A la découverte du métier de psychomotricien

Partons à la découverte d’un métier méconnu du paramédical, celui de psychomotricien. Pour en savoir plus sur ce métier, nous avons interrogé Solène Meyer qui est psychomotricienne en EHPAD (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) elle nous livre son quotidien, son amour pour son métier, mais aussi les revendications qui datent depuis plusieurs années pour une meilleure reconnaissance de ce métier.

Depuis combien de temps faites-vous le métier de psychomotricienne?

J’ai obtenu mon Diplôme d’État de psychomotricité il y a 2 ans, et je travaille comme psychomotricienne depuis. Les études de psychomotricité sont en 3 ans, avec entrée sur concours. Il nécessite le plus souvent une prépa psychomotricité, voire une année PACES (médecine-santé), selon les écoles.

En quoi consiste votre métier?

Le principe général de l’intervention du psychomotricien repose sur le fait que l’expérience que chacun fait de son corps dans toutes ses activités, la façon dont il apprend à le connaître et à l’utiliser, lui permet de construire, d’organiser et de réguler l’ensemble de ses comportements. La psychomotricité fait le lien entre le corps physique et psychique : entre les contractions musculaires, la posture, le mouvement, et les émotions, les fonctions cognitives et relationnelles.

On voit bien dans le développement de l’enfant comme ses fonctions sont liées les unes aux autres et se développent conjointement. Le bébé découvre son corps en le touchant, en explorant les mouvements qu’il peut faire. Ce sont les stimulations sensorielles, ce qu’il entend, ce qu’il voit, ce qu’il sent, qui vont lui donner envie d’explorer, d’apprendre à se retourner puis à se déplacer. Le corps est aussi le premier moyen de communication. Les émotions s’expriment par l’état de tension musculaire, la posture, l’intonation de voix, le regard…

Le psychomotricien intervient dès qu’un obstacle vient entraver le développement ou le fonctionnement psychomoteur à tout âge. Ainsi il peut accompagner bébés, enfants, adolescents, adultes, personnes âgées. Ses domaines d’intervention sont variés : prématurité, retard de la marche de l’enfant, dyspraxie, difficultés d’écriture, hyperactivité, autisme, polyhandicap, anorexie, obésité, cancer, schizophrénie, AVC, maladie de Parkinson, d’Alzheimer, soins palliatifs, et bien d’autres encore.

Le premier temps du soin en psychomotricité est le bilan psychomoteur. Il permet d’évaluer.

– la connaissance et la maîtrise de son propre corps (latéralité, équilibre, contrôle et précision du geste…)

– l’habileté manuelle
– les repères dans le temps et dans l’espace,
– la gestion des émotions, l’expression corporelle
– la relation à l’autre, et au monde extérieur.

Cela permet au psychomotricien d’élaborer un projet de soin. Pour cela il dispose de techniques appelées médiations. Elles impliquent le corps de manière ludique, créative et sensorielle. Les médiations sont choisies en fonction des objectifs thérapeutiques, de ce que maîtrise le professionnel, mais aussi de l’intérêt de la personne soignée. Il peut s’agir par exemple de jeux de balle, de balnéothérapie, de théâtre, de musique, d’arts martiaux, de médiation animale, etc… Toutefois, le premier outil du psychomotricien est son propre corps, la manière dont il l’habite, ce qu’il exprime via son corps et dans la relation.

Dans quel milieu faites-vous ce métier ? Et quel est votre quotidien?

J’exerce auprès de personnes âgées dans une maison de retraite médicalisée (EHPAD). Je réalise des bilans psychomoteurs pour mieux connaître la personne et ses problématiques : comme habite-t-elle son corps ? Comment peut-elle le mobiliser, qu’est-ce qui la limite? Trouve-t-elle des solutions pour pallier les déficits ? Comment se perçoit-elle ? S’organise-t-elle dans le temps et l’espace ? Comment s’exprime-t-elle ? Interagit-elle avec son environnement ?

Les compétences psychomotrices s’altèrent avec l’âge, d’autant plus si des maladies neurologiques s’y ajoutent : maladie d’Alzheimer, Parkinson, accident vasculaire cérébral (AVC), etc…

L’altération des capacités psychomotrices ainsi que l’appréhension de la chute peuvent avoir de nombreuses conséquences : limitation de la marche, donc des liens sociaux,  perte d’autonomie, mauvaise estime de soi. Cela mène à une certaine passivité et un repli sur soi altérant la qualité de vie.

Je m’appuie alors sur les compétences du sujet en les valorisant, avec une médiation suscitant l’intérêt et la motivation. Je peux proposer des suivis en individuel ou en groupe. J’utilise par exemple :

  • La danse pour développer la conscience du corps, la régulation des tensions, la posture, l’équilibre et l’image de soi.

  • Les jeux de balles permettent aussi bien  d’aborder l’organisation spatiale, la mobilité, les coordinations, l’équilibre, la posture, la communication non verbale que le rapport aux autres.

Lors des repas j’aide certaines personnes à retrouver les gestes pour manger seuls, souvent un des derniers gestes préservés dans la maladie d’Alzheimer à un stade avancé.

Par ailleurs, avec des personnes en fin de vie, très contractées, ne bougeant presque plus, je cherche à garder une communication, à procurer un sentiment de sécurité et de bien-être, en utilisant ma voix, parlée ou chantée, le regard, l’expression faciale et corporelle, la relaxation, le toucher relationnel, pour renforcer la perception du corps, la conscience d’exister.

Qu’est ce que vous aimez dans votre quotidien et métier de psychomotricienne?

J’aime rencontrer des personnes, chacune étant unique, et voir derrière les rides la sensibilité, la volonté, l’étincelle de vie. Je suis fière lorsque j’arrive à leur procurer un peu de bien-être, de soulagement, à les aider à être un peu plus autonomes dans leur tête et dans leur corps. J’aime la diversité des médiations à ma disposition me permettant de m’adapter selon les personnalités, les maladies et leurs stades d’évolution. Chaque séance est unique, personnalisée et en constante adaptation au vécu du sujet.

De nombreux postes sont créés dans le secteur gériatrique suite aux plans Alzheimer, et je n’ai pas eu de difficulté à trouver du travail.

Cela fait un an que des manifestations ont eu lieu, pour la défense du métier de psychomotricien. Pourquoi? Les choses ont-elles changé depuis?

La situation est ancienne. En 2008 le gouvernement a commencé la réingénierie des professions de santé, qui consiste à réformer les études pour adopter le système LMD (Licence, Master, Doctorat), comme le prévoit les accords européens de Bologne, mais également de réactualiser les référentiels de chaque métier, c’est-à-dire les actes autorisés, compétences exigées et le formation.

Les psychomotriciens ont travaillé depuis 2008 à cette réingénierie. Ils ont construit et fait valider par les autorités (DGOS) les parties qui concernent les activités et les compétences du psychomotricien. Mais depuis 2011, les Ministères qui ont la responsabilité de notre profession (la Santé et l’Enseignement Supérieur et la Recherche) ont décidé, seuls, de suspendre ces travaux. Du fait de cette suspension, le travail effectué pour les activités et les compétences n’est pas officialisé, la formation ne peut être complètement réactualisée et les professionnels n’ont toujours pas de grade assortis à leur diplôme. Au final, nous restons avec un référentiel qui date, pour une partie, de près de 30 ans, ne tenant pas compte des avancées des connaissances ou des recommandations de la Haute Autorité de Santé ! Depuis 2011 les principales professions de notre famille de métier (la rééducation), ont, eux, terminé leur réingénierie. Les accords européens de Bologne prévoyaient que les réformes devaient être achevées en 2017.

Actuellement, les études de psychomotricité : un an de prépa ou PACES puis 3 ans d’études sont reconnu niveau bac+2. Au vu de l’élargissement des champs d’action de notre profession, de l’augmentation considérable des connaissances nécessaires pour former un psychomotricien, et de la nécessité d’améliorer les traitements, de mesurer leur efficacité et d’innover pour s’adapter aux nouveaux besoins de santé via la recherche, les psychomotriciens ont demandé une augmentation de la durée d’étude à 5 ans, ce qui correspond donc au grade Master. Bizarrement, cela a semblé évident pour des professions qui nous sont particulièrement proches (orthophonistes et kinésithérapeutes ont vu leur durée d’études passer à 5 ans), mais les ministères ont fait marche arrière pour les psychomotriciens ! Nous avons pourtant, et de nombreuses fois, demandé à ce que ce travail reprenne. Nous avons même été 3000, près du tiers de profession, à manifester dans les rues de Paris le 5 décembre 2014 ! Des discours, de vagues promesse de reprises, notamment pendant la grande conférence de santé en février dernier, mais les actions concrètes sont toujours repoussés. Aucun acte concret à ce jour, la réingénierie est toujours bloquée. Cela freine le développement de notre métier et son adaptation aux besoins de la population française ! C’est pour défendre l’avenir de notre métier et l’intérêt des patients, que nous nous mobilisons.

Vous pouvez retrouver les revendications et actions des psychomotriciens sur psychomotricienmaster.com

possibilité d’utiliser des visuels mis à disposition sur le site :

https://psychomotricienmaster.com/boite-a-outils/

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