puisque les contradictions ont visiblement éteint leurs feux …

Voix à l'extrême gauche – Mais pas du tout!

Monsieur. Jules Ferry – … comme ils ne dépasseront pas ce qu'on nous a dit, l'abstinence est pure et simple …

Loin à gauche – C'est une erreur!

Georges Perin – C'est une erreur! Qui vous a dit ça?

Monsieur. Jules Ferry – … et que la résistance de la cour en particulier …

M. JOLIBOIS – non! NON! Nous voterons contre!

Baron Dufour – Absolument!

Monsieur. Jules Ferry – Une partie importante de l'opposition de droite, représentée à cette tribune par l'honorable M. de Cassagnac, est arrivée à déclarer que dans cette affaire, le gouvernement n'avait soutenu aucune politique, qui n'était autre que la politique de l'ancien Cabinet. .

Baron Dufour Quant à moi, je voterai contre.

Monsieur. présidents "Vous voterez comme bon vous semble; vous pouvez même expliquer votre voix si vous le souhaitez, mais en attendant, soyez si calme.

Monsieur. Jules Ferry – … que cette politique n'était qu'une accusation: elle n'aurait pas dû être suffisamment déterminée à cette plate-forme, ni positivement, elle a formellement exprimé son désir de conquérir de l'île de Madagascar.

Eh bien, messieurs, c'est simplement parce que ces choses sont arrivées hier qu'il est important d'en reparler.

Il y a une leçon, une leçon précieuse à tirer de cette dernière session. Voyez à quel point vous êtes passé de la session de samedi à la session d'hier

Samedi, si vous croyez que le difficile défi de M. Camille Pelletan est un peu difficile, le rejet des crédits devrait faire partie de cette maison, un verdict final contre la politique coloniale. Ce devait être la fin des expéditions lointaines, une rupture formelle, fulgurante, finale et irrévocable avec la politique des boutiques lointaines, avec de prétendues aventures ou politique coloniale. C’était le point sur lequel nous devions compter, nous devrions voter, et l’honorable M. Camille Pelletan a prophétisé que personne ne serait ici pour faire face à cette politique vaincue, est tombé dans la poussière. que personne ici n'oserait venir en tant que système de politique coloniale dans le dernier cabinet.

Monsieur. Camille Pelletan – Je n'ai pas dit ça!

Monsieur. Jules Ferry – Tu n'as pas dit ça? Avez-vous pas contesté ce défi? Vu ça journal Vos mots et vos souvenirs sont très imprécis!

Je vous demande de bonne foi, était-ce toujours l'aspect de la réunion d'hier? Il me semble que la cause de la prétendue politique coloniale a fait quelques pas en avant lors de cette réunion, qu’il ya eu un profit de fortune, de façon inattendue, sans aucun doute; Il me semble que pendant que samedi était au combat, hier tout était calme. Bien entendu, l’opposition s’est adoucie et, à part l’honorable M. Perin, qui dans cette affaire, bien que conquis, n’est jamais abattu, il me semble que les autres contradictions, à l’extrême droite et à l’extrême gauche, auraient autrement été désarmées. (Bruit et interruptions à gauche.)

Georges Perin – Vous avez tort: ​​j'ai dit de la manière la plus formelle que je ne voterais pas pour les crédits.

M. Bergerot – Nous sommes toujours contre vous et contre votre politique!

Monsieur. Revillon – Nous ne vous laisserons pas continuer sur ce ton!

Monsieur. Salis – C'est insupportable!

Monsieur. présidents – La langue du locuteur est absolument parlementaire.

Monsieur. Revillon – Il est indigne! Nous n'entendrons plus … (Bruit qui monte ..)

Monsieur. présidents – Monsieur Tony Révillon, je vous appelle pour commander!

Monsieur. Denayrouseen montant, émet des mots perdus dans le bruit.

Monsieur. présidents – S'il vous plaît attendez.

Monsieur. Denayrouse Continuez à parler au milieu du bruit.

Monsieur. présidents – Monsieur Denayrouse, je vous rappelle à l'ordre. (Exclamation au milieu.)

Tais-toi, monsieur! J'appellerai l'ordre des interrupteurs, peu importe de quel côté les perturbations se produisent. Je l'ai fait à cette page (à gauche), je l'ai fait juste pour M. Denayrouse.

Monsieur. Denayrouse – Pourquoi c'est moi?

Monsieur. présidents – Monsieur Denayrouse, ce n’est pas vous que j’ai appelé pour commencer, c’est M. Tony Révillon.

Monsieur. Denayrouse – Ensuite, je m'incline, Monsieur le Président.

Monsieur. présidents – Vous avez eu tort de prendre la position que vous avez prise, et si vous n'étiez pas en ordre, j'aurais été obligé de vous rappeler avec une entrée dans le procès-verbal.

Avant de mettre en doute l'impartialité du président, qui fait tout pour la préserver, il faut commencer par se rendre compte de la manière dont il utilise son droit. (Applaudissements à droite.)

Je veux que cela serve de leçon à tout le monde et le débat se poursuit dans le plus grand silence. (Très bien, très bien!)

Monsieur. Revillon – Ne soyez pas provoqué, alors!

Monsieur. présidents – Personne ne te provoque. Je t'ai gardé la plus grande liberté quand tu étais dans la galerie; Je pense que c'est la même chose pour tous ceux qui se suivent. (Très bien, très bien! – Le silence est rétabli.)

Monsieur. Jules Ferry – Je m'accuse d'avoir eu avec n'importe quel mot, toute provocation a apporté le tumulte qui vient de se passer: je ne trouve pas la raison dans la réflexion si simple que j'ai faite dans la comparaison que j'ai essayé d'établir entre l'attitude de l'opposition à la réunion de samedi et son attitude à la réunion d'hier. Rien ne pouvait motiver une telle tempête. Cela prouve que, par le passé, l’attitude de l’opposition a changé ce que nous avons entendu M. MM Perin lui-même, déclarant qu’il ne demandait pas l’évacuation et l’abandon immédiat de Madagascar.

Georges Perin – C'est une erreur, monsieur.

Me permettrez-vous d'apporter une correction immédiate?

Monsieur. Jules Ferry – Vous venez dans la salle de repos pour corriger vos mots.

Georges Perin – J'ai déclaré avoir demandé l'évacuation de la zone que nous occupions et que je le croyais pour activer le traité ou y laisser nos forces navales; J'ai insisté sur ces mois "nos forces navales!" (C'est vrai! – Très bien!)

Je me suis totalement opposé à la poursuite de votre politique et j'ai dit que je ne voterais donc pas pour les votes. (Très bien, très bien, sur différents bancs.)

Monsieur. Jules Ferry Eh bien, nous voulons voir ceux qui votent contre les crédits; Nous compterons sur le vote que vous aviez l'intention de faire.

Asson de M. de Baudry – Nous ne voterons pas contre vous, vous ne comptez plus!

Monsieur. présidents "Monsieur de Baudry d'Asson, pensez-vous que ces mots sont dignes de vous?

Monsieur. Jules Ferry – Ils ne sont pas acceptables.

Monsieur. présidents – L'auteur les regrette, j'en suis sûr.

Asson de M. de Baudry – Non, je les garde.

Monsieur. présidents – Eh bien, je vous rappelle sur commande.

Monsieur. Jules Ferry Et qu'est-ce qui a créé ce changement évident d'attitudes et d'impressions? Il suffisait que le ministre des Affaires étrangères, organe d’un gouvernement qui recevait la déposition des traditions, des intérêts et de l’honneur de la France, monte sur cette plate-forme et rappelle avec simplicité et clarté avec fermeté à tous les acteurs politiques coloniaux la politique d’expédition lointaine prise au premier plan. bloquer qu'il existe néanmoins des expéditions lointaines légitimes pour que la France ait des traditions et des droits, qu'il n'est pas permis, à l'abri d'un changement ministériel de rompre avec la continuité des traditions françaises, que cette affaire à Madagascar n'était pas l'œuvre d'un seul cabinet mais par un certain nombre d'armoires que nous avions reçues des mains de M. de Freycin et que nous lui sommes retournées … (Rires chroniques à droite et à l'extrême gauche)et qu'il ne suffit pas de dire et de jeter aux esprits effrayants ou réfléchissants … (Exigences différentes.)

M. Ernest Dréolle – Je te parle!

Monsieur. présidents – Pourquoi utilisez-vous ces épithètes?

M. Ernest Dréolle – Nous les appliquons à l'orateur lui-même: il l'a mérité toute sa vie.

Monsieur. Jules Ferry – Je dis qu'après la réunion d'hier, jeter dans des esprits effrayants ou réfléchis ne sera plus suffisant…

M. Ernest Dréolle – Comme toi.

Monsieur. Jules Ferry – … pour les foules vives et aveugles … (Interruptions).

Si vous continuez à perturber le chemin messieurs, je descends de la tribune. (Bruit).

Une voix au milieu – Il n'y a plus de liberté tribune!

Monsieur. présidents – Je ne peux pas dire que l'orateur est empêché dans sa discussion. Cela arrive toujours dans une assemblée d'interruptions; Je fais tout pour les supprimer, je n’en ai jamais fait plus qu’aujourd’hui, mais je ne peux pas dire que la liberté du Tribunal n’est pas complète. L'attention de la maison est totale et de nombreux orateurs aimeraient être entendus dans le même silence. (Très bien, très bien!)

Monsieur. Jules Ferry "J'ai dit, messieurs, qu'il ne suffirait plus d'entrer dans les compétitions électorales et dans l'arène des partis, ces paroles incessamment répétées, par des expéditions lointaines, de politiques d'aventure. Ce ne sont pas des programmes, ce n'est pas ainsi Faire une politique sérieuse dans un grand pays, puis en accordant à tout le monde et par une déclaration d'un gouvernement qui fait confiance à tous Il existe des expéditions lointaines légitimes et des aventures qu'il ne faut pas craindre de mener à bien à cause de l'honneur , les intérêts, la bonne renommée, l’avenir de la France y sont impliqués. (Hauts applaudissements au milieu et sur plusieurs bancs à gauche.)

Asson de M. de Baudry – Ils ne doivent pas être conduits par vous. (Bruit).

Monsieur. Jules Ferry – C'est une autre question! Nous devrions arrêter toutes ces interruptions …

Monsieur. présidents Cependant, je ne peux pas arrêter toutes les interruptions et jouer le rôle de maître ici. (Très bien et rigole bien.)

L'orateur est obligé de suspendre sa discussion, non pas tant pour les interruptions isolées qui peuvent survenir, mais à cause de l'impatience de ceux qui veulent les voir supprimées alors qu'il serait plus facile de les laisser tomber. & # 39; lui-même. (Applaudissements sur différents bancs à droite et à droite – Plaintes et bruit au milieu.)

Mesdames, vous rendez le travail du président vraiment impossible. Je répète – et je regrette d'être obligé de parler tout le temps – je répète, si les interruptions étaient négligées ou si elles étaient seulement supprimées par le président lorsqu'elles paraissaient de manière excessive, le débat se poursuivrait dans des conditions pacifiques. Au contraire, Si tout le monde proteste contre les interruptions, il en résulte un tumulte incontrôlable. (Applaudissements).

Monsieur. Albert Ferry, à l'orateur – restez près du stand. (Bruit).

Monsieur. présidents – Reste tranquille!

Monsieur. Jules Ferry – Messieurs, c'était nécessaire. Cette conséquence évidente du débat qui a eu lieu hier et que votre vote doit être couronné aujourd'hui doit vous être signalée; Il était nécessaire devant vous, majorité républicaine, a-t-on suggéré de tirer contre les électeurs sur l'étagère pour une aventure lointaine! (Divers mouvements.)

Monsieur. Revillon – C'est cette majorité qui vous a renversé!

Monsieur. Jules Ferry – ah! comme hier, dans son audacieux discours, l'honorable M. Ballue, a déclaré que cette majorité peut se tenir devant le pays avec le front haut et sans cacher son drapeau dans la poche … (Très bien, très bien, au centre)car il est maintenant devenu évident que deux des trois guerres qui ont été méprisées ont été achevées dans l’honneur et dans les grands profits du pays! (Applaudissements au centre.)

Troisièmement, dans les lointains rivages de Madagascar, la grande majorité de tous les partis sont parties prenantes et le gouvernement a à l’esprit de proclamer que c’est le plus impersonnel et vraiment le plus national. , de tous ceux que nous avons fabriqués depuis de nombreuses années! (Nouveaux applaudissements.)

Mais messieurs, je voudrais approfondir la question. C’est ce que je veux et c’est mon droit, car les députés européens de la Chambre des députés de samedi dernier, deux députés à la Chambre (à gauche), MM. Perin et Camille Pelletan, abordent pleinement la question de la politique coloniale. ; J'aimerais traiter cela ici à mon tour. Nos collègues ont donné à cette politique coloniale des définitions que je n'accepte pas. Ils nous ont demandé, ils nous ont demandé – au moins l'un d'entre eux – le défi de soutenir le politique en tant que système. Politique coloniale, politique d'expansion coloniale, existe-t-il un système ou non? Si nous voulons dire, je ne sais pas quelle passion d'étendre et de développer notre domaine colonial sans contrainte ni mesure sans principes ni règles, d'une manière ou d'une autre sans rime ni raison, motivé par le fait que je ne sais pas quel désir de combattre , aventure, honneur facile, ah! Messieurs, ainsi conçue, la politique coloniale ne serait pas un système, ce serait un simple acte de folie.

Monsieur. Clemenceau – C'est ça! (Approbation gauche et droite)

Monsieur. Jules Ferry "Et c'est comme ça que vous essayez de le présenter au pays: pour le rendre paralysant pour lui, vous commencez par le cacher et le dessiner.

Monsieur. Granet – Cependant, nous n'avons pas été à votre école!

Monsieur. Jules Ferry Vous ne le lui présentez pas dans ses véritables traits; Vous ne lui en donnez pas le portrait, et comme vous êtes très spirituel, vous en faites simplement une caricature. (Mouvements dans différents sens.)

Georges Perin "Je n'ai jamais gâché vos paroles selon lesquelles vous m'avez gâté tout à l'heure; jamais messieurs!

Monsieur. présidents – Monsieur Perin, l'intervenant ne gâche pas vos mots: il expose un système … Permettez-moi de souligner que vous avez utilisé les expressions les plus vives pour attaquer la politique de vos adversaires.

Monsieur. Jules Ferry – Je les accepte, mais permettez-moi au moins de pouvoir répondre à ce qui a été dit dans ce forum – et en particulier ailleurs – car il est beaucoup plus facile de participer ailleurs devant des réunions sélectionnées et examinées par ; avance, pour les variations de l'imagination. Je répète que même ici, la politique coloniale a été dépeinte, pas un portrait, mais une caricature: elle a été dépeinte comme une sorte de conception trompeuse et conquérante comme une sorte de paladin déchaîné, partout dans le monde à la recherche d'aventures chères et lointaines …

Monsieur. Paul de cassagnac – d'une dulcinée chinoise

Monsieur Jules Ferry – … ne sachant pas où elle va ni où s'arrêter et courir dans toutes choses par hasard. Messieurs, qui n’ont jamais eu une telle politique coloniale, et il est nécessaire que la controverse des parties ait confondu la vérité historique, la réalité la plus facile à reconnaître, pour avoir imaginé qu’un gouvernement aurait perçu un tel fou! Mais si, au contraire, vous pensez que la politique d'expansion coloniale est basée sur des raisons politiques pour des raisons économiques … (Rires chroniques sur différents bancs.)

Loin à gauche – La politique du père!

Monsieur. Paul de cassagnac – Coût: 500 millions!

Monsieur. Jules Ferry – Vous pouvez dépenser 500 millions de dollars dans les perspectives futures sans faire une mauvaise politique. Toute la question est de savoir si l'objectif est suffisamment élevé et l'intérêt est significatif.

Toutes ces raisons ne montrent rien; Il serait préférable de me laisser continuer mon discours et essayer de clarifier mon argument, ce qui devient très difficile avec le système d'interruption qui se manifeste.

Monsieur. Paul de cassagnac – Vous avez souvent interrompu.

Monsieur. présidents Messieurs, permettez à l'orateur d'élargir sa pensée.

Monsieur. Jules Ferry – Je me suis interrompu quand j'étais sur le banc du gouvernement, mais je ne m'arrête jamais quand je suis sur mon banc en tant que remplaçant. (Exclamation et rire à droite.)

Monsieur. Paul de cassagnac – Oh! C'est tout! (Nouveau rit à droite).

Votez bien – Quand l'un de nous est sur la plate-forme, nous n'arrêtons pas d'interférer avec lui.

Monsieur. présidents – Messieurs, ces conversations sont vraiment inacceptables!

Monsieur. Paul de cassagnac – comment! alors vous ne pouvez plus parler à votre voisin?

Monsieur. présidents – Au moins, tu ne devrais pas parler fort.

Monsieur. Jules Ferry – La question qui nous est posée par les opposants à la politique d’expansion coloniale est la suivante: "Votre politique concerne-t-elle un ensemble de points de vue, considérations, intérêts, convictions profondes, portée à long terme, qui soutient le débat devant une grande assemblée et qui un grand pays que la France comprend toujours parce qu’elle a le culte et la mémoire de toutes les grandes choses? "

Si vous nous le demandez, nous répondrons: "Oui, nous avons une politique coloniale, une politique d'expansion coloniale basée sur un système."

Monsieur. Monsieur. Georges Perin et M. Monsieur. Clemenceau comprend très bien que dans cette question difficile et complexe, il ne suffit pas de mener exclusivement à une politique négative, en essayant de définir une politique coloniale. L’honorable M. Georges Perin, dans son discours de samedi dernier – j’espère que je ne changerai pas d’avis en le traduisant; ce serait de toute façon ma volonté; – M. Perin a présenté trois politiques coloniales différentes: tout d'abord, ce qu'il attribue à mon collègue, M. Rouvier. C'est-à-dire, a-t-il déclaré, la politique de tenter sa chance à la suite d'une expédition militaire telle que la défense des intérêts de nos citoyens l'exigerait; Il est politiquement motivé par le hasard.

L'autre politique est celle qu'il m'a attribuée, une politique qui existe, dit-il, dans l'attente des opportunités.

Et enfin, il y a la politique de l'honorable M. Georges Perin qu'il définit comme suit:

"Cette troisième politique, qui est une politique coloniale prudente et sage, consiste, comme indiqué, à exploiter un domaine colonial suffisamment vaste pour rester partiellement blanchi dans la plupart de nos possessions …

"M. Camille Pelletan – Très bien! Très bien!

"M. Georges Perin -… En utilisant un domaine colonial, il est erroné de vouloir agrandir chaque jour davantage et ainsi dépenser une perte pure de millions de dollars, dont nous pourrions tirer profit en le développant."

Georges Perin – parfait

Monsieur. Jules Ferry – Permettez-moi de répondre à M. Perin, premièrement, que la première politique n'existe pas: ce n'est pas une politique, pas plus que mon honorable et cher collègue, M. Rouvier, que le chef d'état-major à qui M. Rouvier avait été assez aimable pour aider. M. Rouvier n'est jamais venu ici pour parler, et il faut avoir mal compris ou mal compris ses paroles pour le soutenir; Je n'étais pas à la réunion, mais j'ai lu dans la publication qu'il y avait une politique coloniale menée par hasard.

Profiter des événements ou être conduit par hasard sont deux choses complètement différentes. M. Rouvier ne voulait pas dire, ni ne disait, que la politique coloniale qu'il défendait était une politique politique aléatoire. Au contraire, il vous a pointé du doigt et il a tenu à préciser que cette politique n'avait jamais été dictée par l'imagination. Il vous a dit: «Nous sommes allés là où nous étions appelés non seulement par les intérêts de la France, mais également par les traités officiels, les obligations solennellement souscrites et l’honneur dont la loi nous imposait le devoir de veiller à l’application. (Très bien, très bien, sur différents bancs à gauche.)

Il vous a dit cela en rappelant que la République française n'avait pas fait ce qu'une autre nation pouvait faire, qu'elle ne s'était pas réveillée un matin et qu'elle s'est dit: voici un point du globe que j'aime bien. nous le prenons! Non, messieurs, nous avons seulement accru notre expansion territoriale sur les points où l’ignorance de nos droits et la violation des traités les plus formels nous ont obligés à intervenir avec des moyens armés.

N'est-ce pas l'histoire de l'intervention dans la vallée de la rivière Rouge et au Tonkin? Et n'est-ce pas ici l'histoire de l'intervention à Madagascar?

Messieurs, notre politique a été une conquête brutale, comme nous l’avons constaté à d’autres époques et parmi d’autres nations, qu’un des détracteurs de l’opposition dans cette série de cas est d’avoir trop réagi à la stérilité du barbare. c'est négocié trop longtemps. (Divers mouvements.) Hier, M. de Lanessan a oublié d'avoir trop longtemps négocié avec Hovas pour pouvoir le jouer, pour se faire valoir, ce qui n'était pas conforme à la dignité d'un grand pays.

Louis Guillot (Isère) – Absolument!

Monsieur. Jules Ferry "Je pense que si nous avions négocié moins et précipité des événements, les mêmes personnes qui disent" sûrement! Nous aurait dit d'être trop rapide et léger. (Applaudissements sur différents bancs à gauche.)

Louis Guillot (Isère) – Jamais! jamais!

Monsieur. Clemenceau – C'est un Tonkinois qui le dit!

Monsieur. présidents – Vous êtes injuste pour le contact.

Louis Guillot (Isère) – Ce ne sont pas les mêmes! Je ne vous ai pas blâmé pour ça.

Monsieur. Jules Ferry – Je ne connaissais pas l'auteur de l'interruption, mais quand elle est venue de ce côté-ci de la maison … (à gauche.

Louis Guillot (Isère) – C'est M. Spuller qui est à côté de moi, M. Ferry! (Hilarité élevée.)

Monsieur. Spuller – Monsieur Guillot, je ne dérange jamais personne; Le Parlement le sait. (Très bien, très bien!)

Monsieur. présidents – Monsieur Guillot, c'est parce que vous étiez trop impliqué pour assumer la responsabilité de l'expédition Tonkin que j'ai été obligé de vous appeler samedi dernier pour réserver! (On rigole.)

Louis Guillot (Isère) – Je continue à l'assumer.

Monsieur. présidents – … ne t'expose pas pour te faire rappeler!

Monsieur. Jules Ferry – Si vous voulez faire la queue, vous déclarez vous-même votre propre action infiniment infiniment positive, la pression que vous exercez ainsi que la demande réelle et inexistante. force des pauvres. La Preuve, vous êtes les dés, c'est que nous avons longtemps, trop longtemps peut-être, négocier avec les hovas; et votre comprendra que ce que cété (l'extrême-gauche) et qui pense à Georges Georges Perin il est, le bis néoclassique. Il croit encore aux négociations!

Et bien sûr, les affaires les plus mémorables de l’entreprise se retrouvent dans les domaines suivants: l’accord entre la France et Les Hovas; Si vous souhaitez des offres spéciales, en particulier pour les poches à nez racheter, le maïs, ou même la question à laquelle vous apportez le produit dans le cas de nombreuses propositions, en particulier le couple de la firme. Et pour le cas de M. Georges Perin, point de départ du programme des associations, vous serez essentiel non seulement aux intérêts, mais dans le cas des Français: ce ne sera pas le 1841 e donateur La protection des populations du nord.

Eh quoi! sur propose la trace des hovas base de base: le côté de la parcelle du 1841 et le côté de la route, le nord, le bord des pentes et le devant du côté de la frontière ! Est-ce admissible? (Applaudissements sur divers bancs à gauche – Murmures à droite.)

Votre numéro n'est pas la seule politique gouvernementale, mais vous comptez sur la phrase de la salle: maïs, venez avec la discontinuité de la, c'est toujours sous l ' impulsion de la nécessité de faire en respectant les formules sèches et le principal propriétaire du domaine non réglementé, c’est-à-dire le secteur des sèches, le dernier versement et la charte de Richelieu de Louis XIV: Les tracts de 1841, un coup d'État plus vivants et beaucoup plus, sont l'intervention la plus importante à Madagascar. Vos croisières, messieurs, queil y a du moment, queil y a du moment, quelque chose que l'on voudrait y mettre, quelque chose que l'on attendait de la France des sacrifices lointains, ne le faites pas La seule façon de commencer est de s'habituer aux occasions, en utilisant le service fourni par les accords commerciaux, les files d'attente de paye de l'ex français à votre convenance et à long terme par un petit peuple barbares; autrement, être la civilisation d'intérêt dans la danse de compromis de l'Orient. (Trop bien! Très bien! Sur divers bancs à gauche.)

M. de Baudry d’Asson – Il faut changer le gouverneur, alors! (Sur le trajet.)

M. Jules Ferry – Messieurs, votre volonté de notre formule ne fait pas un grand usage du cabinet. L’incroyable M. Georges Perin est un reproche à l’honorable M. Rouvier de ce qu’il avait eu une politique coloniale par le hasard, et m’a reproché, à moi, il a Outre les transports en commun, les appartements sont également situés dans les zones de transport en commun et privées. Messieurs, vous croyez avoir cette une choisi toute simple…

M. Jules Delafosse – Naïf naïf!

M. Jules Ferry -… la toute preuve, confirmée par l’histoire toertière. C'est le genre de sous-traitance d'une grande partie de la société, qui est l'activité principale et la plus grande entreprise du secteur.

M. Clemenceau et d'ancres membranes dans une extrême gauche – Maïs oui! précisément!

Voix à droite – C'est cela!

M. Jules Ferry – C'est pour cela qu'il a fallu que cientes de nécessité essentielle.

M. Gustave Rivet – Tee bien! très bien!

Une membrane – C'est très vrai!

M. Jules Ferry – C'est ce que nous avons toujours fait!

Voix à droite – Non! non! Fit nous, par exemple!

M. Jules Ferry – Je vous demande pardon : vous avez voté les crédits après la mort du commandant Rivière…

M. le comte de Lanjuinais – Ce n’est pas la question !

Voix à droite – Non ! non !

M. Jules Ferry – … au moins quelques-uns d’entre vous!

M. le baron Dufour – Vous avez fait la guerre sans l’autorisation des Chambres! (Exclamations sur divers bancs à gauche.)

M. le président – Ce n’est pas le moment de traiter ces questions.

M. Jules Ferry – Non, ce n’est pas le moment. (Interruptions ironiques à droite.)

M. le baron Dufour – C’est plus commode !

M. Jules Ferry – Je dis, messieurs, qu’il est sans exemple qu’une entreprise coloniale, si grande, si féconde qu’elle ait été, et quel qu’ait été son principe, ait été conçue dans toute son ampleur et toute sa valeur, ait été poursuivie à l’origine en vertu d’un plan concerté, d’un dessein arrêté à l’avance.

Messieurs, les exemples abondent.

Est-ce que, lorsque les Anglais ont établi leurs premières factoreries dans l’Inde, dans le voisinage et en concurrence avec les établissements français, et quand s’est formée la Compagnie des Indes, compagnie de marchands sans lien visible, pour commencer, avec le gouvernement britannique, est-ce que quelqu’un se doutait que, cent ans après, il se constituerait là un empire anglo-indien de 250 millions de sujets, faisant avec la mère-patrie plus d’un milliard et demi d’affaires?

Est-ce que, lorsque nous sommes allés à Alger pour châtier le dey et mettre un terme à la piraterie qui désolait les rives de la Méditerranée depuis si longtemps, est-ce qu’on pensait que, cinquante ans après, la France verrait s’élever et grandir là une terre française qui a été sa consolation dans ses désastres et qui est son espérance pour l’avenir ? (Applaudissements sur divers bancs.)

Est-ce que, lorsqu’après l’expédition de Chine, la flotte impériale française a, en quelque sorte, mis la main sur la Cochinchine, et a planté le drapeau français à Saigon, est-ce qu’on se doutait, à ce moment, que, vingt ans après cette expédition, dont on n’avait peut-être pas calculé toute la portée, dont on ignorait, dans tous les cas, l’avenir; est-ce qu’on se doutait, dis-je, que cette expédition nous conduirait, par la force des choses, au traité de Tien-Tsin, qui nous met en contact avec le plus grand, avec le plus riche, avec le plus immense des centres de consommation qui soient au monde? (Dénégations sur divers bancs – Applaudissements au centre et à gauche.)

Oui, messieurs, le traité de Tien-Tsin nous met en relations avec cet énorme marché de 400 millions de consommateurs, que la force des choses amènera à trafiquer avec nous, avec ce marché de 400 millions de consommateurs qui ne sont pas de pauvres noirs, comme les habitants de l’Afrique équatoriale, des populations sans besoins, parce que leur vie est tout à fait rudimentaire ; mais, par le traité de Tien-Tsin, nous sommes mis en rapport avec l’un des peuples les plus avancés et les plus riches du monde, et qui, par une évolution nécessaire, précipitée assurément par les derniers événements, entre à grands pas dans l’orbite des échanges commerciaux avec les populations occidentales. (Très bien! très bien! et applaudissements au centre et à gauche – Interruptions diverses.)

Vous admirez, sans doute, messieurs, dans la politique qui a abouti à placer, sous la domination anglaise, toutes les provinces de l’Inde, l’une après l’autre, la prévoyance des hommes d’État anglais ? Savez-vous comment on en parle, dans ce grand pays d’Angleterre? Voici comment s’exprime sur ce sujet un auteur très récent – c’est un professeur d’Oxford, qui a fait, sur la politique d’expansion coloniale, un livre du plus haut intérêt, un livre qui est, au moins autant anglais que français par l’intérêt qu’il offre, car il renferme les plus intéressantes comparaisons entre la politique coloniale de la France et celle de l’Angleterre. Voici comment M. le professeur Seeley traite ce génie britannique qu’on affecte de porter si haut, quand on s’efforce de démontrer l’inanité et l’erreur de la politique coloniale que nous avons dirigée; M. le professeur Seeley dit ceci :

« Nous avons fait l’acquisition de l’Inde les yeux fermés. Aucune des grandes choses accomplies par les Anglais n’a été faite avec moins de préméditation, plus au hasard que la conquête de l’Inde… Dans l’Inde, nous voulions une chose et nous en avons fait une autre. Notre but était le commerce, et, à ce point de vue, nous n’avons été que médiocrement heureux. Faire la guerre aux États indigènes, nous n’y avons pensé qu’un siècle après notre premier établissement, et encore ne songions-nous qu’à une guerre pour défendre notre commerce. La politique de domination sur les États indigènes est postérieure au dix-neuvième siècle… Nous avons toujours marché d’un côté en regardant d’un autre. " (Interruptions à l »extrême-gauche et à droite.)

M. Jules Delafosse – Est-ce que vous prenez cela pour une théorie de gouvernement ?

M. de Soland – C’est là votre système! Il faudra dire cela aux électeurs !

M. Raoul Duval – Ce système réussit quelquefois, mais, neuf fois sur dix, on se casse le cou.

M. Jules Ferry – Est-ce que je vous donne cela pour un système ?

M. Ernest Dréolle – Voire citation est une approbation.

M. Jules Ferry – Je vous fais cette citation pour vous faire entendre que les plus grandes affaires – et je n’en connais pas de plus grande et, en définitive, de plus glorieuse, ni de plus fructueuse pour l’Angleterre que la conquête des Indes – ne sont jamais, dans la réalité des choses, conçues, arrêtées dans leur conduite dès le principe ; qu’elles sont sujettes à l’imprévu, qu’elles se développent suivant les circonstances, et que c’est dans cet ordre d’affaires qu’il est permis de dire que les événements conduisent la politique bien plutôt que la politique ne conduit les événements. (Mouvements divers.)

M. Clemenceau – Qu’est-ce que cela veut dire ? C’est un autre nom donné au hasard

M. de Soland – Autrefois, gouverner c’était prévoir. On a changé tout cela.

M. Jules Ferry – Messieurs, je conclus sur ce point en protestant contre cette affirmation de l’honorable M. Georges Perin : qu’il y aurait eu, soit dans le précédent cabinet, soit dans un des cabinets antérieurs, une politique coloniale conduite par le hasard…

MM. Georges Perin et Clemenceau – Mais vous venez de le démontrer ! (Interruptions au centre.)

M. Jules Ferry – Les événements ont eu sur le développement de cette politique coloniale la portée qu’ils ont toujours dans de pareilles entreprises, et, assurément, si nous avions rencontré dans l’Annam une exécution loyale du traité de 1874, si, au lieu d’avoir affaire, dans l’île de Madagascar, à une population ou mal conseillée ou mal inspirée, mais, à coup sûr, décidée depuis un certain temps à se débarrasser de la présence et de l’influence françaises, les événements n’auraient pas pris la tournure belliqueuse qu’ils ont dû prendre.

M. Georges Perin – Si vous n’aviez pas fait d’expédition, vous ne vous seriez pas battu

M. Jules Ferry – Nous avons fait les expéditions que nous devions faire; nous ne les avons nullement préméditées, et, ne les ayant pas préméditées, je n’admets pas qu’on dise que nous avons été conduits par le hasard. (Exclamations ironiques à l’extrême-gauche et à droite.)

Nous avons été conduits par la nécessité, par le droit : nous avons été conduits par cette obligation et ce devoir qui s’impose à tous les peuples civilisés de faire respecter par les nations barbares la signature de leurs représentants mise au bas des traités. Voilà l’histoire de notre politique coloniale; ce n’est pas une politique qui flotte et qui vogue au hasard. (Très bien ! très bien! à gauche et au centre – Exclamations et interruptions à l’extrême-gauche et à droite.)

M. Henri de Lacretelle – Contrairement à l’opinion de l’amiral Courbet. Lisez ses lettres.

M. Jules Ferry – Messieurs, à côté de là politique conduite par le hasard, qui serait la politique de M. Rouvier, M. Perin place la politique des occasions, qui serait la mienne suivant lui. Je n’accepte pas cette formule dans sa brièveté et dans sa crudité : elle est fort incomplète. Et, puisque l’honorable M. Georges Perin veut bien me faire l’honneur de me traduire par une formule, je lui demanderai, en revanche, la permission de mettre sous ses yeux la formule que j’ai donnée moi-même de cette politique, non pas pour les besoins de cette cause.

M. Georges Perin – Volontiers !

M. Jules Ferry – … et, quoiqu’il soit toujours désagréable de se citer soi-même, je crois que la Chambre me permettra de lui lire ce qu’à cette tribune, le 27 mars 1884, je disais de la politique coloniale, et de ses limites, et de son objet, et de son caractère. (Parlez! parlez!)

M. de Baudry d’Asson – L’amiral Courbet a dit que c’était une politique de polichinelle. (Exclamations.)

M. le président – Monsieur de Baudry d’Asson, ne m’obligez pas à vous rappeler à l’ordre.

M. de Baudry d’Asson – C’est l’amiral Courbet qui parle.

M. le président – Il ne s’agit pas de l’amiral Courbet en ce moment-ci.

M. Jules Ferry – Voici, messieurs, notre politique coloniale, celle que l’on discutera si l’on veut; mais qu’on n’en discute pas une autre! En voici la formule; je l’ai donnée moi-même à la Chambre au mois de mars 1884 :

« Certes, personne ne me contredira quand je ferai remarquer aux plus ardents de nos collègues, à ceux qui voudraient pousser la Chambre le plus vite et le plus loin du côté de Madagascar, que, de toutes les politiques, la politique coloniale est celle qui a le plus besoin de réflexion et de mesure.

« Nous avons beaucoup de droits sur la surface du globe: ce n’est pas en vain que la France est, comme on le rappelait tout à l’heure, une des plus grandes puissances maritimes du monde.

« Elle a, depuis deux siècles, grâce à l’activité de ses marins. à la puissance de son organisation maritime, non moins qu’à la hardiesse de ses voyageurs et de ses explorateurs, pris possession de beaucoup de points du globe, et elle a aussi un vaste champ pour s’essayer à la politique coloniale. Est-ce une raison, messieurs, pour que cette politique se développe partout à la fois? N’y a-t-il pas à la coordonner, à l’échelonner, à la pratiquer par étapes et par séries? L’honorable M. de Mun, me faisant l’honneur de me citer, dans son beau et brillant discours, qui retentissait vraiment à cette tribune comme le clairon du patriotisme… (Applaudissements.)

« Si M. le comte de Mun, dis-je, me faisait l’honneur de me citer en rappelant ce mot que j’ai prononcé dans une autre discussion « que la politique coloniale est pour la France un legs du passé et une réserve pour l’avenir », mais, c’est précisément à faire la part du présent et de l’avenir, à répartir la tâche d’aujourd’hui, et à réserver la tâche de demain, c’est là qu’est tout le secret d’une bonne politique coloniale.

« Sur tel point du globe, il importe uniquement de conserver les situations acquises, sur tel autre, il est nécessaire de faire un pas en avant ; enfin, il est tel point sur lequel une solution définitive, intégrale s’impose, parce que l’occasion est là, qu’elle passe et qu’elle ne se retrouvera peut-être pas.

« Certes, messieurs, dans cet ordre d’idées, dans cette sorte d’affaires, les événements nous conduisent bien plus que nous ne les conduisons…

M. Paul de Cassagnac – C’est la politique de l’aveugle du pont des Arts, qui se laisse conduire par son chien ! (Rires à droite.)

M. Jules Ferry – … « et nous pourrions trouver dans notre histoire récente bien des preuves, bien des exemples de résolutions qu’il a fallu précipiter, parce que les événements le commandaient et que nous aurions peut-être ajournées si nous avions été les maîtres du temps. Mais ce n’est pas une raison pour aller partout à la fois, pour marcher du même pas sur toutes les routes.

« Il y a un choix à faire, et il convient de considérer, avant toute chose, d’une part, l’utilité des acquisitions nouvelles, et, d’autre part, l’état de nos ressources ; c’est sous les auspices de ces pensées, qui ne sont pas nouvelles, mais que je crois justes, que je crois l’application des notions du bon sens à la politique coloniale, que je place les quelques éclaircissements que j’ai à vous donner. "

Voilà la politique coloniale dont nous sommes prêts à répondre devant la Chambre; que la Chambre, du reste, a approuvée et acclamée, et particulièrement sanctionnée dans cette affaire de Madagascar. Je parlais, dans ce discours, des événements qui nous avaient forcés à précipite nos résolutions. Il n’y en a pas de meilleur exemple que cette entreprise même de Madagascar.

Il est évident que le grand malheur de cette affaire, c’est qu’il a fallu l’engager à un moment où elle coïncidait avec une entreprise plus considérable qui occupait alors toutes nos forces disponibles. Je dis là des choses qui sont, comme il est superflu de le faire remarquer, l’application du bon sens à la politique coloniale, et il n’y a pas, dans ce monde, d’autre politique que la politique qui est fondée sur le bon sens. Voilà la politique que nous défendons, que nous avons défendue, et, je me permets de le faire remarquer, elle ressemble, à s’y méprendre, à la politique qui a été exposée hier par les organes du Gouvernement : nous avons le grand bonheur, en vertu de cette continuité de traditions qui est de l’essence de la politique des gouvernements français, de nous trouver d’accord avec les dépositaires actuels du pouvoir, de même que, nous, nous étions protégés et couverts nous-mêmes par les actes de plusieurs des administrations précédentes, qui n’ont jamais hésité, ni les unes, ni les autres, sur la suite à donner aux affaires du Tonkin, pas plus que sur celles de Madagascar.

M. Paul Bert – On a différé sur la manière de les engager.

M. Raoul Duval – C’est ce qu’on appelle embrasser les gens pour les étouffer.

M. Clemenceau – C’est là une manoeuvre qu’on n’avait encore jamais vue dans un parlement. (Très bien! Très bien! à l’extrême gauche.)

M. Jules Ferry – Quelle manoeuvre ?

M. Clemenceau – C’est la première fois qu’on voit un ministère battu et tombé essayer de se solidariser avec un ministère au pouvoir. (Très bien! très bien! à l’extrême-gauche et à droite.)

M. Jules Ferry – Je me permettrai de vous rappeler que cette solidarité entre ceux qui se succèdent à la direction des affaires d’un grand pays, a été revendiquée hier avec éclat par M. le ministre des affaires étrangères. (Applaudissements prolongés au centre et à gauche – Interruptions à l’extrême gauche.)

M. Clemenceau – On liquide vos fautes.

M. Raoul Duval – Avec la sincérité en plus. (C’est cela! très bien ! très bien ! à droite.)

M. Jules Ferry – Vous expliquerez cette parole tout à l’heure, monsieur Raoul Duval.

M. Raoul Duval – Parfaitement. Je demande la parole. Et puisqu’il faut s’expliquer, je m’expliquerai sur la déclaration du 27 mars 1884. (Applaudissements à droite.)

M. le président – Du tout ! Vous ne vous expliquerez pas sur cette déclaration, parce que ce n’est pas l’objet du débat.

M. Jules Ferry – Vous avez prononcé là, monsieur Raoul Duval, une parole discourtoise. (Exclamations à droite.)

Ja. il n’est pas courtois de parler de ma sincérité comme vous le faites.

M. Raoul Duval – Il est certain qu’il ne faut pas dire du mal des absents. (Rires à droite.)

M. le président – Je vous rappelle à l’ordre, monsieur Raoul Duval.

M. Raoul Duval – C’est la première fois que cela m’arrive.

M. le président – Et je désire que ce soit la dernière. (On rit.)

M. Raoul Duval – Je ne me suis jamais plaint d’une interruption, quand j’étais à la tribune. (Bruit.)

M. Jules Ferry – Voilà le programme de notre politique coloniale, et, ainsi conçue, c’est, en effet, une vue de politique systématique et qui, comme le disait l’honorable M. Pelletan dans son discours de samedi dernier, repose tout à la fois sur des principes économiques et sur dés intérêts, sur des conceptions humanitaires de l’ordre le plus élevé, et sur des considérations politiques…

M. Eugène Delattre – Je crois bien, 20 000 cadavres!

M. Paul de Cassagnac – Dix mille familles en deuil ! Vous trouvez que ce n’est pas assez !

M. Jules Ferry – Quelle exagération fabuleuse!

M. le président – Messieurs, voilà que vous interrompez l’orateur à chaque phrase ; il serait bien plus simple d’attendre qu’il ait fini son discours pour lui répondre.

M. Paul de Cassagnac – Nous ne demandons pas mieux! M. Jules Delafosse. – Ce débat-là n’a pas de limites!

M. le président – L’orateur n’est pas sorti de la question, telle qu’elle a été discutée.

M. Jules Ferry – Assurément! Je réponds à mes deux collègues qui siègent de ce côté, je ne crois pas m’être écarté et je n’ai pas l’intention de m’écarter un seul instant de la question. Je dis, avec l’honorable M. Camille Pelletan, que cette politique coloniale est un système ainsi conçu, défini et limité ; qu’il repose sur une triple base économique, humanitaire et politique.

Au point de vue économique, pourquoi des colonies? Pour les nations qui ont superflu de population… (Interruptions à droite. )

Au centre et à gauche – Parlez ! parlez !

M. Jules Ferry – Pour les nations qui ont un superflu de population, soit parce que cette population est pauvre, soit parce qu’elle se développe d’une façon exubérante ; la forme première de la colonisation…

Un membre à droite – Vraiment c’est bien le cas ! (Nouvelles interruptions sur les mêmes bancs.)

M. le président – Ces interruptions sont intolérables, messieurs ; l’orateur est bien le maître de conduire sa discussion comme il l’entend.

M. Jules Ferry – Je disais, messieurs, que la forme première de la colonisation, c’est celle qui offre un asile et du travail au surcroît de population des pays pauvres ou de ceux qui renferment une population exubérante.

Mais il y a une autre forme de colonisation : c’est celle qui s’adapte aux peuples qui ont, ou bien un superflu de capitaux ou bien un excédent de produits. (Approbation sur divers bancs.)

Et c’est là la forme moderne, actuelle, la plus répandue et la plus féconde, car les économistes se sont toujours demandé, avec raison, s’il y avait profit à l’émigration des individus.

Et j’ai lu dans des livres savants des calculs qui chiffrent la perte pour chaque colon qui s’en va et quitte la mère-patrie. Il y a donc une contestation possible sur ce point. Il est évident, en effet, qu’un pays qui laisse échapper un large flot d’émigration n’est pas un pays heureux, un pays riche, et ce n’est pas un reproche à faire à la France, ni un outrage à lui adresser que de remarquer qu’elle est de tous les pays de l’Europe celui qui a le moins d’émigrants. (Très bien! Très bien! au centre et à gauche.)

Mais il n’y a pas que cet intérêt dans la colonisation. Les colonies sont, pour les pays riches, un placement de capitaux des plus avantageux. L’illustre Stuart-Mill a consacré un chapitre de son ouvrage à faire cette démonstration, et il le résume ainsi : « Pour les pays vieux et riches, la colonisation est une des meilleures affaires auxquelles ils puissent se livrer. "

M. Brialou – Pour les capitalistes !

M. Jules Ferry – Eh oui! pour les capitalistes. Est-ce qu’il vous est indifférent, monsieur Brialou, que la somme des capitaux s’accroisse dans ce pays par des placements intelligents? Est-ce que ce n’est pas l’intérêt du travail que le capital soit abondant dans ce pays? (Interruptions.) Vous savez bien que la France, qui regorge de capitaux… (Non! non! à droite! – Oui! oui! au centre et à gauche), oui, qui a toujours regorgé de capitaux depuis quarante ans. (Nouvelles interruptions à droite…)

Un membre à droite – Parce qu’elle n’a pas confiance !

M. le président – Comment, vous ne pouvez pas supporter une discussion d’un caractère aussi calme sans interrompre ?

M. Jules Ferry – J’en fais l’Assemblée juge. Est-ce qu’il y a rien de plus pacifique que la discussion à laquelle je me livre? Et pourtant je suis systématiquement interrompu de ce côté (la droite).

Je dis que la France, qui a toujours regorgé de capitaux et en a exporté des quantités considérables à l’étranger, – c’est par milliards, en effet, qu’on peut compter les exportations de capitaux faites par ce grand pays, – qui est si riche ; je dis que la France a intérêt à considérer ce côté de la question coloniale.

Mais, messieurs, il y a un autre côté plus important de cette question, qui domine de beaucoup celui auquel je viens de toucher. La question coloniale, c’est, pour les pays voués par la nature même de leur industrie à une grande exportation, comme la nôtre, la question même des débouchés.

M. Brialou – Pour les autres ! (Protestations au centre.)

M. le président – Monsieur Brialou, veuillez garder le silence… (Exclamations et bruit prolongé au centre.)

Messieurs, si quelqu’un ici a le droit de se plaindre, en ce moment, ce n’est ni l’orateur, ni les membres de la Chambre : c’est le président, à qui, malgré tous ses efforts, on rend presque impossible la direction des débats.

On peut croire, quand on est tranquillement assis sur son banc, qu’il est facile au président d’empêcher les mouvements de séance. Je voudrais voir à ma place l’un de ceux qui réclament. (On rit.)

Plusieurs membres – Non ! non !

M. le comte de Lanjuinais – Nous rendons justice à votre impartialité

M. Jules Ferry – A ce point de vue, je le répète, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché.

L’expérience démontre, en effet, qu’il suffit… (Interruptions à droite.)

Messieurs, à ce point de vue particulier, mais de la plus haute importance, au temps où nous sommes et dans la crise que traversent toutes les industries européennes, la fondation d’une colonie, c’est la création d’un débouché. On a remarqué, en effet, et les exemples abondent dans l’histoire économique des peuples modernes, qu’il suffit que le lien colonial subsiste entre la mère-patrie qui produit et les colonies qu’elle a fondées, pour que la prédominance économique accompagne et subisse, en quelque sorte, la prédominance politique.

M. Edouard Lockroy – Mais c’est une erreur.

M. Jules Ferry – C’est une erreur, dites-vous? Je vais vous démontrer que c’est une vérité historique et prouvée par des faits. Comment expliquerez-vous le phénomène de l’Inde qui vit des produits anglais jusqu’à concurrence de 7 ou 800 millions? Comment expliquerez-vous, pour prendre un exemple plus près de nous, ce phénomène, connu de beaucoup de personnes dans cette assemblée, que l’Algérie, sous l’empire de la liberté absolue, qui, jusque dans ces derniers temps, jusqu’au moment où nous y avons fort sagement transporté les tarifs douaniers de la métropole, était laissée aux colons de se fournir là où ils le voulaient, sur un chiffre de 411 millions d’importations, en ait demandé, en 1882, pour 341 millions à la France et pour 70 millions seulement à l’étranger? C’est ce phénomène que j’ai formulé ainsi: « Là où est la prédominance politique, là est également la prédominance des produits, la prédominance économique.

Ici, je rencontre notamment dans le discours… (Bruit de conversations à droite.)

M. le président – Mais, messieurs, ce bruit est intolérable ! …

M. Jules Ferry – Vous m’imposez ainsi une tâche impossible !

M. le président – Messieurs, les interruptions seraient préférables aux conversations que vous tenez. J’entends ce sue vous dites, et je n’entends pas toujours ce que dit l’orateur, je vous en prie, gardez le silence.

M. Jules Ferry – Il y a deux objections courantes : d’abord, celle que tout à l’heure formulait, dans une interruption, l’honorable M. Brialou: « Vous fondez des colonies et ce sont les autres nations qui les exploitent ! "

M. Brialou – Oui !

M. Jules Ferry – Rien n’est plus contraire à la vérité des faits. A cet égard, l’exemple de l’Algérie est considérable, décisif. Mais, si vous voulez me le permettre, je vais faire passer sous vos yeux un travail très étudié, relevé dans les statistiques officielles : c’est une comparaison entre les exportations de la France et de l’Angleterre dans les colonies.

Messieurs, vous avez souvent entendu dire ici : « Ah ! l’Angleterre, à la bonne heure! Ses colonies se fournissent de produits anglais, tandis que nos colonies, à nous, ne se fournissent pas de produits français. "

Une pareille assertion est tout à fait contraire à la vérité des chiffres : dans les colonies anglaises, le chiffre des exportations d’Angleterre s’élève à 2.225 millions de francs, ce qui fait par tête 10 fr. 30 de produits anglais consommés. Pour les colonies françaises, non compris l’Algérie et la Tunisie, l’exportation de France est de 95.400.000 fr., soit par tête d’habitant 24 fr. 30, contre l0 fr. 30. et nous ne parlons ici que des anciennes colonies, des Antilles et de la Cochinchine ; l’Algérie et la Tunisie restant en dehors de ce calcul.

Voulez-vous que nous y fassions figurer ces deux colonies? Alors, sur l’ensemble des colonies françaises, les exportations de France s’élèvent à un chiffre de 391 millions, ce qui donne par tête une somme de 44 fr. 80.

Ces chiffres vous montrent que, contrairement à l’idée courante, répandue comme beaucoup d’idées fausses, la consommation de nos produits dans nos colonies, par tète d’habitant, est supérieure à la consommation des produits anglais par tête d’habitant dans les colonies anglaises.

On nous dit aussi : « Mais vous fondez de nouvelles colonies, et vos anciennes colonies ne vous donnent point de commerce; elles végètent et dépérissent. "

Messieurs, celte assertion n’est pas exacte non plus. J’ai là, sous les yeux, et je me permets de vous le citer, un travail remarquable, une conférence, faite par un homme très compétent, qui s’appelle M. Cerisier, à la Société de statistique de Paris, et qui figure dans le recueil des actes de cette société. L’attention de M. Cerisier a été attirée sur l’importance de notre commerce avec les colonies, et il s’exprime ainsi :

« Nous possédons actuellement :

« 1° Comme colonies d’établissement, c’est-à-dire comme colonies d’émigration, héritage du passé : la Martinique, la Guadeloupe, etc.

« 2° Comme colonies d’occupation ou de cession, c’est-à-dire résultant d’une prise de possession pacifique ou d’un contrat : la Nouvelle-Calédonie, Taïti el ses dépendances, etc.

« 3° Comme colonies de conquête : la Cochinchine, le Sénégal, le Haut-Sénégal et peut-être le Tonkin et Madagascar, etc.

« Toutes ces colonies représentaient, d’après la douane française en 1881, un mouvement commercial de 217.417.939 fr., dont 126 millions 523.092 fr., pour l’importation en France, et 91.967.373 pour l’exportation de France.

« La comparaison entre 1881 et 1882 pour le commerce général fait ressortir, en faveur de 1882 une légère augmentation de 1.072.000 fr. Cette augmentation s’accentue davantage en 1883, et le chiffre de 217.417.939 accusé en 1881 se trouve en 1883 porté à 234.416.849 francs… » – Voici, messieurs, ce qui est intéressant dans cette citation : – « … J’avais attribué la légère augmentation de 1.072.000 francs constatée en 1882 sur 1881 aux divers travaux de voies ferrées entrepris dans nos colonies du Sénégal et de la Réunion, et j’avais conclu que cette augmentation ne devait pas être attribuée à l’initiative privée, puisque c’est l’État qui construit ou fait construire ces lignes ; mais le chiffre accusé pour 1883 (234.416.849) renverse mes suppositions, et la cause de la différence en plus (17 millions environ) doit être recherchée ailleurs.

« Je constate, en effet, que, si les colonies de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Réunion présentent, comparativement à l’année 1881, une décroissance dans le commerce général avec la France de 8 millions environ, au contraire, les colonies de Saint-Pierre et Miquelon, du Sénégal, de l’Inde, de la Cochinchine, de la Guyane et de la Nouvelle- Calédonie offrent une plus-value de 25 millions en chiffres ronds ; ce qui explique la différence ronde de 17 millions en augmentation qu’accuse sur 1881 le commerce général des colonies de 1883.

« Il en résulte que ce sont nos trois grandes colonies agricoles, nos vieilles colonies, qui sont restées stationnaires, alors que les pays neufs ont, au contraire, accentué d’une façon bien positive leurs relations avec la mère-patrie. Cette constatation « a une grande valeur ».

En effet, messieurs, elle répond, et elle répond suffisamment à la théorie de désespérance et de découragement qui a trop souvent cours en France au sujet de l’avenir de nos colonies et de nos relations futures avec elles.

Au centre – Reposez-vous ! reposez-vous !

M. le président – Monsieur Ferry, voulez-vous vous reposer un instant ?

M. Jules Ferry – Oui, monsieur le président.

M. le président – Messieurs, l’orateur est un peu fatigué : il demande un moment de repos. (Oui! oui!)
La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à trois heures quarante minutes, est reprise à quatre heures.)

M. le président – La séance est reprise.

La parole est à M. Jules Ferry pour continuer son discours.

M. Jules Ferry – Messieurs, je suis confus de faire un appel aussi prolongé à l’attention bienveillante de la Chambre, mais je ne crois pas remplir à cette tribune une tâche inutile. Elle est laborieuse pour moi comme pour vous, mais il y a, je crois, quelque intérêt à résumer et à condenser, sous forme d’arguments, les principes, les mobiles, les intérêts divers qui justifient la politique d’expansion coloniale, bien entendu, sage, modérée et ne perdant jamais de vue les grands intérêts continentaux qui sont le premier intérêt de ce pays.

Je disais, pour appuyer cette proposition, à savoir qu’en fait, comme on le dit, la politique d’expansion coloniale est un système politique et économique, je disais qu’on pouvait rattacher ce système à trois ordres d’idées : à des idées économiques, à des idées de civilisation de la plus haute portée, et à des idées d’ordre politique et patriotique.

Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale, au point de vue de ce besoin, de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France : le besoin de débouchés.

Est-ce que c’est quelque chose de chimérique? est-ce que c’est une vue d’avenir, ou bien n’est-ce pas un besoin pressant, et on peut dire le cri de notre population industrielle ? Je ne fais que formuler d’une manière générale ce que chacun de vous, dans les différentes parties de la France, est en situation de constater.

Oui, ce qui manque à notre grande industrie, que les traités de 1860 ont irrévocablement dirigée dans la voie de l’exportation, ce qui lui manque de plus en plus, ce sont les débouchés. Pourquoi ? parce qu’à côté d’elle, l’Allemagne se couvre de barrières, parce que au delà de l’Océan les États-Unis d’Amérique sont devenus protectionnistes, et protectionnistes à outrance ; parce que non seulement ces grands marchés, je ne dis pas se ferment, mais se rétrécissent, deviennent de plus en plus difficiles à atteindre par nos produits industriels ; parce que ces grands États commencent à verser sur nos propres marchés des produits qu’on n’y voyait pas autrefois. Ce n’est pas une vérité seulement pour l’agriculture, qui a été si cruellement éprouvée, et pour laquelle la concurrence n’est plus limitée à ce cercle de grands États européens pour lesquels avaient été édifiées en quelque sorte les anciennes théories économiques ; aujourd’hui, vous ne l’ignorez pas, la concurrence, la loi de l’offre et de la demande, la liberté des échanges, l’influence des spéculations, tout cela rayonne dans un cercle qui s’étend jusqu’aux extrémités du monde. (Très bien! très bien!)

C’est là une grande complication, une grande difficulté économique; nous en avons plusieurs fois parlé à cette tribune, quand le Gouvernement a été interpellé par M. Langlois sur la situation économique de la capitale ; c’est là un problème extrêmement grave.

Il est si grave, messieurs, si palpitant, que les gens les moins avisés sont condamnés à déjà entrevoir, à prévoir et à se pourvoir pour l’époque où ce grand marché de l’Amérique du Sud, qui nous appartenait de temps en quelque sorte immémorial, nous sera disputé et peut-être enlevée par les produits de l’Amérique du Nord. Il n’y a rien de plus sérieux, il n’y a pas de problème social plus grave ; or, ce programme est intimement lié à la politique coloniale.

Je n’ai pas besoin de pousser plus loin cette démonstration. Oui, messieurs, je le dirai aux économistes, dont personne plus que moi ne respecte les convictions et les services rendus ; je le dirai à l’honorable M. Passy, que je vois là, qui est parmi nous un des représentants les plus autorisés de l’ancienne école économique… (Sourires) ; je sais très bien ce qu’ils me répondent, ce qui est au fond de leur pensée… – L’ancienne école, la grande! messieurs ; celle, monsieur Passy, que votre nom a illustrée, celle qui a pour chef, en France, Jean-Baptiste Say, et Adam Smith, en Angleterre. Il n’y a dans ma pensée aucune ironie à votre égard, monsieur Passy, croyez-le bien.

Je dis que je sais très bien ce que pensent les économistes que je peux appeler doctrinaires, sans offenser M. Passy. Ils nous disent : « Les vrais débouchés, ce sont les traites de commerce qui les fournissent, qui les assurent.

Messieurs, je ne dédaigne pas les traités de commerce : si nous pouvions revenir à la situation qui a suivi l’année 1860, s’il n’était pas survenu dans le monde cette révolution économique qui est le produit de développement de la science et la rapidité des communications, si cette grande révolution n’était pas intervenue, je reprendrais volontiers la situation qui a suivi 1860 ; il est très exact qu’à cette époque, la concurrence des blés d’Odessa ne ruinait pas l’agriculture française, que les blés de l’Amérique et de l’Inde ne constituaient pas encore pour elle une concurrence ; à ce moment, nous vivions sous le régime des traités de commerce, non seulement avec l’Angleterre, mais avec les autres puissances, avec l’Allemagne qui n’était pas encore devenue une puissance industrielle ; les traités, je ne les dédaigne pas ; j’ai eu l’honneur d’en négocier quelques-uns de moindre importance que ceux de 1860 ; mais, messieurs, pour traiter, il faut être deux : vous ne traiterez pas avec les États-Unis d’Amérique, c’est la conviction que recueillent ceux qui ont tenté d’établir de ce côté-là quelques négociations soit officielles, soit officieuses.

M. Georges Perin – Dans dix ans, vous traiterez avec l’Amérique.

M. Jules Ferry – Vous prophétisez, monsieur Perin : mais, pendant ces dix ans, l’industrie française peut recevoir une bien profonde atteinte. Non, nous ne traiterons pas, car vraiment, si on veut être sincère, on n’aperçoit, dans cette direction, aucune disposition traiter.
Alors, il faut chercher des débouchés, et la création du débouché dont nous nous occupons en ce moment, nous donnera, dans un avenir certain, l’échange libre et même privilégié avec la Chine, avec ce marché de 400 millions d’habitants.

M. Clémenceau – Ah! vous prophétisez à votre tour !

M. Jules Ferry – C’est le fond et c’est l’esprit du traité de Tien-Tsin, et nous n’allons pas recommencer à le discuter. Dans cet ordre d’idées, dans les difficultés que rencontre notre industrie, qui est une grande industrie d’exportation et qui voit se resserrer devant elle de jour en jour les marchés où elle peut vendre ses produits, dans cette situation, la création d’un débouché nouveau est une oeuvre à la hauteur de laquelle sont les dépenses qu’on a faites et les efforts que, depuis plusieurs années, les Chambres ont autorisés pour créer dans ce pays une réserve d’avenir, – permettez -moi d’employer cette expression : je la crois juste. – Oui, le traité de Tien-Tsin a ce caractère, même pour les plus sceptiques. Il offre à l’industrie des perspectives que personne ne saurait exagérer.

Messieurs, je crois que le côté économique de la politique coloniale est justifié par ces considérations ; et, si vous me le permettez, j’y ajouterai un exemple qui nous touche de très près. N’étes-vous pas frappés du mouvement qui, depuis un si petit nombre d’années, deux ans à peine, s’est emparé de l’esprit public en Allemagne ? N’ètes-vous pas frappés de cette évolution soudaine, rapide, mais extrêmement résolue, qu’a faite la politique économique de l’empire d’Allemagne, qui a pris résolument le parti de se couvrir de tarifs protecteurs de la plus grande énergie? Le gouvernement allemand a compris qu’il devait se préoccuper, dans l’état du monde, de la question des débouchés : c’est alors qu’avec la vigueur et la résolution qu’il sait mettre en toutes choses, il s’est jeté, – on peut se servir de cette expression – dans la politique coloniale.

M. Granet – Sans expéditions !

M. Jules Ferry – Vous dites: sans expéditions ! il y en a tout au moins une : celle des Cameroon. Nous verrons, attendez la fin.
Je dis qu’il y a dans l’ordre politique et dans la conduite suivis par nos voisins quelque chose dont vous devez tenir compte.

M. Raoul Duval – Il n’y a pas deux mois que le chancelier allemand, en plein parlement, a protesté contre cette politique à la française qu’on voulait lui faire suivre.

M. Jules Ferry – J’attendrai que M. Raoul Duval me démontre que le chancelier allemand est libre-échangiste et le disciple de l’école d’Adam Smith et de Say.

M. Raoul Duval – Je n’ai pas dit, cela ; j’ai dit qu’il avait protesté contre votre politique.

M. Jules Ferry – Il est certain qu’il y a en Allemagne un grand mouvement de politique coloniale, et que cette préoccupation de saisir, de prendre possession sur le littoral africain de tout ce qui reste de disponible répond à quelque chose, répond à un besoin, à une politique, à une nécessité.

Cette politique coloniale allemande doit vous frapper ; elle me frappe quand je considère que cet empire allemand, qui était, jusqu’à présent, une puissance exclusivement continentale, est, de plus, un gouvernement prudent, qui ne s’est pas aventuré depuis quinze ans. Eh bien, quand je vois l’Allemagne se lancer dans cette voie de la politique coloniale, j’en cherche la raison…

M. Vernhes – Les Allemands ont une émigration, et la France n’en a pas !

M. le président – Vous êtes inscrit, monsieur Vernhes : vous répondrez.

M. Vernhes – Nous nous expliquerons un peu plus tard.

M. le président – Eh bien, veuillez avoir la patience d’attendre.

M. Jules Ferry – Cette politique, elle a été discutée par les intéressés eux-mêmes, dans les réunions des grandes associations de producteurs et de commerçants qui se sont tenues soit à Francfort, soit à Eisenach. Dans la réunion d’Eisenach, dont j’ai pu être informé, – elle a eu lieu au mois de septembre dernier, et a eu beaucoup de retentissement en Allemagne ; nos agents, naturellement, ont suivi avec beaucoup d’attention ce qui s’y est passé, – les hommes les plus autorisés ont expliqué que cette politique d’expansion coloniale, cette mainmise sur les territoires africains, n’avait pas pour but de fonder là des colonies d’émigration, de détourner, comme on l’a dit trop légèrement, le grand courant d’émigration germanique qui va vers les États-Unis et de le reporter ailleurs ; non, au contraire. M. Woermann, par exemple, qui a été l’un des représentants de l’Allemagne à la Conférence de Berlin dans ces derniers temps, déclarait que la nouvelle politique coloniale de l’Allemagne a pour but d’arrêter le flot de l’émigration, en créant à l’industrie de nouveaux débouchés, et en fournissant, par conséquent, aux travailleurs de nouveaux salaires. Ainsi, ce n’est pas pour l’émigration, c’est contre l’émigration que cette politique coloniale est dirigée.

Eh bien, messieurs, est-ce que nous serons moins vigilants? est-ce que nous fermerons les yeux et les oreilles à ces enseignements ? est-ce que, parce que cette question de politique coloniale s’est mêlée à des questions de polémique électorale… (Applaudissements à gauche et au centre – Rumeurs à l’extrême gauche.)

M. Vernhes – Nous nous plaçons plus haut ; nous vous le prouverons.

M. le président – Ne faites pas votre discours d’avance, monsieur Vernhes. (Sourires.)

M. Jules Ferry … – par la force des choses – je n’en accuse personne ; les oppositions prennent leurs armes où elles peuvent, et il est très certain que le terrain de la politique coloniale, les événements militaires ayant pris des proportions qu’on n’avait pu prévoir à l’origine, est devenu l’arène de la lutte électorale.

M. Georges Perin – Est-ce qu’il n’y a pas dix ans que nous avons commencé à combattre cette politique ?

M. Jules Ferry – Oui, monsieur Perin, vous avez tout prévu. (Interruptions à gauche.)

Je dis que ce n’est pas une raison pour rapetisser un si grand problème économique et social aux proportions d’une mesquine lutte entre les partis ou entre les nuances d’un même parti. Je dis qu’il est évident pour tout le monde que l’expansion coloniale de la France, à condition d’être conduite avec sagesse, avec prudence… (Ah! ah ! à l’ extrême-gauche.)

M. Clemenceau – C’est cela qu’il faudrait discuter.

A droite – Oui. voila la question !

M. Jules Ferry – Mais vous n’en voulez pas du tout d’expansion coloniale.

M. Granet – Jamais, nous n’avons dit cela.

M. Jules Ferry – Permettez ! Nous ne sommes pas en présence d’une extrême gauche qui discute les opérations de la politique coloniale, qui déclare qu’elles ont été mal conçues, mal conduites ; nous sommes en présence d’une extrême-gauche qui a mis sur son drapeau : Plus de politique coloniale! plus d’expéditions lointaines ! (Applaudissements au centre – Bruit à gauche.)

M. Granet et M. Peytral – C’est une erreur.

M. Jules Ferry – Peut-être pas vous, monsieur Peytral, ni vous, monsieur Granet, mais le gros de votre parti.

M. Granet – Nous sommes contre votre méthode, et non contre la politique coloniale.

M. Jules Ferry – Nous allons voir tout à l’heure, au scrutin, s’il est vrai qu’il y ait dans cette Chambre une majorité opposée à la politique coloniale… (Exclamations.)

M. Granet – Vous savez bien que c’est une équivoque.

M. Jules Ferry – … car, s’il y a au monde une entreprise d’expansion coloniale caractérisée, conforme à tous les traits de cette politique, c’est l’entreprise de Madagascar. Vous la saisissez là sur le vif, et M. Camille Pelletan et M. Perin avaient, l’autre jour, raison de dire : « C’est là-dessus qu’on va se compter. " (Applaudissements au centre et à gauche – Réclamations à l’extrême-gauche et à droite.)

M. Jolibois -Vous avez gardé le silence sur la question du Tonkin pour créer une équivoque ; voilà la vérité !

M. Paul de Cassagnac – Vous vouliez vous faire blanchir par ce scrutin-là ? Eh bien, non !

M. de Baudry d’Asson – Vous voulez vous faire absoudre du Tonkin par Madagascar !

M. Jolibois – Vous voulez faire le ministère actuel votre prisonnier et faire croire qu’il n’agit que par vos ordres !

M. le président – Monsieur Jolibois, je vous prie de ne pas interrompre, ou je serai obligé de vous rappeler à l’ordre.

M. Paul de Cassagnac s’adressant à l’orateur – Vous voulez faire voter pour Jules Madagascar ! (Rires à droite – Bruit.)

M. Jules Ferry – Mais, messieurs, dans cet ordre d’idées, il faut savoir attendre; il ne faut pas, comme le faisait il y a quelque temps l’honorable M. Raoul Duval à la tribune, s’indigner ou s’étonner de ce que la Tunisie, par exemple, qui est depuis deux ans à peine sous notre protectorat, ne soit pas encore devenue un grand marché de produits français.

Savez-vous combien il a fallu de temps à l’empire indien pour devenir un grand consommateur de produits anglais? En 1811, M. Mac Culloch, dans une note sur le commerce de l’Inde, disait : « Le commerce de l’Angleterre avec l’Inde n’est pas plus important que celui de cette même Angleterre avec l’île de Man ou l’ile de Jersey ». Et aujourd’hui, messieurs, ce commerce se chiffre par un milliard et demi d’échanges.

M. Raoul Duval – M. de Lesseps a percé, depuis, le canal de Suez !

M. Jules Ferry – Et l’auteur que je citais tout à l’heure, M. Silley, professeur à Oxford, qui a élucidé toutes ces questions, disait : « Pendant longtemps, tout le monde affirmait en Angleterre que les Indous ne consommeraient jamais de produits anglais. "

Et si vous interrogez, messieurs, votre propre histoire, si vous voulez vous reporter un instant aux discussions si vives qui se sont produites dans cette même Chambre, après la conquête de l’Algérie, pendant dix-huit ans, vous voyez que les mêmes objections qui sont faites ici à la politique coloniale ont été apportées chaque année à la tribune de la Chambre des députes par les hommes les plus éminents de toutes les oppositions de ce temps-là. Parcourez ces débats, vous y trouverez vos arguments, presque vos propres figures, présentés par les hommes de la plus haute distinction. M. Georges Perin, par exemple, qui est l’adversaire personnel de la politique coloniale…

M. Georges Perin – D’une certaine politique coloniale, de celle des conquêtes

M. Jules Ferry – M. Georges Perin, qui est partisan de l’évacuation de Madagascar et du Tonkin…

M. Georges Perin – Oui !

M. Jules Ferry – … ne s’offensera pas si je lui dis qu’il peul compter parmi ses ancêtres intellectuels un homme fort distingué qui s’appelait M. Desjobert, et qui demandait tous les ans à la tribune l’évacuation de l’Algérie. Oui, messieurs, pendant dix-huit ans ! (On rit.)

De 1830 à 1846 et 1847, c’était toujours le même feu roulant d’objections et d’attaques, les mêmes cris de découragement, les mêmes conseils d’abandon, la même lutte. Les uns disaient : Prenez-en le moins possible ! M. le duc de Broglie s’écriait un jour: « Gardez Alger, c’est une loge à l’Opéra, mais n’allez pas plus loin ! "

M. Paul de Cassagnac – Oui, mais il y avait Bugeaud, et non pas vous. (Applaudissements à droite.)

M. Jules Ferry – Je n’ai, en aucune façon, la prétention de me comparer, sous un rapport quelconque, à l’illustre maréchal Bugeaud, et je ne m’explique pas l’interruption de l’honorable M. de Cassagnac.

M. Paul de Cassagnac – Je vous l’expliquerai, si vous voulez.

M. Jules Ferry – Il y avait Bugeaud, sans doute; mais, malgré Bugeaud, les députés de l’opposition avec une âpreté, une persistance et une obstination qui paraissent extraordinaires, surtout quand on a vu la suite des faits et le dénouement heureux de toute cette grande histoire, venaient demander, les uns ouvertement l’évacuation et l’abandon, comme M. Desjobert, les autres la restriction la plus grande de l’entreprise, et dans quelle situation !

Il y avait Bugeaud, mais il y avait aussi le maréchal Clauzel et la retraite de Constantine, et bien des événements de guerre auprès desquels ceux qui vous ont tant émus à un certain moment ne sont véritablement que de bien modestes incidents. (Applaudissements à gauche et au centre – Interruptions.)

M. Paul Bert – Ce n’est pas la Chambre qui s’est émue la première !

M. Jules Ferry – C’étaient des hommes comme MM. de Sade, Jaubert, Pelet (de la Lozère), – ce ne sont pas des inconnus de notre histoire parlementaire, – qui traitaient l’Algérie de terre maudite, « qui ne se révélerait jamais à nous que par le chiffre de nos dépenses, » disait M. Pelet (de la Lozère) ; « qui n’offrirait jamais, disait un autre, le moindre débouché sérieux à notre industrie. "

Or, notre commerce avec l’Algérie est de 340 millions par an, à l’heure actuelle !

M. Dupin descendait de son fauteuil pour démontrer, en termes que je ne veux pas reproduire ici, pour ne pas allonger la discussion, avec l’autorité qui s’attachait à sa parole, que la colonisation est une chose absurde par elle-même.

M. Duvergier de Hauranne, qui n’était pas non plus le premier venu, disait en 1837 : « L’Algérie, ce legs funeste de la Restauration. » Et M. Passy (Hippolyte), – un grand nom aussi, – proposait de rétrocéder à la Porte la plus grande partie des provinces conquises, vu l’impuissance où l’on était de les garder.

M. Desjobert, que j’ai déjà nommé, demandait annuellement l’évacuation de « ce rocher nu, disait-il, sur lequel les Européens ne peuvent pas vivre ». – … Oui, on aflirmait cela, messieurs ! les Européens ne peuvent pas vivre en Algérie ! – « … et l’abandon de cette chimère coloniale qui ruine nos finances, qui compromet notre sûreté en Europe, que nous traînons comme un boulet, et que nous ne pourrions garder en cas de guerre européenne. "

M. Raoul Duval – Cela a bien failli arriver !

M. Jules Ferry – Et enfin, M. de Tracy, un grand nom aussi, en 1846, dénonçait à l’indignation publique « ce minotaure moderne – l’Algérie – qui dévore chaque année la plus belle et la meilleure partie de notre jeunesse et le plus précieux de nos Trésors ». (Mouvements divers.)

M. Raoul Duval – Il y a du vrai !

M. Gaillard (Vaucluse) – Dites ce que l’Algérie nous a coûté en argent et en hommes !

M. Paul de Cassagnac – Cela a coûté plus que cela n’a rapporté !

M. Jules Ferry – Ce qui prouve que, dans l’opposition, on peut être faux prophète, car il n’y a pas une seule de ces prédictions sinistres qui n’ait été démentie par les faits, et je pense que personne ne soutiendra aujourd’hui que l’Algérie a été une cause d’insécurité, au moment de nos désastres ; personne ne contestera qu’à l’heure qu’il est, elle est pour la France une grande source de richesses..

M. Vernhes – La comparaison n’est pas juste !

M. Jules Ferry – … un grand marché de produits et une compensation à des pertes bien cruelles faites par notre industrie vinicole. Il n’est pas non plus vrai, an point de vue de l’histoire, il n’est pas exact, il est contraire aux faits, il est faux, comme l’a démontré M. de Mahy, de dire que les colonies ont compromis la sécurité de la mère patrie. Au contraire ! Elles ont souvent payé les fautes d’une politique continentale désordonnée et quelquefois absurde ; elles les ont souvent payées très cher, de leur indépendance, mais elles n’ont jamais compromis ni l’indépendance ni la sécurité de la mère patrie, (Très bien! très bien! et applaudissements an centre et à gauche.)

M. de Baudry d’Asson – Excepté dans les expéditions conduites par vous !

M. Jules Ferry – Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder, le plus rapidement possible, croyez-le bien : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. Sur ce point, l’honorable M. Camille Pelletan raille beaucoup, avec l’esprit et la finesse qui lui sont propres ; il raille, il condamne, et il dit : « Qu’est-ce que c’est que cette civilisation qu’on impose à coups de canon? Qu’est-ce. sinon une autre forme de la barbarie? Est-ce que ces populations de race inférieure n’ont pas autant de droits que vous? Est-ce qu’elles ne sont pas maîtresses chez elles? est-ce qu’elles vous appellent? Vous allez chez elles contre leur gré, vous les violentez, mais vous ne les civilisez pas. "

Voilà, messieurs, la thèse ; je n’hésite pas à dire que ce n’est pas de la politique, cela, ni de l’histoire : c’est de la métaphysique politique… (Ah! ah! à l’extrême gauche.)

Voix à gauche – Parfaitement !

M. Jules Ferry – … et je vous défie, – permettez-moi de vous porter ce défi, mon honorable collègue, monsieur Pelletan, – de soutenir jusqu’au bout votre thèse, qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Vous ne la soutiendrez pas jusqu’au bout, car vous êtes, comme votre honorable collègue et ami M. Georges Perin, le partisan de l’expansion coloniale qui se fait par voie de trafic et de commerce.

M. Camille Pelletan – Oui !

M. Jules Ferry – Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l’expédition de M. de Brazza. C’est très bien, messieurs : je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu’à présent accomplir son oeuvre civilisatrice sans recourir à la force; c’est un apôtre ; il paye de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l’Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu’un jour, dans les établissements qu’il a formés, qui viennent d’être consacrés par l’aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu’à un moment donné, les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre de Brazza ; qui peut dire qu’à un moment donné, les populations noires n’attaqueront pas nos établissements? Que ferez-vous alors? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela : vous résisterez par la force, et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles.

Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai! il faut dire ouvertement qu’en effet, les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures… (Rumeurs sur plusieurs bancs à l’extrême-gauche .)

M. Jules Maigne – Oh! vous osez dire cela dans le pays où ont été proclamés les droits de l’homme !

M. de Guilloutet – C’est la justification de l’esclavage et de la traite des nègres !

M. Jules Ferry – Si l’honorable M. Maigne a raison, si la déclaration des droits de l’homme a été écrite pour les noirs de l’Afrique équatoriale, alors de quel droit allez-vous leur imposer les échanges, les trafics? Ils ne vous appellent pas… (Interruptions à l’extrême gauche et à droite – Très bien! très bien! sur divers bancs à gauche.)

M. Raoul Duval – Nous ne voulons pas les leur imposer ! C’est vous qui les leur imposez !

M. Jules Maigne – Proposer et imposer sont choses fort différentes !

M. Georges Perin -Vous ne pouvez pas cependant faire des échanges forcés !

M. Jules Ferry – Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… (Marques d’approbation sur les mêmes bancs à gauche – Nouvelles interruptions à l’extrême gauche et à droite.)

M. Joseph Fabre – C’est excessif ! vous aboutissez ainsi à l’abdication des principes de 1789 et de 1848… (Bruit) à la consécration de la loi de grâce remplaçant la loi de justice.

M. Vehnhes – Alors les missionnaires ont aussi leur droit ! ne leur reprochez donc pas d’en user ! (Bruit.)

M. le président – N’interrompez pas, monsieur Vernhes !

M. Jules Ferry – Je dis que les races supérieures…

M. Vernhes – Protégez les missionnaires alors ! (Très bien ! à droite.)

Voix à gauche – N’interrompez donc pas !

M. Jules Ferry – Je dis que les races supérieures ont des devoirs…

M. Vernhes – Allons donc !

M. le président – Vous êtes inscrit, monsieur Vernhes ; vous parlerez.

M. Vernhes – Certainement !

M. Jules Ferry – Ces devoirs, messieurs, ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldais et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. (Très bien, très bien!) Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté de ce devoir supérieur de civilisation.

M. Paul Bert – La France l’a toujours fait !

M. Jules Ferry – Est-ce que vous pouvez nier, est-ce que quelqu’un peut nier qu’il y a plus de justice, plus d’ordre matériel et moral, plus d’équité, plus de vertus sociales dans l’Afrique du Nord depuis que la France a fait sa conquête? Quand nous sommes allés à Alger pour détruire la piraterie et assurer la liberté du commerce dans la Méditerranée, est-ce que nous faisions oeuvre de forbans, de conquérants, de dévastateurs? Est-il possible de nier que dans l’Inde, et malgré les épisodes douloureux qui se rencontrent dans l’histoire de cette conquête, il y a aujourd’hui infiniment plus de justice, plus de lumière, d’ordre, de vertus publiques et privées depuis la conquête anglaise qu’auparavant ?

M. Clemenceau – C’est très douteux.

M. Georges Perin – Rappelez-vous donc le discours de Burke !

M. Jules Ferry – Est-ce qu’il est possible de nier que ce soit une bonne fortune pour ces malheureuses populations de l’Afrique équatoriale de tomber sous le protectorat de la nation française ou de la nation anglaise? Est-ce que notre premier devoir, la première règle que la France s’est imposée, que l’Angleterre a fait pénétrer dans le droit coutumier des nations européennes, et que la Conférence de Berlin vient de traduire en droit positif, en obligation sanctionnée par la signature de tous les gouvernements, n’est pas de combattre la traite des nègres, cet horrible trafic, et l’esclavage, cette infamie? (Vives marques d’approbations sur divers bancs.)

M. Eugène Delattre – C’est pour cela que vous n’avez pas fait, de prisonniers en Chine et au Tonkin ! (Exclamation à gauche et au centre.)

M. Jules Ferry – Qu’est-ce que vous dites, monsieur? Vous avez prononcé une parole offensante pour l’armée française.

M. Eugène Delattre -L’armée obéit, le Gouvernement commande; il est seul responsable ! (Nouvelles réclamations sur les mêmes bancs.)

M. le président – Je ne veux pas avoir entendu l’interruption. (Très bien ! très bien!)

M. Jules Ferry – Je ne peux pas laisser dire ici que l’armée française ne fait pas de prisonniers. (Interruptions à droite.)

M. Paul de Cassagnac – Ne parlez pas de l’armée française ! vous l’avez fait décimer !

M. de Baudry d’Asson – Le sang de nos soldats devrait vous étouffer, monsieur ! (Bruyantes exclamations à gauche et au centre – A l’ordre ! à l’ordre !)

M. le président – Monsieur de Baudry d’Asson…

M. Jules Ferry – Oh ! cela n’a pas d’importance !

M. le président – … ce système d’interruptions est intolérable et inadmissible. Je vous ai déjà rappelé à l’ordre ; je vous rappelle à l’ordre avec inscription au procès-verbal, et, si vous reproduisez une interruption semblable ou analogue, j’appellerai la Chambre à prononcer une peine plus sévère. (Très bien! très bien !) Continuez, monsieur Ferry.

M. Jules Ferry – Voilà ce que j’ai à répondre à l’honorable M. Pelletan sur le second point qu’il a touché. Il est ensuite arrivé à un troisième, plus délicat, plus grave, et sur lequel je vous demande la permission de m’expliquer en toute franchise. C’est le côté politique de la question. L’honorable M. Pelletan, qui est un écrivain distingué, a toujours des formules d’une remarquable précision. Je lui emprunte celle qu’il a appliquée l’autre jour à ce coté de la politique coloniale :

« C’est un système, dit-il, qui consiste à chercher des compensations en Orient à la réserve et au recueillement qui nous sont actuellement imposés en Europe. "

Je voudrais m’expliquer là-dessus. Je n’aime pas ce mot de compensation, et, en effet, non pas ici, sans doute, mais ailleurs, on en a pu faire un emploi souvent perfide. Si l’on veut dire ou insinuer qu’un gouvernement quelconque dans ce pays, un ministère républicain, a pu croire qu’il y avait quelque part, dans le monde, des compensations pour les désastres qui nous ont atteints, on fait injure…, et une injure gratuite, à ce gouvernement. (Applaudissements au centre et à gauche.) Cette injure, je la repousse de toute la force de mon patriotisme. (Nouveaux applaudissements et bravos sur les mêmes bancs.)

M. de Baudry d’Asson – C’est bien à vous de parler de patriotisme ! N’eu parlez jamais devant moi ! Je vous le défends ! (Exclamations à gauche et au centre. — Interruptions.)

A gauche et au centre -Ne répondez pas !

M. le président – Je vous en prie, monsieur de Baudry d’Asson, ne persistez pas à interrompre. Je serai obligé de demander à la Chambre de se prononcer sur l’application d’une pénalité plus sévère que celle qui vous a déjà atteint. (Très bien! très bien !)

M. Jules Ferry – Je repousse cette injure, comme celle de M. de Baudry d’Asson, de toute la force de mon patriotisme ! (Très bien! très bien! à gauche et au centre.)

Il n’y a pas de compensation, non, il n’y en a pas, pour les désastres que nous avons subis. (Très bien ! très bien !) Maintenant, si le mot de compensation, pour aller au fond des choses et vider cette affaire, a été prononcé dans les délibérations et les tractations du Congrès de Berlin, il faut que vous sachiez bien qu’il n’y a jamais eu de ces compensations auxquelles on a fait allusion, ni offertes, ni sollicitées, ni acceptées à un titre quelconque. (Très bien ! très bien ! à gauche.)

Qu’est-ce qu’il y a eu comme compensation à propos de la Tunisie par exemple ? Oh! il y a eu un ordre de compensations d’une nature toute différente, de l’ordre le plus légitime.

Vous savez peut-être, messieurs, ce qui s’est passé.

Le Congrès de Berlin finissait ses séances ; ses membres étaient encore réunis ; on signait les protocoles, lorsqu’éclata tout à coup la nouvelle de la convention qui livrait à l’Angleterre l’administration et la possession de l’île de Chypre.

Et alors, messieurs, il se trouva un diplomate français qui, pour l’honneur et le profit de notre pays, sut ne pas perdre une minute, et qui se rendit auprès des représentants du gouvernement britannique et leur dit : « Vous vous êtes fait mettre en possession de l’île de Chypre par une convention que vous venez de passer avec la Porte ; mais cela ne peut être toléré qu’à une condition, c’est que, quand nous jugerons nécessaire, nous aussi, pour notre sécurité, de changer l’état des choses en Tunisie, votre Gouvernement ne s’y opposera pas. "

Et des dépêches dans ce sens furent échangées, messieurs. Les stipulations de ces dépêches ont été religieusement respectées de part et d’autre. (Très bien! très bien!)

Quant à d’autres compensations, je le répète, c’est de l’histoire fausse, mensongère et calomnieuse. (Très bien ! très bien! et vifs applaudissements à gauche et au centre.)

La vraie question, messieurs, la question qu’il faut poser, et poser dans des termes clairs, c’est celle-ci : Est-ce que le recueillement qui s’impose aux nations éprouvées par de grands malheurs, doit se résoudre en abdication ? Et parce qu’une politique détestable, visionnaire et aveugle, a jeté la France où vous savez, est-ce que les gouvernements qui ont hérité de cette situation malheureuse se condamneront à ne plus avoir aucune politique européenne? Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d’eux ; est-ce qu’ils laisseront aller les choses ; est-ce qu’ils laisseront d’autres que nous s’établir en Tunisie, d’autres que nous faire la police à l’embouchure du fleuve Rouge, et accomplir les clauses du traité de 1874 que nous nous sommes engagés à faire respecter dans l’intérêt des nations européennes? Est-ce qu’ils laisseront d’autres se disputer les régions de l’Afrique équatoriale? Laisseront-ils aussi régler par d’autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises? ( Vifs applaudissements à gauche et au centre – Interruptions.)

Je sais, messieurs, que celle théorie existe ; je sais qu’elle est professée par des esprits sincères qui considèrent que la France ne doit avoir désormais qu’une politique exclusivement continentale. Alors je leur demande d’aller jusqu’au bout de leur théorie, et de faire ce que comporte la logique de cette politique nouvelle et restreinte qu’ils veulent donner à la France : qu’ils se débarrassent donc de ce gros budget de la marine qui impose à notre Trésor des sacrifices considérables ! (Rumeurs et interruptions à l’extrême gauche – Applaudissements au centre et à gauche.)

A droite – Vous l’avez ruinée, notre marine.

M. Jules Ferry – Messieurs, si nous ne devons plus être qu’une puissance continentale, restreignons notre puissance maritime ; couvrons nos côtes et nos ports de torpilleurs ; mais licencions nos escadres, car nous n’aurons plus que faire de nos croiseurs et de nos cuirassés. (Rumeurs et interruptions à l’extrême-gauche.)

Mais, si personne n’ouvre cet avis, si personne n’accepte cette conséquence logique des prémisses posées (Nouvelles rumeurs à l’extrême-gauche et à droite), alors cessez de calomnier la politique coloniale et d’en médire, car c’est aussi pour notre marine que les colonies sont faites. (Exclamations et interruptions à l’extrême-gauche et à droite.)

MM. Raoul Duval, Georges Perin et plusieurs de leurs collègues – Allons donc !

M. Vernhes – Nous avions des colonies avant le Tonkin.

M. Georges Roche – Demandez donc à M. le ministre de la marine dans quelles conditions vous avez laissé notre matériel naval.

M. Paul de Cassagnac – Oui, renseignez-vous auprès de l’amiral Galiber, ou lisez-nous les lettres de l’amiral Courbet !

M. Jules Ferry – Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d’expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l’Empire, à Saigon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar – je dis que celle politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. (Très bien! très bien! et nombreux applaudissements à gauche et au centre.)

L’ignorez-vous, messieurs ? Regardez la carte du monde…

M. Paul de Cassagnac – Lisez les lettres de l’amiral Courbet. (Bruit.)

M. le président – Les interruptions rendent impossible la tâche du président. Je vous en prie, messieurs, veuillez faire silence.

M. Paul de Cassagnac – Nous avons donné tout ce que nous pouvions de patience.

M. le président – Tâchez d’en avoir encore. (On rit.)

M. Jules Ferry – Regardez la carte du monde, et dites-moi si ces étapes de l’Indo-Chine, de Madagascar, de la Tunisie ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de notre navigation. (Nouvelles marques d’assentiment à gauche et au centre.)

Je me rappelle, messieurs, qu’à une des dernières séances qui ont précédé celle du 30 mars – c’était, je crois, le 28 mars – l’honorable amiral Peyron fut interpellé par l’un d’entre vous sur la situation de la marine. On lui demanda, avec de grandes exclamations : « Mais que deviendrait notre flotte s’il éclatait une grande guerre maritime? » L’amiral monta à la tribune et répondit : « S’il éclatait à cette heure, ce qu’à Dieu ne plaise, une grande guerre maritime, notre flotte serait précisément dans les parages où leur action aurait à s’exercer. "

Elle serait là dans l’océan Indien et dans les mers de Chine, – pour empêcher vos escadres d’être bloquées dans la Méditerranée.(Interruptions à droite.)

M. le comte de Lanjuinais – Cela rappelle la fameuse parole : « Tant mieux, cela nous fera deux armées. " (Rires à droite.)

M. Raoul Duval – Alors pourquoi rappelle-t-on notre marine?

M. Jules Ferry – Que signifiait cette déclaration de l’amiral Peyron, que vous n’avez pas eu le temps de méditer, apparemment (Rumeurs à droite), puisqu’elle soulève chez vous des interruptions ? Elle signifie que, dans cette guerre maritime si invraisemblable, ce n’est pas dans la Méditerranée ni dans la Manche que se trancherait le jeu des batailles navales…

M. Paul de Cassagnac – C’est dans les Vosges ! (On rit.)

M. Jules Ferry – Ce n’est pas dans la Méditerranée, ce n’est pas dans la Manche que se livrerait la bataille décisive ; et Marseille et Toulon seraient non moins efficacement défendus dans l’océan Indien et dans les mers de Chine que dans la Méditerranée et dans la Manche. (Interruptions à l’extrême gauche et à droite.)

M. Georges Roche – Vingt-quatre heures après une déclaration de guerre maritime, vos côtes seraient attaquées sans que vous ayez la possibilité de vous défendre.

M. Jules Ferry – Messieurs, il y a là des considérations qui méritent toute l’attention des patriotes. Les conditions de la guerre maritime sont profondément modifiées. (Très bien ! très bien !)

A l’heure qu’il est, vous savez qu’un navire de guerre ne peut pas porter, si parfaite que soit son organisation, plus de quatorze jours de charbon, et qu’un navire qui n’a plus de charbon est une épave, sur la surface des mers, abandonnée au premier occupant. D’où la nécessité d’avoir sur les mers des rades d’approvisionnement, des abris, des ports de défense et de ravitaillement. (Applaudissements au centre et à gauche – Interruptions diverses.) Et c’est pour cela qu’il nous fallait la Tunisie; c’est pour cela qu’il nous fallait Saigon et la Cochinchine ; c’est pour cela qu’il nous faut Madagascar, et que nous sommes à Diego-Suarès et à Vohémar, et que nous ne les quitterons jamais !… (Applaudissements sur un grand nombre de bancs.)

Messieurs, dans l’Europe telle qu’elle est faite, dans cette concurrence de tant de rivaux que nous voyons grandir autour de nous, les uns par les perfectionnements militaires ou maritimes, les autres par le développement prodigieux d’une population incessamment croissante ; dans une Europe, ou plutôt dans un univers ainsi fait, la politique de recueillement ou d’abstention, c’est tout simplement le grand chemin de la décadence !

Les nations, au temps où nous sommes, ne sont grandes que par l’activité qu’elles développent ; ce n’est pas « par le rayonnement pacifique des institutions »… (Interruptions à l’extrême-gauche et à droite) qu’elles sont grandes, à l’heure qu’il est.

M. Paul de Cassagnac – Nous nous en souviendrons : c’est l’apologie de la guerre.

M. de Baudry d’Asson -Très bien ! la République, c’est la guerre. Nous ferons imprimer votre discours à nos frais et nous le répandrons dans toutes les communes de nos circonscriptions électorales.

M. Jules Ferry – Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l’écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est abdiquer, et, dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire, c’est descendre du premier rang au troisième et au quatrième. (Nouvelles interruptions sur les mêmes bancs – Très bien! très bien! au centre.)

Je ne puis pas, messieurs, et personne, j’imagine, ne peut envisager une pareille destinée pour notre pays.

Il faut que notre pays se mette en mesure de faire ce que font tous les autres, et, puisque la politique d’expansion coloniale est le mobile général qui emporte, à l’heure qu’il est, toutes les puissances européennes, il faut qu’il en prenne son parti; autrement il arrivera… oh! pas à nous qui ne verrons pas ces choses, mais à nos fils et à nos petits-fils, il arrivera ce qui est advenu à d’autres nations qui ont joué un très grand rôle il y a trois siècles, et qui se trouvent aujourd’hui, quelque puissantes, quelque grandes qu’elles aient été, descendues au troisième ou au quatrième rang. (Interruptions.)

Aujourd’hui, la question est très bien posée : le rejet des crédits qui vous sont soumis, c’est la politique d’abdication proclamée et décidée. (Non! non!)

Je sais très bien que vous ne la voterez pas celle politique ; je sais très bien aussi que la France vous applaudira de ne pas l’avoir votée : le corps électoral, devant lequel vous allez vous rendre, n’est pas plus que nous partisan de la politique de l’abdication ; allez bravement devant lui, dites-lui ce que vous avez fait, ne plaidez pas les circonstances atténuantes… (Exclamations à droite et à l’extrême gauche – Applaudissements à gauche et au centre.)… dites que vous avez voulu une France grande en toutes choses…

Un membre – Pas par la conquête.

M. Jules Ferry -… grande par les arts de la paix, par la politique coloniale, dites cela franchement au corps électoral, et il vous comprendra.

M. Raoul Duval – Le pays, vous l’avez conduit à la défaite et à la banqueroute.

M. Jules Ferry – Quant à moi. je comprends à merveille que les partis monarchiques s’indignent de voir la République française suivre une politique qui ne se renferme pas dans cet idéal de modestie, de réserve, et, si vous me permettez l’expression, de pot-au-feu… (Interruptions et rires à droite) que les représentants des monarchies déchues voudraient imposer à la France. (Applaudissements au centre.)

M. le baron Dufour – C’est un langage de maître d’hôtel, que vous tenez là.

M. Paul de Cassagnac – Les électeurs préfèrent le pot-au-feu au pain que vous leur avez donné pendant le siège, sachez-le bien

M. Jules Ferry – Je connais votre langage, j’ai lu vos journaux… Oh ! l’on ne se cache pas pour nous le dire, on ne nous le dissimule pas : les partisans des monarchies déchues estiment qu’une politique grande, ayant de la suite; qu’une politique capable de vastes desseins et de grandes pensées, est l’apanage de la monarchie ; que le gouvernement démocratique au contraire, est un gouvernement qui rabaisse toutes choses…

M. de Baudry d’Asson – C’est très vrai !

M. Jules Ferry – Eh bien, lorsque les républicains sont arrivés aux affaires, en 1879, lorsque le parti républicain a pris dans toute sa liberté le gouvernement et la responsabilité des affaires publiques, il a tenu à donner un démenti à cette lugubre prophétie, et il a montré dans tout ce qu’il a entrepris :

M. de Saint-Martin – Le résultat en est beau !

M. Calla – Le déficit et la faillite !

M. Jules Ferry – … aussi bien dans les travaux publics que dans la construction des écoles (Applaudissements au centre et à gauche) que dans sa politique d’extension coloniale, qu’il avait le sentiment de la grandeur de la France. (Nouveaux applaudissements au centre et à gauche.)

Il a montré qu’il comprenait bien qu’on ne pouvait pas proposer à la France un idéal politique conforme à celui de nations comme la libre Belgique et comme la Suisse républicaine ; qu’il faut autre chose à la France : qu’elle ne peut pas être seulement un pays libre ; qu’elle doit aussi être un grand pays, exerçant sur les destinées de l’Europe toute l’influence qui lui appartient, qu’elle doit répandre celle influence sur le monde, et porter partout où elle le peut sa langue, ses moeurs, son drapeau, ses armes, son génie. (Applaudissements au centre et à gauche.)

Quand vous direz cela au pays, messieurs, comme c’est l’ensemble de cette oeuvre, comme c’est la grandeur de cette conception qu’on attaque, comme c’est toujours le même procès qu’on instruit contre vous, aussi bien quand il s’agit d’écoles et de travaux publics que quand il s’agit de politique coloniale ; quand vous direz à vos électeurs : « Voilà ce que nous avons voulu faire » soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront et le pays sera avec vous, car la France n’a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu passionnément sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle. la grandeur de cette conception qu’on attaque, comme c’est toujours le même procès qu’on instruit contre vous, aussi bien quand il s’agit d’écoles et de travaux publics que quand il s’agit de politique coloniale ; quand vous direz à vos électeurs : « Voilà ce que nous avons voulu faire » soyez tranquilles, vos électeurs vous entendront et le pays sera avec vous, car la France n’a jamais tenu rigueur à ceux qui ont voulu passionnément sa grandeur matérielle, morale et intellectuelle. (Bravos prolongés à gauche et au centre – Double salve d’applaudissements – L’orateur, en retournant à son banc, reçoit les félicitations de ses collègues.)

(fin du discours de Jules Ferry du 28 juillet 1885 devant la Chambre des Députés)

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